Critique : Ferrari

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Ferrari

USA, 2023
Titre original : –
Réalisateur : Michael Mann
Scénario : Troy Kennedy-Martin
Acteurs : Adam Driver ; Penelope Cruz
Distributeur : Prime Video
Genre : Biopic ; Drame
Durée : 2h10
Date de sortie : 8 mars 2024 (France)

2/5

C’est dans le ronronnement d’un moteur des années 50 que Michael Mann signe son retour à la réalisation, 8 ans après le mal aimé Hacker, pour ce nouveau film sur Enzo Ferrari. Sans être dénué d’éclats de style, le manque de dynamisme général de cette fable hollywoodienne sur les dangers de l’ambition peine à nous emporter, tant elle tire en longueur, dans la forme aussi bien que dans le fond, une certaine idée du biopic dont le classicisme gagnerait sans doute à être un peu bousculé.

C’est pourtant d’abord un plaisir que de retrouver la caméra aérienne et élégante de Mann, toujours sensible à la place de ses acteurices; laissant de l’espace à leur performance en s’effaçant dans une sobriété de mise en scène très confortable. On peut se détendre et attacher sa ceinture.

Adam Driver réussit sans doute à fabriquer une préoccupation sévère mais pas violente aux accentuations italiennes modérées; mais c’est surtout Penelope Cruz qui tient le film sur ses épaules par la passion que son personnage insuffle à un film qui en manque cruellement. Sans tomber dans la caricature, sa colère prête à exploser à tous moments est à, elle seule, le prestige de la maison Ferrari dont l’intrigue du film va raconter l’année 1957, synonyme de crise personnelle et industrielle.

C’est peut-être parce qu’après sa première heure lumineuse, le film s’épuise ensuite dans une longue heure recyclant à l’excès les mêmes scènes de course manquant cruellement de rebondissements, que nos mains se joignent pour demander la fin du voyage.

Synopsis : Durant l’été 1957, la faillite menace l’entreprise qu’Enzo Ferrari et son épouse Laura avaient bâtie dix ans plus tôt. Il décide de se lancer à fond dans l’emblématique Mille Miglia, une course automobile longue distance à travers l’Italie. Dans la foulée, Enzo a redéfini l’idée de la voiture de sport italienne de haute performance et a donné naissance au concept de Formule 1.

Difficile de reprocher à Michael Mann d’avoir exécuté classiquement un scénario classique, fresque biographique où la petite histoire personnelle vient rencontrer la grande Histoire. En décidant de se concentrer sur un moment de crise dans la vie d’Enzo Ferrari, le récit espère révéler les contradictions de cette figure de l’histoire technologique sans avoir à déployer 80 ans d’histoire. Il y a sans doute un symbole puissant à trouver dans cet homme tentant de maintenir l’équilibre fragile de la respectabilité, tout en repoussant sans cesse les limites du raisonnable. Encore une fois, l’esthétique sobre et classieuse de Mann laisse toute la place au récit pour se déployer et c’est sans doute là que le bas blesse.

En effet, comment ne pas voir dans les longueurs de la narration une pauvreté rappelant le rythme des séries TV de l’été? Quelque chose de profondément rétro dans l’exploitation des mêmes décors confine rapidement à la sensation que les rares plans de paysage et d’effets spéciaux n’empêchent pas le film d’être à l’étroit sur une toile trop grande. Peut-être aussi sommes-nous dans un moment de cinéma où les reconstitutions historiques par les studios américains cherchant à combiner la pseudo authenticité des “faits” avec l’artificialité du dispositif (acteurs américains imitant pour le public américain l’ ”exotisme d’autres cultures) a atteint une certaine limite. Il est en tout cas certain que le fond de cette histoire manque vraiment de l’élégance avec laquelle Michael Mann tente de l’habiller.

Ainsi, un certain manque d’inspiration de la mise en scène se fait inexorablement ressentir. Les mêmes décors se répètent, la musique d’opéra que Driver en viendra même à chanter souligne des moments à l’émotion absente et on enchaîne les séquences familiales à la limite du ridicule où l’on cherche le regard de Penelope Cruz pour s’accrocher à quelque chose de vraisemblable. L’accélération du récit dans la deuxième moitié du film, nous transportant jusqu’à la scène de course finale, pourrait être l’occasion d’un nouveau souffle dans la mise en scène. Malheureusement ces interminables scènes de course automobiles, tournées toutes de la même manière, ne parviennent jamais à créer une vraie sensation d’excitation.

Sortant tout juste après une année de cinéma très réjouissante, ce “Ferrari” se présente ainsi résolument comme un pas en arrière. Surtout, l’idée potentiellement riche d’une époque obsédée par la vitesse aurait pu être traitée avec un petit peu plus d’urgence.

Dans sa structure, le film cherche à créer de la tension en puisant dans la double vie familiale d’Enzo Ferrari, partagé entre son épouse et son amante; les intérêts financiers de l’empire industriel Ferrari dépendant largement de l’accord signataire de sa femme “légitime” .

L’intrigue cherche à faire coexister la problématique financière avec celle de la vie adultère de Ferrari, sans jamais vraiment y parvenir. Le personnage d’Adam driver restera passif, à la limite de l’antipathie, attendant l’accord de sa femme pour pouvoir clôturer le film. Les enjeux qui vont l’amener à globalement se transporter tout au long de ces deux heures de film d’un circuit à l’autre, jusqu’au restaurant, en passant par la cuisine, parachève l’image en surface d’un homme trop pressé pour avoir le temps de pleurer ou de vivre un peu. Même celà, il aurait été fascinant de le découvrir un peu; nous ne demandions que ça. Alors que le générique défile, nous reste l’impression d’avoir à peine pû effleurer un personnage dont le parcours, pas très spectaculaire, n’a pas aidé à faire apprécier.

C’est bien à travers la figure de l’épouse trahie que Penelope Cruz, trop rare dans le film, va réussir à faire vivre un semblant d’enjeu. A chacune de ses apparitions, elle semble de plus en plus consumée par un deuil qui lui noircit les traits et la transforme en prédatrice résolue à ne pas respecter sa place d’épouse respectable, quitte à faire trembler l’empire de son mari. Il est vraiment dommage que son personnage n’ait pas la place de pouvoir exercer un peu plus de cette fureur qui créera sans doute les scènes les plus marquantes du film.

La figure mythologique de Ferrari suffira-t-elle à rassembler un public amateur d’élégantes cylindrées? Nous gageons que les fans de Michael Mann ne pourront en tout cas ignorer toute la poussière accumulée sur le capot de ce drame “à l’ancienne” dont le pitch tient en deux lignes et qui n’ exploite que bien partiellement tout le potentiel de ces personnages.

Conclusion

Le nouveau long métrage de Michael Mann manque du souffle qui l’aurait fait passer en tête. L’interprétation d’Adam Driver mais surtout celle, fantastique, de Penelope Cruz ne parviendra pas à sauver un biopic d’un autre temps, mené au trot, qui passe malheureusement à côté de la complexité de ses personnages. La classe de la mise en scène du styliste américain ne sait pas à qui se donner et c’est fatigués que le film nous laisse, spectateurs des formes racées d’une voiture dont nous n’aurons pu qu’apercevoir le moteur.

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