Critiques de films Drame — 13 janvier 2020
Critique : Swallow


Etats-Unis : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Carlo Mirabella-Davis
Interprètes : , , Denis O’Hare
Distribution :
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 15 janvier 2020

4/5

Né à New-York, Carlo Mirabella-Davis a passé sa jeunesse à East Meredith, dans l’upstate New-York. Une jeunesse au cours de laquelle Carlo a très tôt demandé à ses parents la permission de passer du temps à « imaginer », rituel qui a débouché sur le goût de raconter des histoires. Alors qu’il avait 14 ans, Carlo a fait l’acquisition d’une caméra Super 8 avec sa sœur et un ami d’enfance. De la réalisation de petits films dont les acteurs étaient des voisins ou des membres de sa famille à un premier long métrage obtenant le Prix Spécial du 45ème anniversaire du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2019 et très bien accueilli dans de nombreux autres festivals, le pas est très grand. Carlo Mirabella-Davis l’a franchi avec succès, en passant par la réalisation de quelques court-métrages.

Synopsis : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ?

Glissement vers le Pica

En pleine campagne, près de Poughkeepsie, dans l’état de New-York, une magnifique demeure surplombant l’Hudson, un fleuve majestueux. Sur la terrasse, une jeune femme blonde, Hunter, très « hitchcockienne », contemple la vue en se passant une main dans les cheveux. Ce calme, cette quiétude, ce luxe, c’est le bonheur sans doute. Pas vraiment ! Très vite, on prend conscience d’un contexte inquiétant : marié à un jeune héritier, devenu depuis peu le patron de l’entreprise familiale, Hunter a toute les apparences d’une princesse des temps modernes sauf que Richie, son mari, ne prête guère attention à elle, passant son temps au téléphone pour gérer ses affaires, sauf que son beau-père l’interrompt et passe sur un autre sujet alors qu’elle est en train de raconter une histoire qui lui tient à cœur. Seule sa belle-mère s’intéresse un peu à elle, lui demandant comment s’est passée sa jeunesse et, se rendant compte qu’elle n’est peut-être pas très heureuse, elle lui prodigue un conseil : « Ne pas cesser d’essayer d’être heureuse tant qu’elle n’a pas réussi ».

Lorsque Hunter tombe enceinte, Hunter se met à ingurgiter, avec de plus en plus de gourmandise, des objets de plus en plus dangereux pour elle : une petit bille pour commencer, un dé à coudre, une pince à cheveux, etc.. Des objets qu’elle récupère dans ses selles et avec lesquels elle se construit un petit musée. Y avait-elle pensé ou pas, toujours est-il qu’une femme enceinte passe régulièrement des échographies et, que, dans ces conditions, il est impossible de garder pour soi ce qui est devenu une habitude. De fil en aiguille, la situation va considérablement évoluer vers un dénouement auquel il était difficile de s’attendre au début du film en passant par l’embauche d’un infirmier, d’origine syrienne, chargé de veiller sur Hunter, des entretiens avec une psy et le dévoilement d’un secret que Hunter porte en elle et qu’on se gardera bien de divulgâcher.

Une film très réaliste

Très souvent, Swallow est présenté en tant que film d’horreur ou de film fantastique. On se demande bien pourquoi dans la mesure où Swallow est, au contraire, un film particulièrement réaliste. La maladie que développe Hunter lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte n’a rien de vraiment exceptionnel. Il s’agit d’un trouble du comportement alimentaire qui a pour nom le Pica et qui consiste à ingérer des substances qui ne sont ni nutritives ni comestibles. Dans le cas de Hunter, il s’agit d’une maladie mentale : face à sa famille qui ne voit en elle qu’une génitrice ou face au fait de se retrouver enceinte alors qu’elle porte en elle ce fameux secret, elle entend par ce biais reprendre sa vie en main et échapper au contrôle permanent et étouffant dont elle est l’objet de la part de sa famille.

C’est un membre de sa propre famille qui a inspiré l’histoire racontée par Carlo Mirabella-Davis dans Swallow : une de ses grand-mères a développé des troubles obsessionnels compulsifs, comme le fait de se laver les mains sans arrêt. Pour le réalisateur, ce que cette grand-mère a dû alors subir de la part des médecins ressemblait plus à des punitions qu’à des soins. Voulant raconter une histoire mettant en scène un personnage atteint d’un trouble mental similaire mais trouvant que le fait de se laver les mains de façon compulsive n’était pas très cinégénique, il a eu l’idée de bifurquer vers le Pica. La façon dont Carlo Mirabella-Davis évoque le sort des femmes prisonnières d’une famille oppressante et dont la seule tâche consiste à assurer une descendance et à s’occuper de leur mari, la façon dont il dépeint les hommes qui entourent Hunter, à l’exception notable de l’infirmier syrien, montrent qu’on a là un réalisateur à la fois prometteur et profondément féministe.

Une comédienne en pleine ascension

Tout le film tournant autour du personnage d’Hunter, le choix de la comédienne qui allait l’interpréter était très important. C’est Haley Bennett, une comédienne (et chanteuse) en pleine ascension, qui a été choisie. Une comédienne blonde qu’Alfred Hitchcock aurait probablement aimé diriger, qui s’est énormément impliquée tout au long de la genèse du film et qui fait preuve de beaucoup de talent dans les différents registres exigés par son rôle. A noter que ce n’est qu’à la fin du tournage que l’équipe du film s’est aperçu que la comédienne était enceinte, en phase temporelle avec son personnage.

Conclusion

Pour des raisons liées à un positionnement fallacieux du film, Swallow risque de décevoir une certaine catégorie de spectateurs et, au contraire, d’être une bonne surprise pour une autre catégorie, à condition, toutefois, qu’ils aillent le voir. En effet, Swallow a été sélectionné dans un certain nombre de festivals spécialisés dans l’horreur et le fantastique et le risque est grand de le voir estampillé dans l’un ou l’autre de ces genres cinématographiques. Cela risque d’attirer des adeptes de ces genres qui, sans doute, ressortiront déçus et de repousser celles et ceux que ces genres n’intéressent pas. Il est donc important de savoir que Swallow n’est ni un film d’horreur ni un film fantastique mais bien un drame très réaliste et très touchant, au féminisme assumé,  réalisé par un jeune cinéaste new-yorkais très prometteur.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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