Critique : Brillantes

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Brillantes

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Sylvie Gautier
Scénario : Sylvie Gautier
Interprètes :  Céline Sallette, Thomas Gioria, Camille Lellouche, Eye Haïdara, Souad Amidou
Distribution : Alba Films
Durée : 1h43
Genre : Comédie sociale
Date de sortie : 18 janvier 2023

3.5/5

Synopsis : Karine, femme de ménage, partage sa vie entre son travail de nuit avec ses collègues et Ziggy, son fils de 17 ans. Lorsque l’entreprise qui l’emploie est rachetée tout bascule pour Karine. La pression sociale va la pousser dans ses retranchements et la mettre face à un dilemme : dévoiler un lourd secret ou mentir pour se protéger.

Une très bonne comédie sociale

Martigues, l’Etang de Berre, un petit coin du sud de la France à quelques dizaines de kilomètres de Marseille, avec la beauté de la Provence qui se mélange avec un environnement d’entreprises industrielles, raffineries, usines pétrochimiques, usines sidérurgiques. Ces usines, avec leurs salles de contrôle et leurs bureaux, il est nécessaire qu’elles soient régulièrement nettoyées. Ce sont des entreprises spécialisées qui s’en occupent, et le personnel qui effectue ces nettoyages est presque exclusivement féminin. Avec Adèle, Maryse et Djamila, Karine fait partie d’une petite équipe qui travaille de nuit dans des usines proches de Martigues, des lieux de travail où il est possible pour elle de se rendre en scooter. L’ambiance de travail est bonne, la cheffe est plutôt sympa, la paye est … modeste, tout allait plutôt bien jusqu’à ce que l’entreprise qui les employait soit rachetée et que l’acquéreur se mette en tête d’imposer aux employées un nouveau contrat de travail stipulant que leurs tâches ne seront plus définies par la seule antenne de Martigues mais, également, par une autre antenne du groupe. Arles ? 50 kilomètres de Martigues. Aix-en-Provence ? 50 kilomètres de Martigues. Comment s’y rendre pour du travail de nuit ? Quel temps de transport ? De plus, Karine souffre d’un handicap qu’elle s’efforçait de garder secret : elle est illettrée. Et pourtant, c’est elle qui, dans l’équipe, a la responsabilité remplir les listes d’achat de matériel nécessaire pour le nettoyage ! En fait, c’est Ziggy, son fils de 17 ans, qui, à la maison, dans le secret familial, est chargé de cette tâche.

Pour son premier long métrage, Sylvie Gautier, qui vient de la production de documentaires, a voulu réaliser un film de fiction sur la condition ouvrière et, tout particulièrement, la condition ouvrière féminine, un film sur la force apportée par la solidarité et le sens du collectif, tout en y greffant un autre thème qui lui tient à cœur, l’illettrisme, un thème que, déjà, elle avait abordé dans Sotte, un court-métrage qu’elle avait réalisé en 2019. Cela permet à Brillantes de se démarquer de Ouistreham, le film d’Emmanuel Carrère sorti il y a un an sur le sujet similaire du personnel d’entretien de ferrys, tout en ajoutant une pièce à cette nouvelle et heureuse émergence de films français consacrés, entièrement ou en partie, aux métiers du lien, des métiers le plus souvent féminins, des films qui, loin d’être plombants, bien au contraire, montrent la force de la solidarité qui règne dans ces métiers. C’est sans doute son passé de productrice de documentaires qui permet à Sylvie Gautier de montrer avec une grande justesse combien le poste de cheffe d’équipe, de « petite cheffe », peut se révéler ingrat : hiérarchiquement coincée entre les ouvrières et la direction, elle aimerait bien être vraiment amie avec Karine, Adèle, Maryse et Djamila, des femmes dont elle se sent proche, mais son poste le lui interdit. Deux portraits masculins trouvent leur place dans ce film très féminin. Tout d’abord, celui  de Ziggy, le fils de Karine. Le concernant, on est en droit de se demander pourquoi il n’a pas cherché à sortir sa maman de l’illettrisme. Et si c’était tout simplement pour conserver une certaine domination sur elle ! Comme s’en plaint Karine à un moment : que ce soit du fait de son mari, de ses chefs, de son fils, elle n’a jamais pu avoir la conduite de sa vie. L’autre homme de Brillantes, c’est Bruno, un pêcheur, un homme qui sait réparer les scooters, un homme qui, manifestement est amoureux de Karine, sans oser lui avouer.

La distribution de Brillantes ne fait appel à aucun très grand nom du cinéma hexagonal, mais Sylvie Gautier a su réunir des comédiennes et des comédiens au grand professionnalisme : la toujours très juste Céline Sallette dans le rôle de Karine, Camille Lellouche, l’interprète d’Adèle, Souad Amidou, qui joue Maryse, Eye Haïdara, Angèle dans le récent Les femmes du square et Inès  dans la saison 2 de En thérapie, interprète de Djamila dans Brillantes, Julie Ferrier, habituée à des rôles plus légers, mais elle avait dit dans une interview qu’elle aimerait jouer dans un film social et la réalisatrice l’a prise au mot en lui attribuant le rôle de la cheffe d’équipe. Dans le casting masculin, on retrouve Bruno Salomone, plus souvent présent sur le petit écran que sur le grand, qui joue le rôle de Bruno et, dans le rôle de Ziggy, le prometteur Thomas Gioria qu’on avait découvert dans Jusqu’à la garde et qu’on avait revu dans Adoration et dans Madeleine Collins, aux côtés de … Bruno Salomone. Sylvie Gautier se félicite que brillantes, le titre lumineux de son film, se rapporte à la fois au métier qu’exercent les filles du film, qui est de tout faire briller, et évoque également l’intelligence dont elles font preuve. On rajoutera que ce film lui permet de faire une entrée dans le monde du cinéma hexagonal qu’on peut sans exagération qualifier de brillante.

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