Critiques de films Drame Historique — 06 août 2016
Critique : Colonia

Colonia

Allemagne, Luxembourg, France, 2015
Titre original : –
Réalisateur : Florian Gallenberger
Scénario : Florian Gallenberger
Acteurs : ,
Distribution : Rezo Films
Durée : 1h50
Genre : Drame, Historique
Date de sortie : 20 juillet

3/5

Synopsis : , 1973. Lorsque le Général s’empare du pouvoir lors d’un coup d’état, les partisans du président socialiste Salvador Allende sont arrêtés. Daniel (Daniel Brühl)  et Lena (Emma Watson) assistent en direct à ces événements. Lui, photographe allemand partisan d’Allende, est torturé puis interné dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad …

Colonia

Petite histoire au cœur de l’Histoire

Il y a peu j’évoquais le documentaire de Patricio Guzman Le Cas Pinochet, dans lequel le réalisateur chilien évoquait le procès d’Augusto Pinochet, dictateur qui a contrôlé le Chili pendant près de vingt ans. Le passé était ainsi évoqué via la voie du documentaire et de la « grande » Histoire – la figure du dirigeant politique était évoquée frontalement, en plus des victimes du régime. Ici il est question aussi du Chili, mais le coup d’état est abordé du point de vue d’une « petite » histoire – celle d’un couple séparé par la force des événements. Après un générique qui résume la situation politique- sans toutefois insister sur le rôle des États-Unis dans l’instauration de la dictature … – nous assistons aux retrouvailles entre Daniel, photographe allemand engagé politiquement, et Lena, hôtesse de l’air qui le rejoint pour quelques jours. Suivent quelques scènes sans grande inventivité – où les chiliens semblent plus à l’aise avec l’anglais qu’avec l’espagnol – et l’arrestation de Daniel, suite à laquelle on entre dans le vif du sujet : la Colonia Dignidad. Le film se révèle en effet être en grande partie un huis-clos, pendant lequel Lena va essayer de retrouver son dulciné. On peut tout d’abord regretter que la temporalité soit assez floue : le passage des jours est indiqué par des panneaux, mais on ne sent jamais le « poids » du temps qui passe – soit plusieurs mois. Cependant il faut avouer que l’immersion dans le camp donne au film un certain côté « film de genre » (assez léger tout de même) : on est ainsi plongé dans un environnement hostile, peuplé de personnages dangereux, et bien que sans grande originalité le film fini par nous prendre au jeu. Sûrement grâce à Emma Watson, au centre du film, qui livre une prestation convaincante, qui nous fait un peu oublier le manque flagrant de prise de risque de la part du réalisateur.

Colonia - Emma Watson

La saison des Academy Awards est passée …

Il faut dire que niveau réalisation le film s’en tient à une rigueur académique constante. Les violons retentissent au bon moment, la violence n’est pas trop exacerbée, la tension est palpable lorsqu’elle doit l’être … Cet académisme n’est ainsi pas un défaut en soi, mais Gallenberger n’offre rien de nouveau avec son long-métrage. Ainsi s’il avait été produit à Hollywood, nul doute que Colonia aurait été nommé aux Oscar. Même s’il s’agit d’une production en grande partie allemande, et que l’action se déroule au Chili, l’anglais est de rigueur ; le film évoque un moment historique qui s’est réellement déroulé  et le casting affiche deux têtes connues – et a priori populaires. Même la fin rappelle les meilleurs moments d’Argo de Ben Affleck (Oscar du meilleur film en 2013).  Pourtant, le film est un échec commercial cuisant. Ainsi, tout comme chez nous, aux États-Unis et outre-Manche le parc d’exploitation est assez restreint. Il n’a ainsi rapporté que 47 (!)) livres sterling, soit une cinquantaine d’euros, en Angleterre, pourtant berceau de son actrice principale. La faute aux trois salles projetant le film et à sa sortie simultanée en V.OD. ? Sûrement …

Conclusion

S’il ne brille pas par l’originalité de sa mise-en-scène ou son propos, Colonia applique des formules qui fonctionnent et nous fait découvrir une partie de l’histoire chilienne assez méconnue. Un film académique qui ne concourt pas aux Oscar, mais qui a le mérite d’être porté par une actrice qui en gagnera sûrement dans la suite de sa carrière. A découvrir par curiosité ou si vous êtes friands d’Histoire – voire les deux à la fois !

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Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr