Critique : Les Contes d’Hoffmann

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contes d'hoffman AFFICHELes Contes d’Hoffmann

Grande-Bretagne, 1951
Titre original : The Tales of Hoffmann
Réalisateur : Michael Powell, Emeric Pressburger
Scénario : Michael Powell, Emeric Pressburger, d’après l’oeuvre de Jules Barbier et Jacques Offenbach
Acteurs : Robert Helpmann, Moira Shearer, Ludmilla Tcherina
Distribution : Les Acacias (avril 2015)
Durée : 1h55
Genre : Fantastique, Romance
Date de sortie : 22 juin 1951 (première sortie), 1er avril 2015 (reprise, version restaurée)

Note : 5/5

Redécouvert dans le cadre de la rétrospective consacrée aux réalisateurs duettistes Michael Powell / Emeric Pressburger lors de l’édition 2012 du Festival de Strasbourg, un grand classique de l’Histoire du cinéma, Les Contes d Hoffmann, adapté librement de l’opéra-homonyme de Jacques Offenbach créé en 1881, ressort en salles ce 1er avril 2015.

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Synopsis : Hoffmann, jeune homme mélancolique, attend Stella, sa nouvelle compagne, dans un cabaret et (ra)conte à ses amis ses échecs amoureux avec Olympia, jolie poupée au sens littéral, Giulietta, dangereuse courtisane et Antonia, une bien mimi chanteuse tuberculeuse.

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Trois variations d’un idéal féminin

Ces trois femmes surgies d’un passé pas assez révolu pour le lugubre Hoffman ne sont ni tout à fait la même ni tout à fait une autre pour lui comme trois variations jumelles de la quête d’un idéal féminin. Paris, Venise et Athènes sont les cadres de ces récits merveilleux et tristes où le talent du duo anglais s’émancipe des contraintes de narration classiques. Pour évoquer ce gouffre qui sépare les hommes et les femmes que l’on tente toujours si maladroitement de combler, ils jouent aux marionnettistes, créant la femme parfaite en mariant un corps de danseuse à une voix de chanteuse d’opéra : Moira Shearer est doublée par Dorothy Bond et Ludmilla Tchérina par Margherita Grandi. Seule la troisième, Ann Ayars, combine physique et voix de rêve. Leur jeu est magnifié par leurs talents de ballerines qui s’expriment donc parfois à travers la voix d’une autre.

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D’ailleurs, à l’exception du narrateur Hoffmann ( Robert Rounseville, parfait danseur et vocaliste, même s’il manque un peu de charisme ), tous les autres acteurs-danseurs sont doublés par des chanteurs d’opéra professionnels qui ont enregistré leurs partitions avant le tournage, permettant une plus grande rigueur dans l’interprétation. Parmi les principaux interprètes, on peut souligner le talent de Robert Helpmann qui passe d’un rôle de rival à un autre avec une assurance machiavélique, dans les rôles du sinistre Dr Miracle ou du séducteur sans scrupules Lindorf ( il est aussi Coppélius et Dapertutto ) et doublé vocalement par Bruce Dargavel. Léonide Massine, parfait lui aussi, apparaît dans chacun des récits sous les traits de Spalanzani, Schlemil et Franz.

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Une superbe ronde, un vertige

Ce superbe mélodrame chorégraphié est filmé avec un plaisir du beau qui ne s’embarrasse pas des ressorts psychologiques convenus. La caméra entraîne le spectateur dans une superbe ronde initiée par deux créateurs uniques qui convoquent les images les plus belles dans un art rigoureux d’un expressionnisme en couleurs avec une virtuosité cinématographique que personne avant ou après eux n’a jamais réussi à égaler ni copier. Seuls les ballets de Busby Berkeley possèdent ce même art du découpage qui ne peut exister que sur un écran de cinéma et nulle part ailleurs. S’ils sont fidèles à l’oeuvre d’origine, leur mise en scène n’a rien de théâtrale, malgré l’extrême stylisation de leur style visuel, avec des angles de caméra surprenants et des perspectives qui ne s’embarrassent pas de réalisme.

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Les décors créés par Hein Heckroth imposent les mouvements de ceux qui les empruntent et créent une distanciation avec les mouvements vifs et aériens des danseurs sur des surfaces planes comme l’extraordinaire pas de danse sur des escaliers simplement dessinés au sol, l’acteur feint une chute sur la dernière marche, accentuant le trouble. Les quelques effets de surimpressions donnent le vertige et permettent d’exprimer comment ces récits vivent dans l’esprit tourmenté d’Hoffmann qui transforme chaque dépit amoureux en geste créatif, aux dépends de la réussite de ses histoires d’amour et jusqu’à faire fuir celle qui pourrait l’aimer pour satisfaire son inspiration. Chez Powell & Pressburger, on meurt d’amour ou de ne pas savoir aimer, avec un art de la grâce et pour la beauté romanesque du geste. Témoins de cette lutte entre Eros et Thanatos, les spectateurs les plus réfractaires à l’opéra ou à l’opérette trouveront leur place dans cet enchaînement de séquences enlevées, vives, mises en image avec grâce avec les talents respectifs du monteur Reginald Mills et du directeur de la photographie Christopher Challis, souvent assistant d’un autre génie, Jack Cardiff sur d’autres longs-métrages de Powell et Pressburger.

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Conclusion

Parmi les nombreux admirateurs de ce film on peut signaler George Romero qui revendique cette oeuvre comme l’une des principales raisons de sa vocation ou Martin Scorsese qui reconnaît aisément avoir ‘ volé ‘ des idées à ce film, surtout dans Taxi Driver comme des angles de caméra ou le regard de Robert de Niro dont les yeux effectuent un mouvement incessant de gauche à droite comme le fait Robert Helpmann ici.

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