Critique : Mica

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Mica

Maroc, France : 2019
Titre original : –
Réalisation : Ismaël Ferroukhi
Scénario : Ismaël Ferroukhi, Fadette Drouard
Interprètes : Zakaria Inan, Sabrina Ouazani, Azelarab Kaghat
Distribution : JHR Films
Durée : 1h43
Genre : Drame, Sport
Date de sortie : 22 décembre 2021

3.5/5

Cela fait 10 ans, depuis Les hommes libres en 2011, qu’un film du réalisateur franco-marocain Ismaël Ferroukhi n’était pas arrivé sur nos écrans. Comme souvent chez ce réalisateur, Mica est un film sur l’enfance. Pour lui « l’enfance est à la fois l’innocence et l’apprentissage, mais aussi un moment où tous les rêves sont possibles ».

Synopsis : Mica, un enfant issu d’un bidonville, se retrouve propulsé comme homme à tout faire dans un club de tennis de Casablanca fréquenté par la nomenklatura marocaine. Prêt à tout pour changer son destin, il va se faire remarquer par Sophia, une ex-championne qui va le prendre sous son aile.

Un petit homme à Casa

Lorsqu’on est un enfant de 10 ou 11 ans issu d’une famille très pauvre de la province marocaine, lorsque, en plus, votre père est très malade et qu’il n’y a pas d’argent qui permette d’envoyer les autres enfants à l’école, il est difficile de résister à une offre consistant à aller travailler à Casablanca, dans le club de tennis de Monsieur Soleimani. Jusqu’à présent, Saïd gagnait quelques dirhams en vendant des sacs plastique sur le marché de la ville et il y avait même gagné un surnom : Mica, qui signifie sac plastique en arabe. Dorénavant, il va être « homme » à tout faire dans ce club fréquenté par le gratin de la ville. C’est Hajj, le gardien du club, celui qui était venu chercher Mica dans son village, qui est chargé de le chapeauter, un homme âgé, lui-même arrivé très jeune dans le club, et qui, malgré les humiliations qu’il n’a cessé de subir à cause de sa condition, est resté vaillamment en poste, avec comme précepte le fait de ne pas faire de vagues. Avec un mélange de très grande sévérité et de générosité, Hajj ne cesse de conseiller Mica et de le houspiller, allant même parfois jusqu’à le punir physiquement, son but étant que ce dernier se comporte comme lui-même s’est toujours comporté. Mais la découverte dans une poubelle, par Mica, d’une raquette de tennis et la présence de Sophia dans le club va complètement changer la donne. Cette jeune professeure de tennis est une ancienne championne qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une grave blessure au genou et qui, ayant décelé des dons chez Mica, va le prendre sous sa protection et commencer à l’entrainer avec le but de le lancer dans des compétitions.

Un conte moderne

Il y a plusieurs façons de montrer une réalité sociale difficile au travers du cinéma. Si on consulte la filmographie de réalisateurs ayant une pratique assidue de ce genre particulier, tels Ken Loach, Robert Guédiguian ou les frères Dardenne, on s’aperçoit qu’ils n’ont pas toujours la même approche : certains de leurs films sont d’un grand réalisme qui se traduit le plus souvent par une absence d’espérance pour les protagonistes ; d’autres, au contraire, sont beaucoup plus ensoleillés, plus optimistes, sans pour autant que soit totalement occultées certaines facettes des difficultés rencontrées par les protagonistes. On est alors dans un domaine qui s’apparente au conte, ce genre qui fait appel à une part de cruauté tout en ouvrant une porte vers un avenir plus radieux.

C’est exactement ce qu’a voulu réaliser Ismaël Ferroukhi avec Mica. Le choix d’immerger Mica dans un milieu sportif est tout sauf « gratuit », le sport étant considéré partout dans le monde comme un moyen de s’élever socialement pour des jeunes issu.e.s des milieux populaires, même si, souvent, cela s’apparente à un miroir aux alouettes. Voulant montrer les différences de comportement dues à la classe d’origine et le mépris que certains membres des classes aisées affichent vis à vis des représentants des classes populaires, Ismaël Ferroukhi a choisi le tennis, un sport dont tout laisse penser qu’il s’est encore moins démocratisé au Maroc qu’en France. En tout cas, ce choix permet de mettre Mica face à Omar, le fils du propriétaire du club. Alors que Mica s’exprime en arabe, Omar et ses copains dialoguent entre eux en français, la langue de l’élite au Maroc. Par ailleurs, ce clan prend un grand plaisir à humilier ceux qu’ils considèrent comme leur étant inférieurs, que ce soit Hajj ou Mica. Pour Mica, qui arrive dans un univers qu’il ne connait pas, il y a d’un côté l’importance de respecter certaines règles que lui transmet Hajj et la lumière que lui apporte la radieuse Sophia.

Le casting et la musique

Pour Ismaël Ferroukhi, trouver l’interprète du rôle de Mica n’a pas été une tâche aisée : il cherchait un garçon d’une bonne dizaine d’années, de condition sociale pauvre et qui sache jouer au tennis, deux exigences plutôt contradictoires ! Ne le trouvant pas à Casablanca, il a fini par le trouver à Kenitra, sa ville de naissance. Coup de chance, Zakaria Inan, le jeune garçon en question, avait une autre qualité, une qualité très utile : il est doué pour jouer la comédie ! Plus facile, sans doute, a été le choix de l’interprète de Sophia : Avec un jeu toujours très naturel, Sabrina Ouazani s’avère être un véritable rayon de soleil pour Mica ainsi que pour les spectateurs. Acteur déjà âgé et n’ayant pas une très grande filmographie, Azelarab Kaghat est le 3ème personnage principal du casting, et il s’acquitte parfaitement du rôle de Hajj, un rôle difficile qui exige de montrer un mélange de sévérité et de bonté. Voulant introduire de l’onirisme dans son film, le réalisateur a décidé de faire appel au hang pour la musique d’accompagnement. Cet instrument de percussion a été inventé en 2000, en Suisse, à Berne, par Felix Rohner et Sabina Schärer et Ismaël Ferroukhi a travaillé avec le groupe Hang Massive, formé par le Britannique Danny Cudd et le Suédois Markus Johansson (dit Markus Offbeat).

Conclusion

Avec Mica, Ismaël Ferroukhi a choisi de montrer la situation sociale du Maroc au travers de la découverte d’un tout nouvel univers mêlant tennis et classes aisées par un gamin venant d’une famille très pauvre. S’apparentant à un conte moderne, ce « feel good movie » ne manque pas, comme il se doit, d’exagérer la part de cruauté dans sa peinture de certains comportements tout en donnant une ouverture optimiste quant à l’avenir de Mica. Le film est très bien servi par la prestation de Zakaria Inan, l’interprète de Mica, et par celle de la lumineuse Sabrina Ouazani dans le rôle de Sophia. 

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