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Critique : Dear white people

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Etats-Unis : 2014
Titre original : Dear White People
Réalisateur : 
Scénario : Justin Simien
Acteurs : , , ,
Distribution : Happiness Distribution
Durée : 1h48
Genre : ,
Date de sortie : 25 mars 2015

Note : 4/5

Dear White People est un film novateur, qui dépasse les clichés parfois simplistes sur les préjugés raciaux. Sa vision corrosive de la société américaine dépasse le genre de la chronique dans lequel le réalisateur semble parfois vouloir l’enfermer. Justin Simien est un réalisateur talentueux, qui ne craint pas d’ouvrir la boîte de Pandore, cette petite caisse aux horreurs qui entache le rêve américain. Dans un contexte où les assassinats répétés d’afro-américains indignent la communauté internationale, comment le réalisateur parvient-il à aborder ce sujet ? 

Synopsis : Université de Winchester. États-Unis. Toutes les communautés vivent ensemble… sous tension. Sam, une jeune métisse engagée contre les préjugés racistes, anime une émission de radio provocante : « Dear white people », dans laquelle elle ridiculise les blancs et leurs préjugés sur les noirs. À la surprise générale, elle est élue à la tête d’une confrérie historiquement noire. Ce résultat inattendu, conduit peu à peu à une escalade de violence, qui force chacun à choisir son camp…

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La chronique de l’Amérique ordinaire

Dès le début du film, on s’interroge. Comment s’émanciper de l’aura de  ? Comment traiter les relations interculturelles sous le prisme des préjugés raciaux ? Pour donner à cette entreprise une plus grande portée, le réalisateur situe l’intrigue dans une université américaine qu’on dit brillante, mais qui pourtant clive ses étudiants. Le premier problème semble posé : l’administration laxiste, terrifiée, préfère se dissimuler derrière une politique de tolérance fantôme, plutôt que de prendre le risque d’engager le changement espéré par l’élection d’Obama.

Les étudiants, enfermés dans le mirage de leurs certitudes, font naviguer leur pensée entre la haine et la peur, quelque part entre les années 60 et ‘l’Obamania’. Ce constat devient le terreau d’une implacable injustice : la société multiculturelle, pacifiée et puissante, n’est aujourd’hui qu’une image d’Épinal. Les préjugés dont le spectre ne s’est guère évanoui, plane toujours au-dessus de leur tête.

Habile et délicate entreprise que de donner la voix à de jeunes américains (fictifs) qui ont tant à dire sur leur pays ! Cette génération, pour qui la ségrégation raciale n’est que l’apanage des vieux états sudistes, est incapable d’exprimer sainement le mal-être qui la ronge. Le long métrage évite l’écueil qui l’aurait fait sombrer dans un mélo doux-amer et dont les vannes recyclées auraient terni son message. Il n’en est rien, car tous, à leur manière, sont des témoins de nos sociétés.

Il y a, entre autre, le jeune afro-américain, homosexuel de surcroît, qui ne veut pas s’enfermer dans l’appartenance à un de ces deux clans. Il y a ensuite Troy, perdu entre ses valeurs profondes et l’aura de son père, doyen de la faculté. Il y a aussi Sam, la métisse, qui est déterminée à mettre en avant son identité noire par peur de se perdre. Enfin, il y a Coco, une jeune femme prête à toutes les provocations pour se faire une place dans le monde si brillant de la téléréalité. Tous sont d’ailleurs parfaitement interprétés. Cette valse de personnages, attachants et détestables, sont les fondements d’une société qui est effrayée par son ombre.

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Un film à niveaux

Dear White People s’offre à la sagacité du spectateur comme un livre animé qui confronte les points de vue. Pour cela, Justin Simien construit un film à niveaux, segmenté en chapitres (du prologue à l’épilogue) qui tourne en dérision notre morbide aveuglement. Chaque injustice écœure mais contribue à dépasser des limites. Les mots et les idées tuent. Premier niveau.

Dear White People est une œuvre polyphonique qui offre à chacun la possibilité de déverser sans parcimonie des montagnes d’idées. Au gré des séquences, tous les personnages ont voix au chapitre, que cela nous plaise… ou non. C’est une agora qui déstabilise et joue sur les frontières poreuses entre le réel et la fiction, suçant jusqu’à la moelle nos idéaux de tolérance. Second niveau.

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Encore des points de vue stériles de jeunes bobos me direz-vous ? Et bien non, car la réalisation sonde les intentions cachées des protagonistes, grâce à ses nombreux plans rapprochés. Ces tentatives qui manquent parfois de finesse ont le mérite de tous nous berner. Prenez garde, Simien cherche également à déterrer vos intentions secrètes, à expier l’hypocrisie derrière laquelle nous nous masquons tous ! Pour cela, le réalisateur tend de nombreux pièges dans lesquels il est difficile de ne pas tomber. Gare à vous. Troisième niveau.

Au fond, ce que le film effleure sans vraiment l’approfondir, c’est le désir irrépressible d’appartenance qui nous anime tous. Trois questions majeures bousculent le raisonnement : Comment exister en tant qu’individu sans se rallier à une communauté ? Comment exister au sein d’une communauté ? Pourquoi vivons-nous entre communautés ? Chaque personnage cherche à se définir ou à survivre, indépendamment du qu’en-dira-t-on. Tous finissent par se perdre dans la frénésie communautaire, et déclenchent la dangereuse escalade du plus grand fantasme de l’Amérique contemporaine : la guerre raciale. Il s’agit donc d’un film à niveaux, où chaque arbre cache une immense forêt. On ressent peu à peu le poids de l’histoire et de la société, desquelles le réalisateur cherche bon gré mal gré, à les (nous) émanciper.

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Cher tous, 

Au milieu de ce méli-mélo parfois pesant, Simien réussit un tour de passe-passe comme le font si bien les plus grands. Qu’elle soit tragique, féroce ou timorée, l’ironie ne recule devant rien pour unifier ce désordre. Chaque personnage devient plus humain, plus apaisé. Délicieux subterfuge qui enchante l’esprit. Chaque portrait est raillé, qu’il s’agisse de l’hypocrisie des blancs et de leur humanisme tronqué ou qu’il s’agisse des noirs et de leurs délicieuses contradictions. Chaque réponse ouvre une question, chaque certitude charrie un doute.  Pourquoi les blancs touchent-ils toujours les cheveux des noirs ? Comment parler de « culture noire » sans alimenter le racisme ? Finalement, la leçon est aussi attendue que surprenante : peut-on parvenir à rire de nos différences pour espérer l’unité ? La thèse de Simien saura quant à elle vous laisser fort perplexe, puisqu’à force de soulever des questions le réalisateur peine à trouver des réponses.

Il y a encore tant à dire sur cette œuvre singulière, universelle et cathartique, qui laisse le spectateur complètement coi. C’est aussi cela le succès du film, un apprentissage accéléré des problèmes auxquels nous sommes confrontés. En cela, Simien ne referme pas la boîte de Pandore : tomberez-vous dans son piège ou parviendrez-vous à demeurer indemne en dépit des maux ? Cela dépend de vous, spectateurs, et de votre capacité à savoir rire de tout… ou non.

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Résumé

En somme, Dear White People est un film explosif, qui tour à tour enchante et indigne, mais qui par son traitement ne laisse pas indifférent. Cette chronique de l’Amérique ordinaire, dépasse les intentions d’un banal film engagé. Elle nous interroge plus subtilement sur la liberté d’expression et sur la cohérence que nous souhaitons donner à nos sociétés, fondées sur la tolérance.

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Mayeul

Cet article a été rédigé par Mayeul Permezel, Rédacteur de Critique Film.