Critique : Hors-saison

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Hors-saison

France : 2024
Titre original : –
Réalisation : Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé, Marie Drucker
Interprètes : Guillaume Canet, Alba Rohrwacher, Sharif Andoura
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 1h46
Genre : Comédie, Comédie dramatique, Drame
Date de sortie : 20 mars 2024

4/5

Depuis 1999, année de sortie de Le bleu des villes, son premier long métrage, Stéphane Brizé s’est partagé entre comédies dramatiques comme Je ne suis pas là pour être aimé ou Mademoiselle Chambon et films à caractère social avec sa trilogie sur le monde du travail, La loi du marché, En guerre et Un autre monde. Toutefois, quel que soit le genre pratiqué, Stéphane Brizé a toujours su faire preuve d’une grande empathie et de beaucoup de sensibilité dans sa façon de présenter les personnages de ses films, des personnages qui, le plus souvent, s’avèrent souffrir de désillusion face à ce que la vie leur a apporté. Alice et Mathieu, les 2 personnages principaux de Hors-saison, ne dérogent pas à cette constatation.

Synopsis : Mathieu habite Paris, Alice vit dans une petite cité balnéaire dans l’ouest de la France. Il caresse la cinquantaine, c’est un acteur connu. Elle a dépassé la quarantaine, elle est professeure de piano. Ils se sont aimés il y a une quinzaine d’années. Puis séparés. Depuis, le temps est passé, chacun a suivi sa route et les plaies se sont refermées peu à peu. Quand Mathieu vient diluer sa mélancolie dans les bains à remous d’une thalasso, il retrouve Alice par hasard.

Quand le hasard bouleverse votre vie

Mathieu et Alice se sont aimés il y a plus de 15 ans et puis ils se sont séparés. Ou, plutôt, LUI s’est séparé, et, depuis, ils n’ont plus eu de contact. Mathieu est dorénavant en couple avec une journaliste de télévision très connue, le couple vit à Paris et il est devenu un acteur de cinéma de premier plan. Alice, de son côté, s’est mariée avec un médecin, elle habite en Bretagne et elle continue de donner des leçons de piano à des enfants. Sans un pied de nez du hasard, il est plus que probable que Mathieu et Alice étaient partis pour finir leurs jours sans jamais se rencontrer à nouveau. Mais voilà, Mathieu a cru bon de montrer qu’il n’était pas qu’un acteur de cinéma à succès, il a pris la décision de monter sur les planches et … il a fini par craquer : quelques jours avant la première de la pièce qu’il devait jouer, il a laissé tomber ses partenaires, son metteur en scène, les futures spectatrices et les futurs spectateurs et, proche du burn-out, il est allé se réfugier, hors saison, dans une thalassothérapie dont il espère qu’elle le remettra sur pieds. A quel endroit, cette thalassothérapie ? Dans un établissement luxueux qui se trouve sur la presqu’île de Quiberon, à proximité immédiate du village où habite Alice. Alice qui va apprendre la présence toute proche de Mathieu et qui va faire en sorte de le rencontrer. Ce sont ces retrouvailles, émaillées de reproches et de moments d’intimités, filmées avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, qui vont représenter le fil conducteur de Hors-saison. Un fil conducteur dans lequel, comme dans la vie, viennent se glisser des évènements sans rapport direct avec ce qui se passe entre Alice et Mathieu.

Des retrouvailles, mais pas que !

Hors-saison aurait pu n’être qu’un film sur les retrouvailles d’un homme et d’une femme qui furent amants dans le passé, avec ce qu’il faut de nostalgie et d’interrogations de l’un et de l’autre sur les éventuels regrets d’être passé à côté de tout ce que peut apporter un véritable grand amour. Hors-saison, c’est déjà cela, superbement raconté par Stéphane Brizé, délicieusement interprété par Guillaume Canet et Alba Rohrwacher. Hors-saison, c’est cela, mais grâce aux divers évènements qui viennent se glisser dans le fil conducteur, c’est plus que cela ! C’est aussi une rencontre très comique, au bord de la mer, entre Mathieu et le coach sportif de l’établissement de thalasso, le seul à ne pas demander d’autographe ou de faire un selfie : Mathieu, il ne le connaît pas ! Ce sont des communications téléphoniques qui nous informent sur le jugement porté par 2 personnes proches de Mathieu suite à  l’abandon de son projet théâtral : un appel de celui qu’on suppose être le metteur en scène qui ne mâche pas ses mots devant ce qu’il considère comme étant le comportement minable d’un enfant capricieux ; un appel de la femme de Mathieu qui, elle, considère que cet abandon n’a rien de dramatique et que Mathieu peut profiter de cette thalasso pour lire des scénarios qui lui permettront de rebondir très vite en se consacrant à ce qu’il sait faire : être acteur de cinéma. On déguste aussi un petit intermède qui met en scène le mari d’Alice dans son rôle de conseiller municipal alors que le village se divise sur le choix qui a été fait d’une petite fille aux origines africaines pour incarner une fillette importante de l’histoire du village. Toutefois, l’évènement le plus important parmi ceux apportant une diversion dans les retrouvailles entre Mathieu et Alice  concerne Lucette, l’amie septuagénaire d’Alice, et son mariage avec Gilberte. Avec cette femme étonnante, le film prend vraiment des allures de documentaire, d’autant plus que lors du tournage, réalisé avec 5 caméras sur le plateau, les personnes présentes en tant qu’invité(e)s à la noce ne savaient pas ce qui allait se passer, en particulier la prestation de  Jean Boucault et Johnny Rasse, les deux membres de l’extraordinaire duo « Les chanteurs d’oiseaux » .

Deux grands interprètes … plus une !

Pour écrire le scénario de Hors-Saison, film qui raconte les retrouvailles d’un homme et d’une femme qui se sont aimés et qui se sont perdus de vue, Stéphane Brizé a eu l’excellente idée de travailler avec Marie Drucker, que, par ailleurs, on ne voit pas dans le film mais qu’on entend puisqu’elle interprète le rôle de l’épouse de Mathieu et qu’elle communique par téléphone avec son mari. Dans Hors-saison, film qui a été présenté en compétition lors de la dernière Mostra de Venise, on retrouve toutes les facettes du cinéma de Stéphane Brizé, en particulier sa façon si personnelle de nous introduire dans l’intimité de ses personnages en sachant nous émouvoir avec beaucoup de tact et de sensibilité. Mais il y a aussi du nouveau, avec l’apparition du comique dans son cinéma, que ce soit la scène de rencontre avec le coach sportif ou des scènes dignes de Tati ou de Sempé lorsque Mathieu est confronté dans l’établissement de thalassothérapie à des ustensiles dont le modernisme le dépasse.

Pour interpréter le rôle de Mathieu, le choix s’est très vite porté sur Guillaume Canet qui trouve là un de ses plus beaux rôles. Un acteur très connu pour interpréter le rôle d’un acteur très connu, mais qui pour interpréter le rôle d’Alice, une professeure de piano dont la renommée ne dépasse pas le village dans lequel elle habite ? Dans ce contexte, Stéphane Brizé se refusait à faire appel à une comédienne très connue dans notre pays mais, vue la dimension du rôle, vue l’implication et l’extrême  précision qu’il allait exiger de la part de l’interprète, il avait en tête de faire appel à une grande comédienne ayant l’expérience de ce genre de rôles. C’est de l’autre côté des Alpes  qu’il a trouvé la solution à son problème, avec  Alba Rohrwacher, très connue en Italie mais beaucoup moins dans notre pays. Le prénom d’Alice avait-il été choisi avant le choix de la comédienne ? Toujours est-il que Alba Rohrwacher se voit attribuer le prénom de sa sœur, la réalisatrice Alice Rohrwacher ! Quant au prénom de Mathieu, figurez vous qu’il n’est jamais prononcé dans le film ! A côté de ces deux excellents interprètes, on remarque une extraordinaire comédienne non professionnelle : Lucette Beudin, l’interprète de Lucette, une femme qui vient du monde paysan de la Normandie et que Stéphane Brizé avait déjà mise en scène dans un petit rôle dans Une vie. Ici, son rôle est plus important et elle y fait preuve d’un très grand talent.

Conclusion

Avec ce film qui, sans avoir l’air d’y toucher, aborde un grand nombre de genres différents, Stéphane Brizé apporte une fois de plus la preuve qu’il est un des meilleurs réalisateurs français du moment, voire le meilleur. La prestation de Guillaume Canet et Alba Rohrwacher, les 2 interprètes principaux, est absolument remarquable mais c’est une septuagénaire non professionnelle qui arrive presque à leur voler la vedette : Lucette Beudin, l’extraordinaire interprète de Lucette.

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