Critique Express : Roland Gori une époque sans esprit

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Roland Gori une époque sans esprit

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Xavier Gayan
Scénario : Xavier Gayan
Interprètes : Roland Gori, Barbara Cassin, Richard Martin
Distribution : DHR distribution / A Vif Cinemas
Durée : 1h10
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er juin 2022

3.5/5

Synopsis : Aujourd’hui nous vivons dans un monde où la logique de rentabilité s’applique à tous les domaines. Les lieux dédiés aux métiers du soin, du social, de l’éducation, de la culture… sont gérés par des managers ou des experts pour qui seuls comptent les chiffres, niant les besoins humains. Le psychanalyste Roland Gori se bat depuis des années contre le délitement de notre société. Ce film est un portrait de sa pensée, de son engagement, comme “L’Appel des appels, qu’il avait co-initié avec Stefan Chedri, pour nous opposer à cette casse des métiers et à la marchandisation de l’existence. Ce film propose un portrait intime de Roland Gori, accompagné de témoignages de proches : ses éditeurs Henri Trubert et Sophie Marinopoulos (éditions Les Liens qui libèrent), la philosophe et académicienne Barbara Cassin, le médecin hospitalier et auteure Marie-José del Volgo, le directeur du théâtre Toursky à Marseille Richard Martin.


70 minutes d’une grande richesse

Connaissez vous Roland Gori ? Le documentariste Xavier Gayan, le réalisateur de Roland Gori une époque sans esprit, reconnait qu’il ne le connaissait pas avant de tomber par hasard sur une de ses conférences, « La fabrique des imposteurs ». Né il y a 78 ans dans une famille italo-provençale d’un quartier populaire de Marseille, Roland Gori est devenu un psychanalyste et un professeur d’Université de grande renommée et le film nous montre que c’est un homme dont la parole est riche et particulièrement instructive. Ce film consiste en une série d’interviews entrecoupées d’extraits de conférences données par Roland Gori et de quelques plans sur la ville de Marseille. Bien entendu, celui qui s’exprime le plus n’est autre que Roland Gori, mais on entend aussi la philologue et académicienne Barbara Cassin, Marie-José del Volgo, maitresse de conférence en Faculté et épouse de Roland Gori, Henri Trubert et Sophie Marinopoulos, les éditeurs de Roland Gori, et Richard Martin, Directeur du théâtre Toursky et figure importante de la vie intellectuelle marseillaise. Chaque séquence porte un titre qui résume le sujet qu’elle aborde, mais comme il y en a près d’une vingtaine, on se contentera de donner quelques exemples : « Le rapport au manque », « Les évaluations », « L’appel des appels », « Le cul de sac du profit », « Chair à entreprise », « coloniser les cerveaux », « La liberté ». Le film démarre par des réflexions sur les analyses psychanalytiques portant tout particulièrement sur l’importance de l’écoute, qu’on a trop souvent tendance, aujourd’hui, à considérer comme une perte de temps, ainsi que sur la tendance contemporaine, dans « un monde obsessionnel où tout doit servir » à ne mettre en valeur que ce qui est utile au lieu de retenir avant tout ce qui est essentiel : « L’amour et l’amitié, c’est inutile mais c’est essentiel ».

Après cette mise en bouche, le film peut rebondir sur les sujets de prédilection de Roland Gori qui sont le plus souvent des sujets qu’on peut qualifier de politiques et qu’on peut résumer dans l’objectif recherché lorsque, en décembre 2008, il avait lancé l’Appel des appels avec Stefan Chedri : remettre l’humain au cœur de la société. En effet, ce mouvement social, créé au départ en réaction au plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques lancé par Nicolas Sarkozy, a fini par agréger de nombreuses personnalités et de nombreuses organisations venant de différents secteurs du service publique et toutes opposées aux méthodes d’évaluation de l’action publique et à la conduite de réformes se faisant surtout d’après des critères économiques. Le but : partager toutes les expériences, que ce soit en matière de lutte ou de réflexion. Confronté à cette conception néo-libérale qui fait de l’ « autre » un moyen, un instrument, Roland Gori s’emporte contre les métaphores guerrières utilisées par le monde économique contemporain et se moque du fameux facteur h utilisé, entre autre, pour mesurer l’importance, la portée et l’impact des publications cumulées d’un chercheur en se focalisant sur le nombre pondéré d’articles d’un auteur, un indice quantitatif et non qualitatif qui arrive à troubler le travail des chercheurs qui peuvent en arriver à rechercher le nombre plutôt que la qualité en matière de publications. Qui arrive aussi à ce que, sur un moteur de recherche, le négationniste Faurisson soit mieux classé que l’anthropologue Lévi-Strauss ! Dans le fil du film, Roland Gori nous propose deux « blagounettes » tout à fait en phase avec ses réflexions et ses convictions, celle du berger et celle des 2 Francis, qu’il serait vraiment dommage de divulgacher. Roland Gori une époque sans esprit ne dure que 70 minutes : rares sont les films qui proposent une telle richesse d’informations et de sujets de réflexion en un temps aussi court !

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