Critique : Apprentice

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Apprentice

apprentice affiche : 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Boo Junfeng
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 1 juin 2016


Note : 4/5

Avec un peu moins de 6 millions d’habitants, il est normal que la ville-état de Singapour n’ait qu’une production cinématographique assez limitée. Cela n’a pas empêché ce pays d’obtenir une récompense majeure du Festival de Cannes : la Caméra d’or attribuée en 2013 à pour son film . Une récompense à laquelle Boo Jungfeng ne pouvait plus prétendre, puisque Apprentice, présenté cette année dans la sélection , est son deuxième long métrage. Le premier, Sandcastle, était déjà présent sur la Croisette, faisant partie en 2010 de la sélection de la Semaine de la Critique. Un film qui n’avait pas eu droit à une sortie en salles dans notre pays.

Synopsis : Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. Aiman s’avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu…

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Un lien secret

Aiman est un jeune homme qui, comme il le dit lui-même, a failli mal tourner. Finalement, il est rentré dans le rang, il s’est engagé dans l’armée puis a postulé à un poste de gardien dans une prison de Singapour. Très vite, ses capacités lui permettent de se faire remarquer par Rahim, un gardien proche de la retraite qui se trouve être le bourreau de la prison. Lorsque l’assistant de Rahim démissionne, Aiman se voit offrir la possibilité de le remplacer. Une promotion que n’apprécie pas sa sœur Suhaila, la seule parente qui lui reste après la mort de son père et de sa mère. En effet, un événement lie Rahim à la famille d’Aiman, un événement que ce dernier s’est bien gardé de révéler à ses employeurs.

 

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Une leçon de pendaison humaine

Apprentice n’est pas, loin de là, le premier film dont le sujet est l’exécution de la peine de mort. Toutefois, le plus souvent, le personnage principal se trouve être le condamné. Dans le film de Boo Junfeng, les deux personnages principaux sont le bourreau actuel et celui qui, peut-être, va être amené à le remplacer. A Singapour, l’exécution de la peine de mort se fait par pendaison avec chute et Rahim est un grand spécialiste de cette pratique. Pour lui, pas question de faire souffrir celui qui va mourir : la mort, due à la rupture des vertèbres cervicales, doit être quasiment instantanée. C’est une véritable leçon de « pendaison humaine » qu’il donne à Aiman, en lui expliquant l’importance de choisir la longueur de la corde en fonction du poids du condamné. Une mauvaise longueur de corde pouvant aboutir à étrangler le condamné ou à le décapiter, Rahim insiste sur le fait qu’à Singapour, on est plus humain que dans certains pays où le condamné reste à souffrir pendant de longues minutes en s’agitant au bout d’une corde. Une telle remarque est un reflet fidèle du ton général du film de Boo Junfeng, tout comme l’est le comportement quasiment suicidaire de Rahim lorsqu’il conduit sa voiture : même si on devine la position du réalisateur sur le sujet, il a cherché à mettre honnêtement le spectateur face à la pratique de la peine de mort, en lui laissant la possibilité de se faire sa propre opinion sans lui imposer un point de vue de façon lourde et insistante. Il a cherché et il a trouvé ! Cela donne un film d’une grande force, un film grave sans être pesant.

 

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Une belle lumière

Derrière la caméra on trouve le français Benoit Soler, déjà présent sur Ilo Ilo. Benoit Soler a une particularité assez rare : bien que français, il a appris son métier de Directeur de la Photographie en Angleterre, à la « National Film and Television School » (NFTS). Concernant son travail sur Apprentice, on ne peut que louer la qualité de la lumière, quand bien même de nombreuses scènes ont été tournées dans des lieux plutôt obscurs, à l’intérieur de prisons, en Australie ou à Singapour. Par ailleurs, on notera que les deux personnages principaux sont des malais, une population minoritaire à Singapour. Cette proximité quant aux origines et la langue malaise qu’ils utilisent dans leurs conversations renforcent bien sûr le lien qui lie Aiman et Rahim.

Conclusion

A 32 ans, Boo Junfeng est de toute évidence un réalisateur dont la carrière s’avère prometteuse. Apprentice, son deuxième long métrage, était un des films les plus fort du Festival de Cannes 2016 et il arrive à faire germer deux regrets chez le spectateur : celui de ne pas avoir vu Sandcastle, son premier film, distribué en salles dans notre pays ; celui de trouver ce film dans la sélection Un Certain Regard alors qu’il avait toute sa place dans la compétition officielle.

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