Critique Express : Je m’abandonne à toi

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Je m’abandonne à toi

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Cheyenne Carron
Scénario : Cheyenne Carron
Interprètes : Johnny Amaro, Anne Sicard, Laurent Borel
Distribution : Hésiode
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 22 mars 2023

3.5/5

Synopsis : Paul, Padre à la Légion Étrangère, est immergé dans les souffrances que draine la guerre. Tour à tour, il est sollicité par des familles de mourants, des soldats tourmentés. Toujours présent aux côtés des autres, Paul tente aussi de réconforter un être qui lui est cher : sa mère.

Il y a des présentations de films qui peuvent faire peur : un film co-produit par la fondation Dassault et dont le personnage principal est l’aumônier d’un régiment de la Légion étrangère, on voit venir, gros comme un Char Leclerc, une œuvre à la gloire de la sainte alliance du sabre et du goupillon. Eh bien, figurez vous que ce n’est pas vraiment le cas ! En effet, quand bien même ce film se déroule dans un environnement militaire, Je m’abandonne à toi est avant tout un film qui, tout en étant une fiction, a une approche très intéressante, de type documentaire, du rôle d’un aumônier de religion catholique dans un régiment regroupant des militaires de nationalités et de confessions différentes. Paul, cet aumônier, ce « padre » du 2ème Régiment étranger d’infanterie, basé à Nîmes, parle avec tout le monde, avec les représentants de tous les grades, avec les militaires de toutes les confessions. Porté par sa foi, il réconforte, il rassure, il baptise, « il met des mots sur les maux », il s’efforce de montrer que son Dieu est avant tout amour et paix et qu’il ne veut pas de la mort, il console un militaire très affecté par le fait d’avoir vu le visage d’enfants qu’il a tués au cours d’un accrochage, il interfère auprès des plus hauts grades pour qu’une mère ukrainienne puisse venir en France afin de visiter son fils en attente de jugement, etc.. Régulièrement, lui, prêtre catholique, il participe à des réunions très chaleureuses avec des aumôniers et des aumônières qui représentent les 3 autres grandes « religions du livre », protestants, israélites et musulmans, et un de ses amis est un prêtre orthodoxe. Par ailleurs, il rend de temps en temps visite à sa mère, une femme qui, elle, a perdu la foi. Considérant que la générosité de son fils ressemble à de l’orgueil, elle ajoute : « Ton Dieu m’a laissée au bord du chemin et je m’enfonce doucement dans un monde sans lumière ».

Pas de doute : foi religieuse et armée, on est bien dans l’univers de prédilection de Cheyenne Carron, cette réalisatrice atypique et prolifique qui travaille hors système, en totale indépendance par rapport aux structures traditionnelles d’aides à la production. Cela ne nuit en rien à la qualité purement cinématographique de ses films et Je m’abandonne à toi en est une nouvelle preuve avec une belle mise en scène, avec le beau travail de Julien Guéraud, le Directeur de la photographie et la très bonne interprétation de Johnny Amaro, très crédible dans le rôle du Padre Paul. Certes, d’autres interprètes sont moins convaincants, la réalisatrice ayant fait appel à de nombreux non-professionnels dont un certain nombre de militaires interprétant plus ou moins leur propre rôle, mais cela, finalement, donne davantage d’authenticité au film. Quant à l’aspect philosophique et religieux du film, on peut ne pas partager la foi de la réalisatrice et de son personnage principal, on peut ne pas partager l’admiration sans faille que Cheyenne Carron porte à l’armée en général et à la Légion étrangère en particulier et se montrer quand même sensible à la force tranquille du padre Paul, même si on a souvent la sensation qu’elle trouve sa naissance dans une certaine naïveté.


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