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Test Blu-ray : Rita, Susie et Bob… aussi !

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Rita, Susie et Bob… aussi !

Royaume-Uni : 1984
Titre original : Rita, Sue and Bob too
Réalisation : Alan Clarke
Scénario : Andrea Dunbar
Acteurs : Michelle Holmes, Siobhan Finneran, George Costigan
Éditeur : Elephant Films
Durée : 1h33
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie cinéma : 16 septembre 1987
Date de sortie DVD/BR : 23 juin 2026

Rita et Sue sont deux amies lycéennes inséparables issues de la classe ouvrière. Pour se faire de l’argent de poche, elles gardent les enfants d’un couple de petits-bourgeois, Bob et Michelle. Un soir où il ramène les deux adolescentes chez elles en voiture, Bob leur propose sans détour une partie de jambes en l’air que les deux jeunes filles ne tardent pas trop à accepter avec malice…

Le film

[3,5/5]

Certains films semblent avoir été tournés avec les poches pleines de gravier. Non pas parce qu’ils avancent difficilement, mais parce qu’ils emportent partout avec eux le poids d’un territoire, d’une époque et de celles et ceux qui l’habitent. Rita, Susie et Bob… aussi ! appartient à cette famille-là. Adapté d’une pièce de la jeune dramaturge Andrea Dunbar, disparue beaucoup trop tôt, le film réalisé par Alan Clarke en 1987 prend racine dans les quartiers populaires de Bradford, au nord de l’Angleterre, sans jamais donner l’impression d’en faire un musée de la misère. À l’heure où le pays digère tant bien que mal les secousses de l’ère Thatcher, Rita, Susie et Bob… aussi ! préfère regarder ses personnages avec un mélange de tendresse, de malice et de lucidité. L’ensemble évoque clairement son époque de production, et rappelle souvent l’énergie de Bons baisers de Liverpool ou le réalisme chaleureux de My Beautiful Laundrette, tout en conservant une personnalité farouchement singulière, comme un oiseau qui aurait décidé de construire son nid avec des éclats de verre et des rubans de fête foraine.

Le sujet pourrait pourtant laisser croire à une simple farce. Deux adolescentes entretiennent chacune une liaison avec le même homme marié, chauffeur routier aussi sympathique qu’irresponsable. Présentée de cette façon, l’intrigue ressemble presque à une plaisanterie racontée un samedi soir dans un pub. Rita, Susie et Bob… aussi ! déjoue pourtant très vite cette attente. Derrière les situations cocasses se cache un portrait d’une rare finesse de la jeunesse ouvrière britannique, coincée entre des familles étouffantes, des perspectives professionnelles rabougries et une sexualité qui sert autant d’échappatoire que de terrain d’expérimentation. Alan Clarke refuse de juger ses personnages. Rita, Susie et Bob commettent des erreurs, mentent, s’emportent ou se montrent d’une mauvaise foi presque olympique, mais chacun avance avec les moyens du bord, comme s’il bricolait son existence avec quelques planches récupérées sur un chantier. Cette bienveillance évite au film de sombrer dans la satire facile. Les éclats de rire naissent moins des gags que de l’incroyable naturel avec lequel les personnages acceptent l’absurdité de leur quotidien. Une seule image suffit à résumer cette philosophie : les disputes éclatent, les portes claquent, puis tout le monde finit par remonter dans le même bus, parce que la vie continue malgré tout. Cette évidence possède une force presque désarmante.

La mise en scène d’Alan Clarke accompagne admirablement cette vision du monde. Rita, Susie et Bob… aussi ! donne souvent l’impression que la caméra refuse de rester assise. Les déplacements incessants, les plans en mouvement et l’utilisation particulièrement fluide de la Steadicam créent une proximité presque physique avec les personnages. La caméra les suit dans les rues, les cages d’escalier, les salons trop exigus ou les terrains vagues avec la curiosité d’un voisin qui entrouvrirait discrètement son rideau sans jamais céder au voyeurisme. Ce choix formel épouse parfaitement le propos du film : personne n’a réellement le temps de s’arrêter pour réfléchir à sa condition, chacun avance, parfois à toute vitesse, souvent sans savoir où mène la route. Cette mobilité permanente finit même par produire un étrange paradoxe. Plus les personnages circulent, plus ils semblent prisonniers d’un espace social qui les ramène toujours au même point. Une cage dont les barreaux seraient dessinés au marqueur sur l’horizon. Voilà une prison particulièrement retorse.

Cette justesse ne fonctionnerait évidemment pas sans un casting d’une authenticité remarquable. Siobhan Finneran compose une Rita à la fois insolente, vulnérable et terriblement vivante. Michelle Holmes offre à Susie une spontanéité qui désamorce constamment le mélodrame, tandis que George Costigan transforme Bob en homme ordinaire, incapable d’assumer pleinement ses choix sans jamais devenir un simple objet de mépris. Les dialogues hérités d’Andrea Dunbar conservent une musicalité populaire qui semble jaillir directement du trottoir plutôt que d’une machine à écrire, et Alan Clarke sait exactement quand laisser le silence terminer une phrase commencée par un éclat de voix. Quarante ans après sa sortie, Rita, Susie et Bob… aussi ! n’a rien perdu de son pouvoir de séduction. Derrière son humour volontiers frondeur se cache un regard profondément humaniste sur des personnages que le cinéma oublie parfois de regarder autrement que comme des statistiques. Ici, ils existent pleinement, avec leurs contradictions, leurs maladresses, leurs rêves cabossés et leurs petits instants de grâce. Ce n’est finalement pas si fréquent qu’un film donne autant envie de rire tout en rappelant, presque en douce, que la dignité pousse parfois dans les fissures du béton.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est à Elephant Films que revient le mérite de faire découvrir ou redécouvrir Rita, Susie et Bob… aussi ! dans d’excellentes conditions. Longtemps difficile à voir dans une copie réellement satisfaisante, le film d’Alan Clarke bénéficie ici d’une restauration très convaincante qui restitue parfaitement son identité visuelle. L’image affiche un niveau de définition solide, sans chercher à transformer artificiellement un film profondément ancré dans le réalisme britannique des années 80. Le piqué se montre précis sur les gros plans, les textures des vêtements, les façades de briques ou les intérieurs modestes de Bradford gagnent sensiblement en lisibilité, tandis que le grain argentique est préservé avec un naturel appréciable. L’éditeur évite heureusement les excès de lissage numérique : les visages conservent leurs aspérités, les décors leur rugosité et l’ensemble retrouve cette sensation de proximité presque documentaire qui caractérise le cinéma d’Alan Clarke. Quelques plans un peu plus souples rappellent naturellement les limites du matériel d’origine, mais rien qui ne vienne réellement ternir l’expérience. Les couleurs demeurent relativement sobres, parfois légèrement froides, conformément à la photographie du film, avec des noirs stables et des contrastes bien équilibrés qui permettent aux nombreuses scènes nocturnes de conserver toute leur lisibilité. Côté audio, la piste originale DTS-HD Master Audio 2.0 remplit parfaitement son rôle. Le mixage mono privilégie naturellement l’intelligibilité des dialogues, élément essentiel d’un film reposant autant sur les échanges entre ses personnages. Les voix demeurent claires et parfaitement intégrées à l’environnement sonore, tandis que les ambiances urbaines, les moteurs, les éclats de voix ou les bruits du voisinage participent pleinement à cette impression de réalisme qui traverse le film. La bande-son ne cherche évidemment jamais à impressionner par des effets spectaculaires, mais sa restitution fidèle sert admirablement le projet d’Alan Clarke, dont la mise en scène privilégie toujours la présence humaine à l’esbroufe technique. Elephant Films signe ainsi une édition particulièrement respectueuse de l’œuvre, qui permet de redécouvrir le film dans des conditions très proches de ce que son réalisateur avait imaginé.

La section des suppléments constitue sans doute l’un des principaux arguments de cette édition. Le morceau de choix est incontestablement le making of rétrospectif intitulé « On ouvre le bal » (1h18), un documentaire inédit d’une remarquable richesse. Loin de se limiter à un simple assemblage d’anecdotes de tournage, il revient avec précision sur la genèse du projet, depuis la pièce d’Andrea Dunbar jusqu’à son adaptation cinématographique par Alan Clarke. Les intervenants évoquent le délicat travail d’écriture, le choix des interprètes, les répétitions, mais également l’utilisation novatrice de la Steadicam, devenue l’une des signatures visuelles du réalisateur. Le documentaire s’intéresse également à la réception parfois houleuse du film lors de sa sortie, aux polémiques suscitées par son franc-parler et à la manière dont cette chronique populaire a progressivement acquis le statut de classique du cinéma britannique. L’ensemble se révèle passionnant, tant il éclaire les intentions artistiques d’Alan Clarke sans jamais sacrifier le plaisir du récit. Plus court mais parfaitement complémentaire, un autre making of rétrospectif (15 minutes), produit quelques années plus tôt, adopte un regard rétrospectif sur l’héritage du film. En un quart d’heure dense, ce module replace l’œuvre dans la filmographie du réalisateur et souligne son influence durable sur le cinéma social britannique, tout en revenant sur la personnalité singulière d’Andrea Dunbar. Enfin, la présentation du film par Frédéric Mercier complétera idéalement cet ensemble en proposant une lecture sensible du film, de son contexte historique et de sa modernité intacte. Son analyse permet notamment de mieux mesurer combien Rita, Susie et Bob… aussi ! dépasse largement son statut apparent de comédie irrévérencieuse pour devenir un véritable portrait de classe, traversé par une profonde humanité. Une bande-annonce d’époque ainsi qu’une élégante jaquette réversible viennent enfin compléter cette édition particulièrement généreuse.

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