Critique Express : Je temble ô Matador

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Je tremble ô Matador

Chili : 2020
Titre original : Tengo miedo torero
Réalisation : Rodrigo Sepúlveda
Scénario : Rodrigo Sepúlveda, Juan Elías Tovar, d’après le roman homonyme de Pedro Lemebel
Interprètes : Alfredo Castro, Leonardo Ortizgris, Julieta Zylberberg
Distribution : Outplay
Durée : 1h33
Genre : Drame
Date de sortie : 15 juin 2022

3/5

Synopsis : Chili, 1986, en pleine dictature de Pinochet. Par amour pour un révolutionnaire idéaliste qu’il vient de rencontrer, un travesti sur le déclin accepte de cacher des documents secrets chez lui. Ils s’engagent tous deux dans une opération clandestine à haut risque.

A la fois histoire d’un amour contrarié et thriller politique

Spectateur dans un cabaret clandestin de travestis de Santiago du Chili, un travesti vieillissant arrive à s’enfuir dans la rue lorsque la police investit le cabaret. On est en 1986, depuis 3 ans, le Chili vit sous la coupe de Pinochet et dire que la communauté LGBTQI n’est pas bien traitée est un euphémisme. Alors que la police pourchasse celles et ceux qui ont réussi à s’enfuir du cabaret, notre travesti vieillissant est sauvé des griffes policières par un homme barbu, affichant une certaine ressemblance avec Che Guevara et qui, lui aussi, était présent dans le cabaret. Alors que ce dernier répond rapidement lorsqu’on lui demande son prénom, Carlos, il n’en est pas de même pour celui, ou plutôt pour celle, qui prétend ne pas avoir de nom tout en déclinant de nombreuses identités féminines dont La doña et qu’on finira par connaître sous le nom de La Loca del Frente.

Qu’ont-ils en commun, Carlos et La Loca del Frente ? Carlos fait partie d’un groupe révolutionnaire qui fomente un attentat contre Pinochet. Lorsqu’elle ne fait pas de la broderie pour l’épouse d’un militaire, La Loca del Frente trouve son plaisir dans la vie en faisant la fête avec ses copines, ce dont on prend forcément conscience au travers des nombreuses chansons qu’on entend dans le film et qui éclairent son existence. La politique ? Très peu pour elle, car, affirme-t-elle, que ce soit avec Pinochet ou avec les révolutionnaires, les « tarlouzes » comme elle ne seront jamais bien vues ! Par contre, si une révolution cherchait à amener les homos au pouvoir, elle serait à la tête du mouvement. A priori, Carlos et La Loca del Frente n’ont donc rien en commun ! Sauf que Carlos ne peut s’empêcher d’avoir une certaine sympathie pour La Loca del Frente et, en plus, ayant du matériel à cacher, le logement de cette dernière lui parait être la cachette idéale. Sauf que La Loca del Frente se sent profondément attiré par Carlos et devient prête à se mettre en danger pour l’aider.

Je tremble ô Matador est l’adaptation très libre du roman homonyme écrit en 2001 par Pedro Lemebel, un auteur et artiste plasticien chilien jouissant d’une grande réputation dans toute l’Amérique du Sud et qui, toute sa vie durant, s’est attaché à défendre la cause de la communauté LGBT, une communauté dont il faisait lui-même partie. L’adaptation est très libre, principalement parce que, du roman de Pedro Lemebel, Rodrigo Sepúlveda n’a conservé que l’histoire principale, la partie dramatique du film, celle qui concerne la relation entre La Loca del Frente et Carlos et a éliminé l’histoire du couple Pinochet, une histoire comique, voire burlesque et qui, dans le roman, est racontée en parallèle de la première. Pour le réalisateur, l’objectif était d’avoir le personnage de La Loca présent presque en permanence à l’écran. Un personnage fragile et touchant qui est conscient que l’aide qu’il apporte à Carlos est pour lui un jeu de dupe, un personnage qui sait très bien que Carlos ne partage pas ses sentiments et qu’il finira par lui briser le cœur.

On peut s’interroger sur les raisons qui poussent un révolutionnaire en pleine préparation d’un attentat à cacher du matériel compromettant dans le domicile d’un membre de la communauté LGBT, une communauté persécutée par le régime de Pinochet. Persécutée mais, finalement, peu surveillée par les militaires car considérée comme moins dangereuse que la gauche révolutionnaire, surtout s’agissant d’un travesti vieillissant, pauvre et ne s’occupant pas de politique. Le rôle de La Loca del Frente est interprété par le comédien chilien Alfredo Castro qu’on a vu jouer une grande quantité de rôles dans des films sud-américains, en particulier dans de nombreux films de Pablo Larrain et, récemment, dans l’excellent Karnawal, de Juan Pablo Félix. On a le droit de considérer qu’il donne une représentation un peu forcée du comportement de son personnage et on est un peu surpris quand il affirme avoir discuté avec deux amis très proches de Lemebel qui lui ont conseillé de ne pas  « faire la folle ». 

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