Critique Express : Leila et ses frères

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Leila et ses frères

Iran : 2022
Titre original : Baradaran-e Leila
Réalisation : Saeed Roustaee
Scénario : Saeed Roustaee
Interprètes : Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 2h45
Genre : Drame
Date de sortie : 24 août 2022

3/5

Synopsis : Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entrainent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore. 

Un mélange de qualités et de défauts

L’été dernier, la surprise cinématographique avait indéniablement été le succès de La loi de Téhéran, deuxième long métrage du jeune réalisateur iranien Saeed Roustaee, le premier à sortir en salles dans notre pays : une critique presque unanime dans les louanges et pas loin de 200 000 spectateurs dans une période pourtant  difficile pour le cinéma. Un succès d’autant plus étonnant que, à côté de qualités formelles évidentes, on ne pouvait s’empêcher de trouver beaucoup de « déjà vu ailleurs » dans ce film consacré à ce qui touche à la drogue, que ce soit dans le cinéma américain ou dans le cinéma français. De même, avait on également le droit de trouver ce film un tantinet trop long. En tout cas, il est probable que ce succès inattendu a été une des raisons de la sélection dans la compétition officielle cannoise de 2022 de Leila et ses frères, le nouveau film de Saeed Roustaee, et on peut sans trop de risque parier que la dithyrambe sera de nouveau de mise chez la grande majorité des critiques.

Les raisons qui peuvent militer dans ce sens, on les trouve dans l’histoire elle-même et dans un certain nombre de scènes dans lesquelles le réalisateur donne libre cours à sa virtuosité. Comme l’indique le titre du film, l’histoire est celle de Leila, une jeune femme intelligente, travailleuse, volontaire, qui s’efforce de maintenir à flot une famille qui est loin de rouler sur l’or sans être, pour autant, dans la misère la plus noire. Une tâche difficile car les frères dont parle le titre sont loin d’avoir les mêmes qualités : Parviz, un homme en surpoids qui, avec son petit boulot dans un centre commercial, peine à nourrir une famille nombreuse qui continue de s’agrandir car, après 4 filles, Parviz tient absolument à avoir un fils ; Farhad, dont la vie semble davantage tourner autour des muscles que du cerveau ; Manouchehr, pas bête mais paresseux, toujours à la recherche d’une entourloupe plus ou moins foireuse ; Alireza, qui vient de perdre son travail dans un usine mise en liquidation, un homme qui a peur de tout, un homme pour qui chacun est responsable de ses actes et doit en assumer les conséquences. Quant à ses parents, Leila ne peut pas en attendre grand chose, avec une mère avec qui elle n’entretient pas d’excellents rapports et, surtout, un père, Esmail, dont le seul but est de suivre les traditions, quelles qu’en soient les conséquences. Lorsque Leila, après mûres réflexions, va proposer à ses frères d’investir les maigres économies de la famille dans l’achat d’une boutique, elle va se heurter au choix concurrent d’Esmail qui lui, depuis la mort de son cousin qui avait été choisi comme parrain du clan familial au sens large, rêve de le remplacer, quitte à devoir débourser l’ensemble de ses économies.

 

L’histoire de cette famille permet au réalisateur de brosser à sa façon un portrait de l’Iran d’aujourd’hui, avec la disparition progressive de la classe moyenne, avec le poids des traditions qui pèse toujours chez les personnes âgées, avec de plus en plus de jeunes qui finissent par baisser les bras face à ce que leur propose le régime politico/religieux en place, avec l’importance du patriarcat qui ne se dément pas, avec le rôle subalterne laissé aux femmes alors que, bien souvent, ce sont elles qui pourraient sortir du marasme aussi bien les familles que le pays. Un portrait à sa façon … Une façon très différente de ce que pratiquent les grands réalisateurs iraniens dont on suit le cinéma depuis des années, tels Asghar Farhadi ou Jafar Panahi.

C’est justement dans la façon choisie par Saeed Roustaee de faire du cinéma qu’on va trouver les éléments susceptibles de mettre un frein à un enthousiasme quelque peu prématuré concernant ce réalisateur. Tout d’abord, la longueur de ses films : 2 h 14 pour La loi de Téhéran, c’était déjà limite ; 2 h 45 pour Leila et ses frères, c’est trop ! Cela donne une première partie du film épuisante avec des discussions familiales qui n’en finissent pas. Le réalisateur le reconnait : « lorsque les choses doivent être clairement explicitées par les personnages, il peut leur écrire des dialogues jusqu’à plus soif ». En fait, avec Leila et ses frères, on a droit à 2 films pour le prix d’un : d’un côté, un film bavard et fatigant, de l’autre, un film à la fois plus intéressant et offrant des passages dans lesquelles la virtuosité est de mise dans la mise en scène. Toutefois, là aussi, l’enthousiasme doit être tempéré : comme dans La loi de Téhéran, Saeed Roustaee s’inspire trop ostensiblement d’œuvres existantes. Ici, c’est du côté du cinéma italo-américain de Visconti et de Coppola qu’il lorgne. Alors, certes, c’est beau, c’est grandiose, mais, pour vraiment devenir un grand réalisateur, il faudrait que Saeed Roustaee arrive à faire un grand film qui soit du … Saeed Roustaee. Il n’a que 33 ans, il devrait y arriver ! Par ailleurs, impossible de ne pas dire deux mots de Taraneh Alidoosti, l’interprète du rôle de Leila, une comédienne qu’on avait déjà vu chez Asghar Farhadi : excellente, superbe.

 

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