Critiques de films Drame — 23 janvier 2020
Critique : Revenir


France : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Jessica Palud, , d’après le roman « L’amour sans le faire » de
Interprètes : , Adèle Exarchopoulos, Patrick d’Assumçao,
Distribution :
Durée : 1h17
Genre : Drame
Date de sortie : 29 janvier 2020

4/5

Revenir est le premier long métrage de Jessica Palud. Âgée de 37 ans, Jessica est entrée professionnellement dans le monde du cinéma en 2003, en tant qu’assistante réalisateur sur Innocents – The Dreamers de Bernardo Bertolucci. Elle a collaboré ensuite à la réalisation de plusieurs longs métrages, dont trois auprès de Philippe Lioret. En 2016, elle a réalisé un premier court-métrage, Poupée, puis, en 2017, Marion, un court métrage de 19 minutes, sélectionné dans plus de 150 festivals et couvert de prix un peu partout. Revenir, adaptation très libre du roman « L’amour sans le faire » de Serge Joncour, faisait partie de la sélection Orizzonti lors de la dernière Mostra de Venise, en septembre dernier, et il y a obtenu le Prix du meilleur scénario.

Synopsis : C’est la ferme où Thomas est né. C’est sa famille. Son frère, qui ne reviendra plus, sa mère, qui est en train de l’imiter, et son père, avec qui rien n’a jamais été possible. Il retrouve tout ce que qu’il a fui il y a 12 ans. Mais aujourd’hui il y a Alex, son neveu de six ans, et Mona, sa mère incandescente.

Le retour d’un fils

Pour quel motif Thomas arrive-t-il en taxi dans cette ferme isolée de la Drôme ? Quel lien peut-il avoir avec ce gamin de 6 ans qui joue tout seul avec un ballon ? Petit à petit, les réponses à ces interrogations vont nous être dévoilées : c’est la très grave maladie de sa mère qui a poussé Thomas à faire le voyage depuis le Canada où il est établi depuis plusieurs années, lui qui est fâché avec son père et qui n’est même pas venu pour l’enterrement de Mathieu, son frère, tué accidentellement par son père lors d’une partie de chasse. Le gamin de 6 ans, c’est Alex, le neveu de Thomas, le fils de Mathieu, le fils de Mona, sa compagne, une jeune femme que Thomas n’a encore jamais rencontrée et qui travaille comme barmaid dans la ville voisine.

Un film dense, concis, précis

Franchement, dans une période où on observe une grande inflation dans la durée des films, on aimerait être confronté plus souvent à un film comme Revenir : pensez donc, un film qui ne dure que 77 minutes mais qui, grâce à ses qualités de concision et de précision, réussit dans ce court laps de temps à nous entretenir de nombreux sujets, avec, à la fois, force et intelligence. C’est ainsi qu’on passe de la mauvaise relation entre un père taiseux et son fils pas très bavard (on ne saura jamais vraiment les raisons de cette opposition qui a entrainé le départ de Thomas vers un pays lointain) à la naissance d’un coup de foudre, de la maladie d’une mère à l’attachement ressenti par un oncle pour son très jeune neveu, de la vente des vaches d’une exploitation agricole pour couvrir ses dettes à la découverte par Thomas de la vérité concernant la mort de son frère, de la vision d’une exploitation agricole qui a été poussée au déclin par la spirale infernale vécue par de nombreux paysans (dettes, on vous pousse à grossir, pour, soi-disant, mieux vous en sortir, emprunt, dettes) à celle d’une exploitation voisine qui, elle, vit bien grâce à son passage au bio. Un montage précis, de belles images d’une région baignée par le soleil, une grande délicatesse plutôt qu’un didactisme appuyé dans la façon dont tous ces sujets sont abordés, ces qualités importantes font que ce qui pourrait laisser penser à un « petit » film reste en fait profondément ancré dans les souvenirs.

Une excellente distribution

Acteur franco-canadien, Niels Schneider était quasiment prédestiné pour interpréter le rôle de Thomas, ce français de la Drome établi depuis plusieurs années au Canada. On se gardera de dire qu’il s’agit du rôle de sa vie car, n’en doutons pas, ses qualités sont telles qu’il aura à nouveau, dans le futur, l’occasion de prouver dans des premiers rôles toute l’étendue de son talent. Par contre, on insistera sur ce mélange de présence physique, tant dans ses rapports avec son père que dans ceux avec Mona, et de douceur et d’attention dans ses rapports avec son neveu Alex qui, très vite, en arrive à voir en lui un père de substitution. A ses côtés, Adèle Exarchopoulos, trouve un rôle très différent de ceux auxquels elle nous avait habitué, celui de Mona, une jeune femme de paysan, mère de famille et veuve, habitant en pleine campagne et travaillant comme barmaid. Elle s’y montre totalement à l’aise ! Patrick d’Assumçao, dans le rôle du père de Thomas et de Mathieux, campe excellement un paysan âgé, taiseux et rancunier. Hélène Vincent, l’interprète de la mère, n’a certes qu’un petit rôle, mais il suffit de citer son nom, on sait qu’elle est parfaite ! Quant à Roman Coustère Hachez, le tout jeune interprète d’Alex, il a été choisi parmi une centaine d’enfants du même âge. Un enfant de 6 ans 1/2, il est évident qu’il a parfois posé quelques problèmes lors du tournage, obligeant la réalisatrice à passer pas mal de temps à le gérer, mais ce qui nous intéresse en tant que spectateurs, c’est le résultat et, de ce point de vue là, il n’y a vraiment aucun problème !

Conclusion

Après Petit paysan et Au nom de la terre, voici un 3ème film de fiction français qui nous parle des problèmes du monde paysan. Même s’il s’agit dans ce film d’un sujet parmi d’autres, c’est, des trois, celui qui en parle le mieux, avec, en particulier, l’évocation des raisons qui poussent certains paysans à se suicider et une comparaison favorable au choix de l’agriculture biologique plutôt que celui de l’agriculture intensive chère à la FNSEA et aux banques, un choix qui pousse à l’endettement, aux difficultés financières et, parfois, trop souvent, au suicide.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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