Critique : Fatima

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Fatima affiche

France : 2015
Titre original : –
Réalisateur : 
Scénario : Philippe Faucon, d’après l’oeuvre de
Acteurs : , ,
Distribution : 
Durée : 1h19
Genre : Drame
Date de sortie : 7 octobre 2015

Note : 4/5

Né au Maroc il y a 57 ans, Philippe Faucon est un réalisateur au talent certain mais dont on parle peu. Trop peu ! Présenté cette année à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, Fatima est son 8ème long métrage de cinéma et, une fois de plus, il s’intéresse au sort des immigrés dans notre pays. La désintégration, son film précédent, avait pour thème (en 2011!) le terrorisme et la tendance, chez certains jeunes des cités, à se laisser prendre dans les filets de l’islamisme radical. Contrairement à ce film très pessimiste quant aux possibilités d’intégration de certains jeunes d’origine maghrébine, Fatima montre la face inverse, nettement plus importante en nombre, mais malheureusement souvent entravée par le comportement de certains de nos compatriotes : une volonté farouche d’intégration. Comme le dit Philippe Faucon : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’un forêt qui pousse ». La désintégration parlant de l’arbre qui tombe, le réalisateur sentait le besoin de faire un film sur la forêt qui pousse.

Synopsis : Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

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Un trio féminin

Fatima, une femme divorcée d’origine algérienne, vit seule avec ses deux filles dans la région lyonnaise. Des filles qui font sa fierté et qu’elle élève du mieux qu’elle peut. Nesrine, l’aînée, 18 ans, a toujours été une bonne élève et elle bûche sérieusement sa première année de médecine. Tout le contraire de Souad, 15 ans, une rebelle insolente qui ne travaille pas à l’école et qui se heurte sans cesse à sa mère qu’elle a tendance à mépriser : honte de cette mère qui comprend le français mais ne le parle pas, ne le lit pas, ne l’écrit pas ; honte de son métier de femme de ménage qui, pourtant, la fait vivre, elle et sa sœur. « Je préfère voler, faire de la prison plutôt que de nettoyer comme toi la merde des autres », va-t-elle jusqu’à dire à sa mère. Un accident du travail va profondément bouleverser la donne. Plutôt dans le bon sens !

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Un désir d’intégration

Après La désintégration, Philippe Faucon a ressenti le besoin de réaliser un film positif sur le désir d’intégration d’une grande partie des immigrés d’origine maghrébine et de donner leur place à l’écran à des personnages peu souvent représentés, en mettant l’accent sur tout ce qui fait leur importance. C’est dans « Prières à la lune », un recueil de poèmes et de pensées écrit par Fatima Elayoubi, qu’il est allé puiser la matière pour son film. Un film qu’il est intéressant de comparer à ceux d’Abdellatif Kechiche : un thème sur l’importance du langage qui peut faire penser à L’esquive, mais une façon de traiter son sujet totalement opposée. Autant Kechiche allonge les scènes qu’il filme jusqu’à plus soif, autant Faucon fait dans la concision, dans l’épure. Résultat : en 1h19, Faucon nous en dit autant, voire plus, que Kechiche en 3 heures. Le plus souvent, Faucon glisse des éléments avec beaucoup de subtilité, comme cette scène loin d’être appuyée dans laquelle Fatima comprend qu’une de ses patronnes a essayé de la piéger en laissant traîner un billet de 10 Euros. Certains en auraient fait des tonnes sur la violence sous-jacente que révèle un tel comportement ! Pour Faucon, nul besoin d’appuyer en ce qui concerne la comparaison entre cette famille bourgeoise et celle de Fatima et ses filles : dans la première, on ne se parle pas beaucoup alors que tout le monde parle la même langue ; dans la seconde, où ce n’est pas le cas, le dialogue est permanent, la mère parlant à ses filles en arabe, ses filles lui répondant en français.

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Un bon casting

On est en droit de se demander pourquoi Fatima Elayoubi n’interprète pas son propre rôle à l’écran : en fait, cela aurait remué trop de choses en elle. C’est pourquoi elle s’est contentée de participer à l’écriture du scénario. Comme il était difficile, voire impossible, de trouver une comédienne professionnelle pour endosser ce rôle, Philippe Faucon a choisi une véritable femme de ménage, Soria Zeroual, dont le naturel et la force permettent d’occulter les petits défauts qu’on peut trouver dans son jeu. Kenza Noah Aïche, qui joue le rôle de Souad, est également une non professionnelle : son énergie emporte facilement le morceau ! Dans ce trio féminin, seule Zita Hanrot était déjà passée devant une caméra, et plusieurs fois : elle campe Nesrine de façon très crédible. Si le film se concentre principalement sur Fatima, Nesrine et Souad, il n’oublie pas pour autant de les situer dans leur environnement : des HLM de banlieue, avec les rapports des femmes entre elles et ceux entre garçons et filles. Quant au père de Nesrine et Souad, il n’a pas coupé les ponts avec sa première famille : pas le mauvais bougre, même si pointe à l’occasion la remarque faite à Nesrine que « fumer, pour une femme, c’est vulgaire, ce ne l’est pas pour un homme ».

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Conclusion

Philippe Faucon est un cinéaste qui aime aller à l’essentiel, qui aime la concision. Dans La désintégration, son film précédent, il était allé trop loin en accumulant les ellipses sur l’évolution psychologique des personnages. Dans Fatima, il a su doser de façon parfaite son goût pour l’épure et une conduite de récit très bien menée. Tout en étant très réaliste sur la vie difficile de Fatima, et donc, de toutes celles qui partagent son sort, son film fait souvent  la part belle à une sorte de poésie, issue sans doute des poèmes écrits par Fatima Elayoubi. Un film puissant et généreux.


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