Critique : Cours sans te retourner

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Allemagne, France, 2013
Titre original : Lauf Junge lauf
Réalisateur :
Scénario : Heinrich Hadding et Pepe Danquart , d’après le roman de Uri Orlev
Acteurs : Andrzej Tkacz, Kamil Tkacz
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 1h47
Genre : Drame historique
Date de sortie : 24 décembre 2014

Note : 2,5/5

Alors que le nombre de témoins oculaires de cette terrible époque s’amenuise de jour en jour, il est plus que jamais primordial de se battre contre l’oubli de la Shoah. A moins que le problème ne soit pas vraiment l’oubli pur et simple, grâce à une documentation historique abondante, mais plutôt une banalisation des faits, qui va de pair avec un regain de vigueur préoccupant de l’extrême droite un peu partout en Europe. Côté cinéma, rares sont les films qui ont su se montrer à la hauteur de ce sujet aussi tragique que délicat. Pour la plupart, ils se contentent de procéder à un chantage aux sentiments plus ou moins écœurant, comme dans le cas présent, réalisé par Pepe Danquart, Oscar du Meilleur court-métrage en 1994 pour l’infiniment plus poignant Voyageur noir.

Synopsis : En 1942, le jeune Srulik Fridman réussit à s’échapper du ghetto juif à Varsovie. Afin de mieux cacher ses origines, il adopte le nom de Jurek Staniak. Il se cache seul dans la forêt, où il finit par rejoindre un groupe d’autres enfants dans le même cas que lui. Séparé de ses amis, il est sur le point de mourir de froid, quand il s’écroule devant la porte de Magda. Cette fermière le recueille un certain temps, tout en apprenant à Jurek comment se comporter en bon chrétien et quelles histoires attendrissantes raconter aux personnes susceptibles de s’occuper de lui. Obligé de quitter précipitamment son nouveau chez-soi, le garçon n’est alors qu’au début de sa longue et pénible odyssée.

N’oublie jamais que tu es juif

D’emblée, Cours sans te retourner ne fait pas le moindre effort d’être autre chose qu’un énième conte larmoyant sur le courage des survivants de l’extermination des juifs par les Allemands nazis. Tandis que les premières images, d’un gamin en détresse dans un paysage hivernal particulièrement hostile, auraient suffi à donner le ton de ce périple éprouvant, la musique enfonce lourdement le clou avec ses thèmes plaintifs au violon. Ce fond sonore fortement manipulateur ne cessera pas, par la suite, de rajouter une couche d’émoi artificiel, chaque fois qu’une chose déplaisante arrive à Jurek. Puisque nous ne sommes pas là pour nous amuser, mais pour en quelque sorte rendre hommage – par l’intermédiaire du cinéma – aux victimes de ces atrocités, les occasions ne manquent pas pour éprouver nos nerfs, au fil d’une histoire marquée par un schéma dramatique assez répétitif. En effet, il n’existe pratiquement que deux types de décors dans lesquels le jeune protagoniste évolue : la solitude précaire en pleine nature d’un côté et la protection fragile de la part de ses foyers de fortune de l’autre. Comme le titre du film l’indique d’une façon pragmatique, le statut de paria ne permet jamais à Jurek de se sédentariser longtemps. Cet état d’urgence permanent l’amène à quitter plusieurs fois et dans des circonstances quasiment interchangeables ses refuges.

Des poncifs à la pelle

Plutôt que d’accentuer la sensation de déracinement perpétuel, qui constitue peut-être l’aspect le plus cruel du périple du personnage principal, la narration préfère le ponctuer par un recours aux clichés les plus voyants. En tête, l’amitié entre Jurek et un chien errant, qui se terminera bien entendu dans un flot de larmes sensiblement plus chaudes que toutes celles que l’orphelin supposé a pu verser sur sa situation désespérée. De même, le handicap est traité avec tant d’égards, qu’il devient presque le centre des préoccupations scénaristiques pendant la deuxième moitié du film, avant l’antisémitisme plus ou moins violent qui menace sans relâche le bonheur fragile du garçon. Enfin, la conclusion ne se démarque, elle non plus, par une quelconque originalité, puisque elle montre l’homme, sur l’aventure courageuse duquel est basé l’intrigue, entouré par sa famille nombreuse, de nos jours sur une plage israélienne.

Conclusion

Aussi essentiel le souvenir de la persécution des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale soit-il, pour éviter à l’avenir un nouveau crime contre l’humanité d’une telle dimension, nous ne sommes pas sûrs que des films qui répètent inlassablement le même type d’histoire sur le même mode opératoire formel soient très utiles pour accomplir cette tâche difficile. Le destin tragique de ce garçon, trop coriace pour se laisser abattre par des épreuves de plus en plus dures, aurait certes mérité une adaptation au cinéma, mais la façon dont Pepe Danquart se l’approprie est beaucoup trop convenue à notre avis pour réellement nous émouvoir.

http://youtu.be/qcHSa4Nls7A

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