Critique : La Sociale

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La Sociale

la-sociale-afficheFrance : 2016
Titre original : –
Réalisation : Gilles Perret

Distribution : Rouge Productions
Durée : 1h24
Genre : Documentaire
Date de sortie : 9 novembre 2016

4/5

Le réalisateur Gilles Perret est né en Haute-Savoie, et il continue de vivre dans cette région. Cela ne l’empêche pas de s’intéresser aux problèmes de la planète, un intérêt qui se traduit par des documentaires ancrés dans le social. Film après film, il s’est rapproché d’une période importante de notre histoire, la fin de la deuxième guerre mondiale, une période étonnante qui a vu l’ensemble des forces politiques françaises réunies autour de projets particulièrement progressistes, comme, par exemple, la création de la Sécurité Sociale. C’est l’histoire de ce dispositif que raconte La Sociale.

Synopsis : En racontant l’étonnante histoire de la Sécu, La Sociale rend justice à ses héros oubliés, mais aussi à une utopie toujours en marche, et dont bénéficient 66 millions de Français. la-sociale-24

La suite des Jours Heureux

Il y a 4 ans, le réalisateur savoyard Gilles Perret avait consacré un documentaire passionnant, Les jours heureux, à l’histoire de l’élaboration, à la fin de la deuxième guerre mondiale, du programme issu du Conseil National de la Résistance, un programme appelé très poétiquement Les Jours Heureux, un programme qui représentait un véritable projet de société en se proposant d’organiser rationnellement une société juste et solidaire et qui fut adopté le 15 mars 1944. Dans ce programme, un volet particulièrement important : la création de la Sécurité Sociale, avec l’ambition de solidariser l’ensemble de la société française en « garantissant les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent ». Cette Sécurité Sociale, toujours vivante après 71 ans de bons et loyaux services, est née officiellement le 4 octobre 1945, date de la promulgation de l’ordonnance portant l’organisation de la Sécurité Sociale, et l’histoire lui reconnaît 3 pères : Deux « politiques », Alexandre Parodi, Ministre du travail jusqu’au 21 novembre 1945, Ambroise Croizat, qui le remplaça ce même 21 novembre, et un haut fonctionnaire, Pierre Laroque. Continuant de creuser son sillon, c’est donc l’histoire de la Sécurité Sociale que raconte Gilles Perret dans La Sociale.

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Une histoire passionnante

Pour raconter cette histoire, Gilles Perret a choisi de mettre en scène un fil rouge en la personne de Jolfred Fregonara, un homme de 96 ans, militant CGT depuis l’âge de 17 ans, et qui, ayant participé à la mise en œuvre, 
en Haute-Savoie, des ordonnances signées par Ambroise Croizat, était considéré il y a un an, au moment où le film a été tourné,  comme le dernier des pionniers de la Sécu. Un homme qui est décédé l’été dernier. Au cours de ce voyage dans le temps, on visionne bien sûr des images d’archive, certaines, en particulier, nous permettant de mieux faire connaissance avec Ambroise Croizat, fils d’ouvrier, ouvrier lui-même, communiste et Ministre du travail à partir du 21 novembre 1945, puis Ministre du travail et de la Sécutité Sociale à partir du 26 janvier 1946. On rencontre sa fille Lilianne, on rencontre l’historien Michel Etiévent, des médecins et des sociologues expliquant l’importance de ce système, dont Colette Bec, spécialiste du sujet. On visite l’Ecole Supérieure de la Sécurité Sociale de Saint-Etienne, visite au cours de laquelle Jolfred Fregonara s’étonne que Pierre Laroque, soit le seul « père » de la Sécurité Sociale à avoir une plaque commémorant son travail. On visite aussi le bureau du Ministre au Ministère du travail, ce qui nous vaut une rencontre inénarrable avec François Rebsamen, Ministre du Travail à l’époque du tournage. Petit à petit, l’histoire de la Sécurité Sociale devient plus morose, avec, en particulier, les ordonnances du 21 août 1967 qui établissent le paritarisme permettant aux représentants du patronat de participer à sa gestion, alors que, jusque là, cette gestion était assurée par les seuls représentants élus des cotisants salariés. Avec ce changement sémantique consistant à parler de charge et non plus de cotisation. Avec cet autre changement sémantique qui élève les retours en arrière au rang de progressisme et le maintien des avantages sociaux au rang de conservatisme. Avec ce fameux trou, ce mot perpétuellement accolé à la Sécu. Avec, de plus en plus, le forcing permanent de l‘idéologie libérale en faveur de la privatisation des systèmes de santé et de retraite alors que tout prouve que la Sécu est moins chère, plus égalitaire et plus efficiente que les assurances privées. Et puis, égayant ce film, un grand moment de fou rire lorsque Claude Reichman, chirurgien dentiste et homme politique, opposant farouche au monopole de la Sécurité Sociale, balance froidement que la France est le dernier état communiste sur la planète, avec Cuba et la Corée du Nord. Un grand moment à ne pas manquer !

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Un talent très particulier

Gilles Perret est un réalisateur engagé qui possède un talent très particulier : il arrive à rendre passionnants, émouvants et même parfois très drôles des sujets qui peuvent paraître a priori particulièrement arides. C’était le cas dans Les jours heureux, c’est de nouveau le cas dans La Sociale. L’alternance d’images d’archive, de témoignages et d’interviews est conduite avec beaucoup de doigté et il sait trouver les interlocuteurs les plus intéressants, que ce soit parmi ceux qui partagent ses idées que dans l’autre camp. Certes, très souvent concernant ces derniers, il ne peut s’empêcher de faire rire à leurs dépens mais, après tout, c’est de bonne guerre !

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Conclusion

Une fois de plus, Gilles Perret et La Sociale apportent la preuve qu’on peut non seulement passionner un public, mais également le faire rire, avec un documentaire dont le sujet peut paraître a priori un peu aride : l’histoire de la Sécurité Sociale.

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