Critique : Sans jamais nous connaître

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Sans jamais nous connaître

UK, USA, 2023
Titre original : –
Réalisateur : Andrew Haigh
Scénario : Andrew Haigh
Acteurs : Andrew Scott ; Paul Mescal ; Claire Foy
Distributeur : Walt Disney Company France
Genre : Drame ; Fantastique ; Romance
Durée : 1h45
Date de sortie : 14 février 2024 (France)

4/5

Il est de ces films dont il serait dommage de trop dévoiler les contours, tant ils jouent avec nos habitudes dans des territoires de fiction où l’on avait pourtant juré qu’on ne nous y reprendrait plus.

Ce bonbon nostalgique qu’est le nouveau film d’Andrew Haigh réussit sans doute à installer l’émotion d’une romance désoeuvrée en s’amusant du fantastique, du drame existentiel et même d’un peu de comique de situation. Si nous en resterons là dans la description, c’est pour mieux vous laisser la découverte des détours et sortie de route de la narration qui nous aura radicalement manipulé dans nos habitudes pour réussir à nous laisser cette émotion diffuse d’un romantisme si difficile à représenter sincèrement.

Au delà des qualité de sa mise en scène aérienne, de son univers sonore tout vaporeux et d’un rythme faussement lent, c’est tout entier dans les yeux mélancolique du seul Andrew Scott (que les aficionados de la comète “Fleabag” retrouveront avec plaisir) que le film tient débout sur un fil, menaçant de chanceler à chaque instant.

Synopsis : À Londres, Adam vit dans une tour où la plupart des appartements sont inoccupés. Une nuit, la monotonie de son quotidien est interrompue par sa rencontre avec un mystérieux voisin, Harry. Alors que les deux hommes se rapprochent, Adam est assailli par des souvenirs de son passé et retourne dans la ville de banlieue où il a grandi.

Il s’agira donc de vous ménager un peu la surprise, qui range le film dans ces expériences qui marchent surtout la première fois. Sans réinventer la roue, c’est au contraire en puisant dans des registres connus et en dosant chaque aspect du film avec minutie que la narration joue avec nos représentations pour finalement réussir à faire passer son sujet de manière très lisible et de réinstaller l’émotion là où on pouvait croire le territoire trop “bombardé”.

Un petit mot donc plutôt pour dire à quel point il nous est agréable de constater quand le répertoire cinématographique, déjà centenaire depuis longtemps, quitte l’élitisme un peu poussiéreux des musées pour se voir ainsi chahuté, hybridé, mélangé pour créer de nouvelles formes qui n’hésitent pas à activer l’imaginaire du spectateur en laissant ce qu’il croit déjà connaître dans le hors champ.

Sans que ce “All of us strangers” ne s’avance comme figure de proue, il s’inscrit résolument dans ces propositions contemporaines intelligentes qui savent surtout choisir d’abord ce qu’il n’y a plus à voir, pour le faire revenir par la fenêtre au moment où on s’y attends le moins.

Le minimalisme des décors et du dispositif posaient certainement un challenge de taille pour “tenir” l’attention du spectateur dans un rythme composé uniquement de dialogues et de regards. Plein de tristesse, le film n’est pourtant jamais misérabiliste et un travail sur une lumière de “petit matin” participe à maintenir un climat d’espoir vivace. 

Enfin, si le défi est relevé, c’est avant tout grâce au brio du casting composé de la fine fleur anglo-saxonne de cette tranche d’âge. Jamie Bell qui depuis ses pas de danse de jeunesse n’aura jamais vraiment déçu; Claire Foy qui pourrait nous faire aimer la pire enflure; Paul Mescal sur qui on ne sait plus quoi rajouter et puis donc ce premier rôle d’Andrew Scott qui se tenait jusque là juste derrière les projecteurs et qui trouve en même temps sa plus belle partition à ce jour.

Conclusion

Il y a presque de l’arrogance dans l’intelligence du scénario de All of us Strangers. Heureusement que la générosité de ces acteurices et la maîtrise du rythme ne nous laissera jamais prendre trop de recul sur un film qui veut vraiment nous faire ressentir quelque chose, quitte à mélanger nos habitudes de cinéma. Puisant allègrement dans des registres bien connus, le film ne s’excuse pas de ne pas tout donner trop vite, de reprendre un peu, pour mieux nous laisser finalement garder ce qu’on veut du voyage.

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