Critique Express : Juste une nuit

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Juste une nuit

Iran : 2021
Titre original : Ta Farda
Réalisation : Ali Asgari
Scénario : Ali Asgari, Alireza Khatami
Interprètes : Sadaf Asgari, Ghazal Shojaei, Babak Karimi 
Distribution : Bodega Films
Durée : 1h26
Genre : Drame
Date de sortie : 16 novembre 2022

4/5

Synopsis : Fereshteh doit cacher son bébé illégitime pendant une nuit à ses parents qui lui rendent une visite surprise. Son amie Atefeh l’aide. Elles se lancent dans une odyssée au cours de laquelle elles doivent soigneusement choisir qui sont leurs alliés.

Une course contre la montre

Alors qu’un vent de révolte souffle depuis des semaines en Iran, rien de tel qu’un film de fiction tourné sur place pour apporter un éclairage intéressant et passionnant sur des problèmes inhérents à ce pays. Pour son deuxième long métrage (le premier, Disappearance, n’a jamais connu les salles françaises), le réalisateur iranien Ali Asgari a choisi de nous intéresser, sur une période très courte, juste une nuit, au cas de Fereshteh, une très jeune femme étudiante à Téhéran, qui est la maman d’un très jeune bébé qu’elle a eu hors mariage et que le père refuse de reconnaître, et qui apprend un matin, par un coup de téléphone que ses parents, qui vivent en province et qui ne sont absolument pas au courant de cette naissance, vont arriver dans la soirée et passer la nuit chez elle. Pour elle, c’est la panique. Très difficilement, elle va quand même réussir à cacher chez des voisines tout le matériel lié à ce bébé, provision de couches comprise. Mais que faire du bébé pendant la présence de ses parents dans son appartement ? Qui va bien vouloir le garder pendant toute une nuit ? Aidée par son amie Atefeh, Fereshteh est contrainte de se livrer à une véritable course contre la montre pour trouver la bonne personne, essuyant refus sur refus.

Tourné caméra à l’épaule dans le but de traduire ce caractère d’urgence, Juste une nuit est à la fois proche du cinéma de Asghar Farhadi et de celui des frères Dardenne. Cette virée dans Téhéran permet au réalisateur de pointer du doigt de nombreux phénomènes qui caractérisent l’Iran d’aujourd’hui : la crise économique que connait le pays et qui a contraint Fereshteh à faire une grande provision de couches pour son bébé par peur d’une pénurie ou d’une augmentation du prix si le dollar continue de grimper par rapport au Rial ; la position de certaines femmes qui n’acceptent pas de soutenir la recherche d’émancipation des femmes de la jeune génération ; le comportement de certains hommes qui cherchent à profiter de la situation de domination que les lois du pays leur octroie par rapport aux femmes. On remarque qu’au début du film, on ne voit que des femmes, elles sont à la maison, les hommes sont au travail, et, puis, petit à petit, la présence des hommes se fait de plus en plus forte. Souhaitant garder un maximum de spontanéité dans le comportement des interprètes du film, Ali Asgari n’a pas jugé souhaitable de procéder à des répétitions, il s’est contenté de quelques discussions préalables sur les personnalités et les situations rencontrées. Parmi ces interprètes, les cinéphiles qui fréquentent régulièrement les films venus d’Iran reconnaitront à coup sûr Babak Karimi, qui interprète ici le rôle du Directeur d’hôpital qui cherche à profiter du désarroi de Fereshteh. Quant à cette dernière, elle est excellemment interprétée par Sadaf Asgari, une nièce du réalisateur, qui, déjà, tenait le rôle principal dans Yalda, la nuit du pardon. Film réaliste sur la situation des femmes en Iran, Juste une nuit est aussi un film dans lequel règne un suspens qui tient le spectateur en haleine du début jusqu’à la fin.

 

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