Critique : Poumon vert et tapis rouge

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France : 2020
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 1h35
Genre : Documentaire
Date de sortie : 29 septembre 2021

3.5/5

Depuis son plus jeune âge, est un amoureux de la nature : dès l’âge de 7 ans, il s’est passionné pour les films sur les icebergs que son père, pilote d’hélicoptère de Paul-Emile Victor, projetait dans le salon familial. Un tour du monde de 2 ans, réalisé avec 3 copains, lui a permis d’être repéré par pour lequel il réalise 3 sujets sur cette expédition. Intégré dans l’équipe d’Ushuaïa en tant que caméraman, puis de réalisateur, il travaille également avec Haroun Tazieff, Jean-Louis Étienne et Théodore Monod. Toutefois, c’est sa rencontre, à Madagascar, il y a 20 ans, avec le botaniste , spécialiste des forêts primaires et, particulièrement, de leur canopée, qui va s’avérer déterminante pour la suite de sa carrière. Il va alors tourner une douzaine de documentaires sur les forêts tropicales et finir par se convaincre que le meilleur moyen de toucher le grand public et de l’amener à se positionner en faveur de la protection de ces forêts contre une déforestation aveugle réside dans la réalisation d’un film de fiction sur ce sujet. Ce film s’appellerait « The botanist » et aurait Leonardo DiCaprio en tête d’affiche.


Synopsis : Pour aider dans son combat pour sauvegarder les dernières forêts tropicales, un documentariste passionné de nature décide de réaliser son premier film de cinéma : « The Botanist », un thriller écologique avec Leonardo DiCaprio. Il trace son chemin avec malice, obstination, et découvre, avec candeur, les arcanes du septième art. Même s’il ne lâche jamais rien, son film existera-t-il un jour ?

Pourquoi pas un film de fiction ?

« Quand les arbres auront disparu, les hommes disparaitront à leur tour ». Voici le texte qui ouvre le film de . Un cri d’alarme lancé par le chef papou Mundiya Kepanga, sujet du documentaire Frères des arbres, réalisé pour Arte par en collaboration avec le le photographe Marc Dozier. Mundiya Kepanga est originaire de la province de Hela dans la région des Hautes Terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée et il vit dans une des dernières forêts primaires de notre planète, une région particulièrement touchée par la déforestation. Que peut faire un réalisateur de cinéma pour contribuer activement aux actions menées contre la déforestation par des gens comme le botaniste et ce chef papou ? Réaliser des films, bien sûr, mais quel genre de film ? Après avoir réalisé de nombreux documentaires sur le sujet, a pris conscience que ce genre avait des limites lorsqu’il s’agissait de toucher le grand public : public trop restreint, public déjà convaincu. A contrario, l’exemple du film Blood Diamond, sorti en 2007, réalisé par Edward Zwick, avec Leonardo DiCaprio en tête d’affiche, fait germer chez lui l’envie de réaliser un film de fiction : à sa sortie, ce film a fait chuter de 15% le trafic illégal de diamants ! Ce film de fiction dont rêve serait un thriller écologique apte à endiguer la déforestation, il aurait pour titre The Botanist et Leonardo DiCaprio jouerait le rôle d’un botaniste en colère. Sauf que tous ses collègues documentaristes le mettent en garde : « Tu n’es pas connu dans le monde du cinéma, tu n’as jamais dirigé d’acteur et tu n’as jamais écrit de scénario ». Ils sont durs, les copains, mais ne sont-ils pas lucides ? Que faire pour éliminer ces points faibles ?

Un grand nombre de rencontres

Et voici sillonnant la planète du cinéma, d’Hollywood à Cannes en passant par Paris et Berlin, afin de rencontrer celles et ceux susceptibles de lui donner des conseils avisés, voire de lui ouvrir les bonnes portes : des scénaristes, des réalisateurs de fiction, des directeurs de la photographie, des producteurs, un organisateur de cours d’acteurs, le directeur d’un festival prestigieux, des comédiens et comédiennes, etc. Tellement de déplacements que en arrive à se dire que, si le film ne se fait pas, il aura aggravé la situation concernant l’empreinte carbone au lieu de l’améliorer ! Petit à petit, rencontre après rencontre, l’histoire racontée dans The Botanist se précise, le botaniste pacifiste se transforme en guerrier en colère. Petit à petit, rencontre après rencontre, l’avenir du film s’assombrit, surtout lorsque Jean-François Camilleri, alors Président de Disney France, à qui a fait part de son projet, lui affirme qu’aucun producteur ne se lancera dans un projet aussi ambitieux auprès d’un réalisateur n’ayant aucune expérience dans la réalisation d’un film de fiction.

Un film inclassable

est un malin : Décidé à sortir au moins une fois d’un monde qu’il connait parfaitement, le monde du documentaire de dénonciation classique qui essaye de convaincre avec des arguments des spectateurs le plus souvent déjà convaincus, tout en étant conscient que son manque de notoriété et d’expérience ne peut pas lui permettre de se lancer ex abrupto dans le blockbuster écologique auquel il rêve et qui lui permettrait d’utiliser des effets spéciaux et de convaincre avec des émotions, il a entrepris la réalisation d’un film hybride, un film racontant le long chemin qu’il a parcouru pour apprendre le bagage en principe indispensable pour se lancer dans la réalisation d’un film de fiction à budget important. Un long chemin qui semble, tout du long, être destiné à se conclure par la réalisation d’un film que, finalement, … il n’a pas réalisé. Une certitude : s’il a été utile à , ce long chemin l’est également pour les spectateurs, pouvant presque être considéré comme étant un tutoriel pour des aspirants réalisateurs de films. Lorsque ce film inclassable se termine, ni vraiment fiction, ni vraiment documentaire, une question est inévitable : va-t-il arriver à réaliser The Botanist ? Avec Leonardo DiCaprio en tête d’affiche ?

Conclusion

Lorsqu’on est réalisateur de documentaires pour la télévision et qu’on souhaite apporter sa contribution à la sauvegarde des forêts primaires, il n’est pas interdit d’être lucide et de prendre conscience qu’un grand film de fiction avec une approche écologique jouant sur l’émotion aura plus d’impacts sur les spectateurs que le meilleur des documentaires. Lorsque cette lucidité arrive à vous freiner dans votre élan en vous avertissant que vous n’êtes pas prêt, tant financièrement que techniquement, à entreprendre ce grand film de fiction, rien ne vous interdit d’avoir de l’imagination, une imagination qui vous pousserait vers la réalisation d’un film qui ne soit pas vraiment un documentaire sans pour autant être une fiction, un film qui vous mettrait en scène de façon savoureuse face à toutes les difficultés qu’il faudrait vaincre pour arriver au graal : la réalisation de ce fameux thriller écologique. Ce réalisateur de documentaires a un nom, , et on souhaite la réussite de cette première entreprise en attendant, qui sait, la suivante : le grand film de fiction.

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