Critique Express : L’été l’éternité

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L’été l’éternité

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Émilie Aussel
Scénario :  Émilie Aussel, Emmanuelle Bayamack-Tam
Interprètes : Agathe Talrich, Marcia Guedj-Feugeas, Matthieu Lucci
Distribution : Shellac
Durée : 1h15
Genre : Drame, romance
Date de sortie : 4 mai 2022

3/5

Synopsis : Vivre et aimer du haut de ses 18 ans, plonger dans l’insouciance de l’été, perdre brutalement sa meilleure amie, s’apercevoir que rien ne dure toujours, renaître.


Marseille sous le soleil et la jeunesse

18 ans, le bac dans la poche, l’été sur les plages marseillaises, les soirées festives, les flirts, voire plus si affinité, l’impression que la vie est belle, que la vie est éternelle. Et puis l’amitié, l’amitié profonde, sincère entre Lise et Lola : « Je pensais que tu me protègerais toujours car de nous deux, c’était toi la plus forte », dit Lise. Utilisation de l’imparfait, « c’était », car un évènement va venir transformer ces moments idylliques en une période dramatique pour Lise. Le groupe d’ami.e.s autour de Lise qui se désagrège, la recherche pour certains d’un responsable. Comment rebondir dans la vie, comment vous reconstruire pour aborder le reste de votre vie, lorsqu’un tel choc vous saisit alors que vous sortez de l’adolescence et que vous allez entrer dans l’âge adulte ? S’introduire dans un autre groupe, voilà peut-être la solution, un trio formé de deux hommes et une femme qui répètent un spectacle.

Le cinéma d’Emilie Aussel repose sur deux piliers, Marseille et la jeunesse. Après 4 court-métrages, L’été l’éternité est son premier long métrage et elle approfondit le sillon qu’elle a commencé à construire en 2009 avec L’ignorance invincible : cette native de Montpellier a choisi Marseille pour ce premier court-métrage et ne l’a pas quittée depuis. A Marseille, elle est particulièrement inspirée par le style néo-classique du Palais Longchamp et par la mer, par ses plages telle celle connue sous le nom de Plage du Prophète. Ce sont dans ces deux lieux que se retrouvent les membres du premier groupe d’ami.e.s de Lise. Des lieux de folle gaieté qui deviennent des lieux d’énorme peine.

 

Dans L’été l’éternité, Emilie Aussel a l’énorme mérite d’arriver à intéresser le spectateur durant 75 minutes à un film dont le scénario pourrait tenir, comme on dit, sur un ticket de métro. Sa peinture de la jeunesse est pleine de naturel, elle n’est ni forcée ni maniérée. Des qualités qui ont dû compter pour que lui soit attribué un prix spécial du Jury de la sélection « Cinéastes du Présent » lors du Festival de Locarno 2021. C’est accompagnée d’une assistante que la réalisatrice a construit le casting de son film, un casting qui a duré un an et qui, comme elle le souhaitait, n’a retenu que des jeunes de Marseille et des environs, pour elle les seuls capables d’avoir « l’attitude, l’accent, la manière d’être » correspondant au territoire marseillais. Dans ce casting très réussi, beaucoup de non professionnels mais aussi des acteurs ayant déjà joué dans des films. C’est ainsi qu’on retrouve Matthieu Lucci, Antoine dans L’atelier de Laurent Cantet, et Idir Azougli, Ryad dans Shéhérazade, Akim dans Stillwater, Kevin dans Bac Nord. Marcia Guedj-Feugeas, l’interprète de Lola, on l’avait vu dans un petit rôle dans Le test. Par contre, Agathe Talrich, l’interprète de Lise, le rôle principal du film, était une débutante devant une caméra et c’est une belle révélation. Très belle révélation aussi, Nina Villanova, l’excellente interprète de Rita, l’élément féminin du trio auprès duquel Lise trouve refuge.

Le très gros travail effectué en amont du tournage, avec pas mal d’improvisations, a permis de réduire à 3 semaines la durée du tournage : les interprètes avaient eu le temps de bien s’imprégner des personnages qu’ils et qu’elles devaient incarner. A noter une belle idée de la réalisatrice : lors du casting, elle demandait aux acteurs de se lancer dans une improvisation face caméra, dans un monologue durant lequel ils devaient s’adresser à une personne chère qu’ils avaient perdue ou qu’ils avaient peur de perdre. Tournés en format 1.33, 4 ou 5 de ces courts monologues viennent s’insérer dans le film, tourné lui au format 1.85.

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