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Critiques de films Drame — 27 avril 2017
Critique : De toutes mes forces


France : 2016
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Chad Chenouga,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 3 mai 2017

3.5/5

Agé de 55 ans, Chad Chenouga mène depuis longtemps une double vie cinématographique, tout à la fois comédien et réalisateur. En 2001, il réalise son premier long métrage, 17, rue Bleue, un film largement inspiré par son adolescence auprès d’une mère en perdition. De toutes mes forces est son deuxième long métrage. Il s’agit d’une fiction dans laquelle il revient de nouveau sur une partie de son passé, son placement en foyer, thème qu’il avait déjà abordé dans La Niaque, une pièce de théâtre qu’il avait écrite et qu’il avait jouée, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, en 2011.

Synopsis : Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer…

Pas facile à vivre !

A 17 ans, Nassim est en première dans un lycée parisien des beaux quartiers, établissement dans lequel ses copains sont presque tous issus des milieux aisés de la capitale. Il vit avec sa mère, une femme dépressive, au comportement infantile, et  dont on devine très vite qu’elle est toujours plus ou moins défoncée. Difficile pour lui de la laisser seule pendant plusieurs jours. C’est pourtant ce qu’il arrive à faire, durant un week-end qu’il va passer loin de Paris avec ses meilleurs copains. Alors que, durant cette courte absence, sa mère l’a appelé au téléphone pour lui combien elle l’aime et combien il lui manque, c’est une femme morte, une femme qui s’est donnée la mort, que Nassim va trouver en revenant à son domicile.

Se refusant à se faire accueillir chez des membres de sa famille qu’il ne porte pas dans son cœur, c’est finalement dans un foyer qu’il va trouver refuge. La dureté de la vie dans un foyer, un éloignement conséquent avec un parcours de 45 minutes en RER entre ce foyer et son lycée, plus la volonté de faire croire à ses amis qu’il vit à Boulogne, chez son oncle : pas facile à vivre pour cet adolescent, d’autant plus qu’il a tendance à se sentir responsable du décès de sa mère !

 

Une vie qui change brutalement

C’est l’histoire d’un adolescent qui voit le cours de sa vie changer brutalement que nous propose Chad Chenouga. Une vie plutôt facile jusqu’à la perte de sa mère et ce, malgré l’état particulièrement difficile et fragile de cette dernière. Ensuite, Nassim va devoir côtoyer deux univers très différents : celui du foyer, un milieu souvent dur, voire même agressif, un univers dont, dorénavant, il fait partie, tout en refusant dans un premier temps d’en faire vraiment partie, un univers auquel il va pourtant petit à petit s’attacher ; et puis celui du lycée, bien propre sur lui et plein d’attentions à son égard, tout au moins tant que la vérité sur sa vie dans un foyer reste inconnue à ses copains, à sa petite amie Eva et à leurs parents.

Au foyer, il y a les autres jeunes, il y a son référent et, surtout, Madame Cousin, la directrice, une femme toute en rondeur, qui sait tout à la fois faire preuve d’autorité et se montrer compréhensive, une femme qui sait que Nassim traverse une période difficile et qui l’encourage à s’ouvrir sur les autres. Il y a aussi pour Nassim une focalisation sur son dossier, ce document qui dit tout de sa mère, de lui, de son passé, ce document qui stigmatise et qui obsède tous les enfants recueillis dans des foyers. Cette double vie et cette impossibilité, dans un premier temps, de trouver sa place au sein du foyer, font que Nassim passe très souvent par des états de rébellion totale, se coupant de tous les gens qui l’entourent quand bien même la plupart d’entre eux ne lui veulent que du bien : référent, Madame Cousin, Eva. Et puis le calme revient. Des aller-retours d’ailleurs un peu trop nombreux entre phases de rébellion et phases de quiétude, peut-être le défaut principal du film, voire le seul.


Très documenté et parfaitement interprété

L’histoire de Nassim est proche de celle vécue par Chad Chenouga durant son adolescence : lui aussi, a retrouvé sa mère morte au retour d’un week-end passé avec un ami, lui aussi s’est retrouvé dans un foyer. L’organisme qui s’était occupé de lui s’appelait la DDASS et, à l’époque, l’enfant placé continuait d’être aidé pour poursuivre ses études tant qu’il arrivait à passer sans anicroche dans la classe supérieure. Aujourd’hui, l’Aide Sociale à l’Enfance a pris le relai et, au travers du cas de Zawady, une jeune fille du foyer de Nassim qui s’était engagée dans des études de médecine afin d’avoir un destin différent de celui qui l’attendait mais qui ne pourra jamais accomplir son rêve pour des raisons budgétaires, le réalisateur montre combien ces aides, loin de progresser, ont, au contraire, régressé avec le temps.

Pendant plusieurs mois, Chad Chenouga et sa coscénariste Christine Paillard ont enrichi leur fiction d’éléments venant des souvenirs de Chad et d’autres en provenance des ateliers d’improvisation qu’ils ont faits avec des jeunes vivant en foyer, puis avec les jeunes comédiens pressentis pour le film, presque tous trouvés grâce à un casting sauvage organisé à Paris et dans sa banlieue. La plupart d’entre eux n’avaient jamais tourné. Par contre, , qui joue Zawady, était déjà une comédienne confirmée : c’est elle qui interprétait le rôle de la « dealeuse en chef » Rebecca, dans Divines.

Concernant le casting, la révélation majeure du film est celle de Khaled Alouach, l’impeccable interprète de Nassim, découvert grâce à une vidéo de présentation qu’il avait postée sur un site. Quant à l’interprète de Madame Cousin, il s’agit de Yolande Moreau et elle est, comme d’habitude, tout à fait parfaite dans son rôle !

 

Conclusion

« La seule fois où j’ai essayé de faire un film non autobiographique, le producteur a fait faillite ! », affirme Chad Chenouga. C’est pourquoi, 16 ans après 17, rue Bleue, il est revenu fouiller dans son passé de la fin des années 70, tout en prenant soin de transporter cette histoire dans l’époque actuelle. Au travers de son film, Chad Chenouga a tenu à rendre un hommage chaleureux aux enfants et adolescents vivant dans des foyers. Lui qui a connu cette existence il y a près de 40 ans est le premier à reconnaître que la vie y est encore plus dure aujourd’hui que celle qu’il a vécue et les possibilités de s’en sortir par le haut de plus en plus difficiles. Triste constat !


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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles