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Critique : Chasseuse de géants – Festival de Gérardmer 2018

Chasseuse de géants

USA, 2018
Titre original : I Kill Giants
Réalisateur : Anders Walter
Scénario : Joe Kelly
Acteurs : Madison Wolfe, Zoe Saldana, Imogen Poots
Distribution : Lonesome Bear
Durée : 1h 46min
Genre : Fantastique
Date de sortie : 2 juin 2018

Note : 3,5/5

Présenté lors de la dernière édition du , le film fantastique Chasseuse de Géants (2018) réalisé par le danois Anders Walter en était reparti bredouille après un accueil réservé. Comme bon nombre des films de cet acabit, il sort directement en vidéo sans passer par les salles obscures, sous la houlette de l’éditeur Lonesome Bear, label de Jokers Films.

Synopsis : Barbara est une adolescente solitaire différente des autres, et en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par les allers-retours entre le bureau du proviseur et la psychologue. Aux sources de l’inquiétude des adultes qui veillent sur elle, il y a son obsession pour les Géants, des créatures fantastiques venues d’un autre monde pour semer le chaos. Armée de son marteau légendaire, Barbara s’embarque dans un combat épique pour les empêcher d’envahir le monde… 

Un casting alléchant

Produit par Chris Columbus, dont le seul nom ravive en nous les souvenirs et sensations du meilleur du cinéma populaire des années 80 à 90 – scénariste, entre autres, de Gremlins (Joe Dante, 1984), des Goonies (Richard Donner, 1985) ou du Secret de la Pyramide (Barry Levinson, 1985), il est aussi le réalisateur de Maman, j’ai raté l’avion (1991), Mrs. Doubtfire (1993) et plus proche de nous de Harry Potter à l’école des sorciers (2001) et sa suite, Harry Potter et la chambre des secrets (2002) – ce Chasseuse de Géants (Anders Walter, 2018) semblait sur le papier avoir tous les ingrédients pour convaincre l’amateur d’un cinéma qui n’existe plus que je suis, bien que l’argument de cet article écrit il y a des années tient de moins en moins la route, tant ce cinéma-là est en réalité aujourd’hui en pleine renaissance. Le film est réalisé par Anders Walter, jeune cinéaste danois qui signe là son premier banc d’essai, mais qui s’était toutefois déjà fait remarqué avec deux courts-métrages nommés successivement à l’Oscar du Meilleur court-métrage : 9 Meters (2013) reparti bredouille puis Helium (2014) qui l’avait remporté. Deux travaux qui abordaient déjà à leur manière, l’enfance et ses traumas, avec comme vocation commune de glorifier les pouvoirs de l’imagination comme médicament suprême. Le scénario de Chasseuse de Géants, adapté d’un comic book à succès signé Joe Kelly, reprend cette idée en suivant le parcours de Barbara, une jeune adolescente solitaire et d’apparence taciturne, qui peine à sociabiliser. Son comportement inquiète son entourage et sa vie de collégienne lui fait alterner les cours et les convocations dans le bureau de la psychologue (Zoe Saldana). Ce qui inquiète plus généralement les adultes qui veillent sur elle, c’est son obsession maladive pour les Géants. En effet, Barbara se sent porteuse d’une mission sacrée, se sentant désignée pour combattre ces créatures du chaos avec son marteau légendaire et les empêcher ainsi d’envahir le monde.

Un sentiment de déjà-vu

Il est très compliqué de parler du film sans en dévoiler l’intrigue, une facilité que je vais m’empresser d’empoigner en veillant toutefois à ne pas trop vous gâcher le spectacle. Pardonnez-moi d’emblée donc, mais il me semble nécessaire d’effriter une part du mystère – qui n’en est qu’à moitié une en réalité – pour pouvoir vous parler du film sous un prisme qui lui sied davantage. Car s’il utilise pour se vendre, la phrase d’accroche : « Par les producteurs d’Harry Potter » le long-métrage d’Anders Walter n’a pas vocation à dresser les fondations d’un nouvel univers d’héroïc-fantasy comme pouvait l’être récemment par exemple la saga Percy Jackson, le voleur de foudre (2010) réalisé par ailleurs par un certain Chris Columbus. Loin de jouer uniquement sur ce créneau, Chasseuse de Géants tient tout son intérêt dans sa faculté à brouiller les pistes entre drame réaliste et fable fantastique. J’en ai sûrement déjà trop dit, alors permettons nous de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Comme beaucoup des films des années 80 auxquels il se réfère – de sa mise en scène en passant par son univers – le film a pour sujet principal l’enfance et la faculté qu’ont les enfants à utiliser leur imaginaire comme un refuge pour affronter la vie et ses tracas. Sans lorgner vers le drame familial pur et dur, le long-métrage a recours au fantastique sous son prisme métaphorique. En cela, il rappelle à bien des égards le récent et bouleversant Quelques minutes après minuit (Juan Antonio Bayona, 2016) ainsi que d’autres œuvres, nombreuses, abordant le même rapport à l’imaginaire enfantin tel que l’étonnant remake de Peter et Elliot le dragon (David Lowery, 2016).

Parce qu’ils traitent pratiquement des mêmes thématiques, ou presque, que leur direction artistiques sont assez semblables et que leurs personnages semblent jumeaux, ces travaux tendent parfois à se télescoper. Un état de fait qui joue clairement en défaveur de Chasseuse de Géants, qui s’il n’est pas le moins réussi des trois – à titre personnel, je le préfère largement au remake du classique de Disney – ne fait pas le poids face au très beau film de Juan Antonio Bayona dont il souffre d’être sûrement un peu trop proche. Car dès lors que pointe la sensation de déjà-vu, le film s’effiloche et semble même un peu trop cousu de fil blanc, une sensation qui lui fait subitement perdre toute originalité et identité. Un triste fait, certainement injuste, car la qualité des interprétations, de la direction artistique et de la photographie font de Chasseuse de Géants un objet d’une exécution plus qu’honnête, que vous pourriez apprécier à condition de n’avoir pas déjà épuisé votre stock de larmes devant Quelques Minutes Après Minuit.

Conclusion

Tout mignon et intéressant qu’il soit, Chasseusse de Géants n’arrive malheureusement pas à la cheville de son aîné. On comprend donc aisément pourquoi le film finit chez nous directement en DVD. Peut-être que finalement tout ça n’est qu’un prétexte pour se tourner vers la version papier ?

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Samantha Eucher