Cashback

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Cashback, Sean Ellis

Cashback, Sean EllisCashback

Ang : 2006
Titre original : Cashback
Réalisateur : Sean Ellis
Scénario : Sean Ellis
Acteurs : Sean Biggerstaff, Emilia Fox, Shaun Evans
Production : Left Turns Films
Durée : 1h34
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 janvier 2007

Réalisation : [rating:3.0]
Scénario :     [rating:2.0]
Acteurs :       [rating:2.5]
Musique :      [rating:2.5]
Globale :       [rating:2.5]

Alors réalisateur totalement novice et sans aucune expérience dans le cinéma, Sean Ellis va en 2004 réaliser un court-métrage : Cashback. Pour une première, on peut dire qu’il signe une franche réussite. En effet, jouissant d’un bon succès critique et plébiscité dans les différents festivals où il fut présenté, Ellis décida de transformer son œuvre en un long-métrage… était-ce vraiment nécessaire ?

Synopsis : Ben Willis, étudiant aux Beaux-Arts, se fait plaquer par sa petite amie Suzy. Devenu insomniaque suite à cette rupture, il se met à travailler de nuit au supermarché du coin. Là, il fait la connaissance de quelques personnages hauts en couleur qui cultivent, chacun à sa manière, l'art de tromper l'ennui pendant les longues heures de travail. L'art de Ben consiste à imaginer qu'il suspend le temps, ce qui lui permet d'apprécier la beauté du monde « en mode pause » et des êtres qui le peuplent. Il est particulièrement sensible au charme de Sharon, la discrète caissière qui détient peut-être la clé de ses insomnies. (Allociné)

Cashback, Sean Ellis

Pour pouvoir avoir un avis objectif sur Cashback version long-métrage, il est impératif de voir la version 2004 de 18mn. Voir quelles ont été les intentions initiales et quelle est l’œuvre de base permet de comprendre et mettre en valeur les éléments faisant défaut au film… Car il faut bien le reconnaître, Sean Ellis par amour pour son œuvre ou par ambition honteuse (l’argent serait-il le moteur de cette adaptation grand format ?…), va banaliser son propos et déposséder Cashback second du nom de tout son charme.

Sean Ellis, avant d’être réalisateur, est un photographe de mode confirmé. Il a de plus réalisé de nombreux clips vidéos pour des groupes de musiques. Toutes ses influences se devinent à l’écran, tout particulièrement dans le film où il forcera le trait de manière trop prononcé. Dans un premier temps, parlons du court-métrage. Ellis avait donc pour but à cette époque de montrer comment il est possible d’échapper à l’ennui… Un ennui généré par un travail rébarbatif d’employé de supermarché. Passé ce temps au travers des yeux d’un doux rêveur, Ben (Sean Biggerstaff) qui, pour ne pas être prisonnier de cette morosité ambiante, va s’imaginer un monde où le temps n’existe plus, comme suspendu dans le vide. La beauté des choses en général ainsi que l’amour infini qu’il porte à la douceur des courbes féminines sont ses seules distractions. Le fait de le voir déshabiller des femmes à leur insu sans que cela ne provoque l’indignation (Sean Biggerstaff y étant pour beaucoup) est particulièrement bien géré. Jamais on ne sombre dans la vulgarité et le nu est ici synonyme d’art.

Cashback, Sean Ellis

Comment traiter au mieux un sujet autour de l’ennui ? Définitivement en provoquant le contraire ! Cashback CM (Court-métrage) est une caresse de 18 minutes, dans laquelle Ellis, nous présente une joyeuse bande d’employés. Chacun à sa manière essaie de passer ce temps infini. Ben est accompagné dans ce monde réel des Laurel et Hardy de service, Matt (Michael Lambourne) et Barry (Michael Dixon), casse-cou dans l’âme et partageant un cerveau pour deux, de la belle Sharon (Emilia Fox) qui redoute plus que quiconque ces 8 heures de travail et enfin Mr Jenkins (Stuart Goodwin) qui supervise ce petit monde comme il le peut. Via des cocasseries banales qui nous ont toutes traversé l’esprit, la poésie qu’il transmet à travers les personnages est communicative. Une réalisation soignée qui, sur un laps de temps aussi court et notamment en comparaison avec le film se trouve valorisée. Le montage est parfaitement cohérent et rythme bien le film. Un court-métrage très réussi, qui passe trop vite (au contraire de ce qu'il se passe pour notre personnage principal) et dont il n’y a au final que très peu à redire. Une œuvre imaginée telle quelle se devait de rester dans ce format.

Sean Ellis en la transposant en long-métrage va commettre de nombreuses erreurs en partie dues à des choix peu pertinents. Sortir des sentiers battus et rester fidèle à sa ligne de conduite ? Oui… mais certainement pas au détriment de la qualité du film. Il indiquera que l’idée de repartir de zéro ne lui avait absolument pas traversé l’esprit, le fait de compléter le film étant plus approprié. De plus l’écriture du scénario s’apparente presque à l’utilisation de son premier jet comme version finale. Ayant d’origine le début et la fin, il lui fallut seulement compléter le reste du film, en une semaine. Ainsi, si après avoir vu les deux œuvres vous avez ce sentiment de remplissage et d’apport scénaristique nullissime, c’est tout à fait normal. On regarde une pâle copie du court-métrage, romancé niaisement avec un final à faire pâlir d’envie les scénaristes des Feux de l’amour. Si tout ce qui faisait le charme de son prédécesseur paraît encore là, ce n’est plus du tout la même impression ni les mêmes sentiments qui en découlent. Là où on se plaisait devant la beauté naturelle (filmée avec les éclairages du supermarché etc..) du CM, attrayant et frais, on se moque ici de l’esthétique publicitaire/photo de mode du film qui joue plus sur des envolées lyriques visuelles que sur la base d’un scénario solide, qui lui est aux abonnés absents. Le montage est absolument décevant en comparaison à ce qu’il avait fait précédemment, pour la simple et bonne raison que le rythme de Cashback se dissipe et s’évapore sur les 1h34 du film qui paraissent devenir une éternité… un comble étant donné son sujet. Le choix des musiques par exemple passe pour stéréotypé à certains moments et disparait là où il était très justement inséré dans le CM.

Cashback, Sean Ellis

Pour Cashback 2004 on ne peut pas parler de scénario, mais simplement d’un monologue, d’une réflexion de Ben entrecoupée des interventions des autres protagonistes et c’est plus que suffisant. Pour la version 2006, là où la nécessité d’avoir un scénario était primordiale, on se rend compte qu’il n y’a absolument rien excepté un vide intersidéral s’exprimant par un ennui profond. Le film est parsemé de scènes sans grand rapport les unes avec les autres qui aboutissent sur une conclusion attendue depuis le début, amenée sans aucune originalité, ni surprise. On se surprend à se demander où est passé l’œuvre tant appréciée. L’apparition de nouveaux seconds rôles encombre l’écran et réduit l’intérêt, d’autant que ces derniers n’apportent pas grand chose. Ellis n’est pas un scénariste, c’est une évidence. Ce n’était que son premier film et à vrai dire il semble que la passion et la fougue couplées à l’excitation d’un premier film ont pris le pas sur la raison et la technique.

Les acteurs, dont Sean Biggerstaff en tête, donnent l’impression d’être faits pour leurs rôles (principalement les acteurs du court-métrage se retrouvant dans le film). Tous justes, ils sont l’unique qualité du film et quasiment son seul intérêt. Car du court-métrage, il ne reste malheureusement rien de bon excepté leurs plaisantes interprétations et les gags à trois francs cinq sous de Barry et Matt.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Sf2drFZbHH4&feature=related[/youtube]

En résumé :

En japonais on appelle cela un hara-kiri. Sean Ellis est novice en la matière et ça se sent. Là où des bonnes idées et un bon montage peuvent suffire pour un court-métrage, ce sont les bases scénaristiques ainsi qu’une réalisation à la hauteur qui font défaut. L’erreur aura été de reprendre son œuvre d’origine pour au final la rallonger (ce qui n’avait pas lieu d’être), plus que de réinterpréter les idées dont il aurait dû s’inspirer pour réaliser un Cashback long-métrage digne de ce nom. Tellement dommage. Court-métrage à voir absolument et film à éviter, même s'il peut être intéressant de les comparer.

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