Carnet de festival: PIFFF 2015 Jours 4&5

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PIFFF 2015 BANDEAU

Terminons ce compte-rendu avec un week-end plutôt chargé avec, pour commencer, une autopsie de la jeunesse contemporaine.

Don’t grow up, nouvelle réalisation de Thierry Poiraud, co-auteur du calamiteux avec son frère Didier et du pastiche footballistique du genre zombie avec avec Benjamin Rocher, nous revient en solo avec un sujet pour le moins excitant. Six jeunes placés dans un foyer pour délinquants situé sur une île se retrouvent livrés à eux mêmes. En visite dans la ville voisine afin se ravitailler ils vont se rendre compte que les adultes ont littéralement pété les plombs et massacrent tous les mineurs aux alentours. Le réalisateur a cette fois-ci toutes les clés en main pour faire un film de survie décapant. La mise place de l’intrigue fait preuve d’une réelle efficacité, malgré des personnages quelque peu caricaturaux et les acteurs, convaincants et bien dirigés, sauvent la mise. Thierry Poiraud soigne sa réalisation et son image mais le problème est qu’une fois les protagonistes présentés et les enjeux définis, Dont’t grow up s’enferme dans les stéréotypes du genre et survole son propos sans le traiter dans le fond. Aucune des tentatives de rebondissements et d’idées nouvelles ne sont menées à leur terme, la psychologie des personnages va à l’encontre du bon sens et le cinéaste à la mauvaise idée d’ajouter dans le dernier tiers un personnage purement décoratif. Don’t grow up est très loin d’avoir le pouvoir de subversion d’un film tel que Les révoltés de l’an 2000 et, malgré son bel emballage, manque cruellement de personnalité. Malgré son manque d’audace, le film a tout de même rallié les suffrages du public et remporté l’œil d’or de cette édition 2015.

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Nous nous déplaçons pour la suite à Bridgend, petite ville du Pays de Galles où une inquiétante recrudescence de suicides d’ados a plongé la région dans la torpeur et le chagrin. Afin d’enquêter sur cet inquiétant phénomène un officier de police emménage accompagné de sa fille unique. Elle va rapidement faire connaissance avec un groupe de jeunes dont les relations sont pour le moins étranges. Inspiré par un fait divers réel, le cinéaste s’est intéressé à leur état d’esprit, leurs mode de vie et de pensée. Il a essayé de traduire au moyen d’une réalisation plus portée sur un sentiment poétique que sur l’étude documentaire des raisons qui poussent ces individus à se donner la mort. Il y a quelque chose de très intrigant dans sa façon de montrer cette cohésion de groupe, ces rapports presque primitifs dans la façon d’exprimer leurs rebellions face au monde des adultes et à leur manque de perspective dans l’avenir. Jeppe Rønde brouille les cartes et montre avec sensibilité les failles des membres dominants et le courage des plus faibles. Seulement, impuissant à apporter quelques éléments de réponses à ce drame, le cinéaste s’enlise dans son traitement et file tout droit vers un final un peu trop convenu. Bridgend n’en demeure pas moins un film intéressant porté par une image naturaliste sublime, témoignant d’un point de vue sincère du cinéaste sur le sort de ses personnages.

On poursuit le lendemain avec , un film à sketchs signé , , Patrick Horvath et Radio Silence qui, comme l’indique le titre, se passe dans le Sud des États Unis. Ces quatre histoires d’horreur s’articulent autour du récit de deux amis qui tentent d’échapper tant bien que mal à de mystérieux assaillants d’allure spectrale. Chacune des histoires s’enchaîne à la suivante, décrivant dans son ensemble une région infernale où pullulent sectes adorateurs de Satan, démons farceurs et refuge de pécheurs en tout genre. Rien de bien de neuf sous le soleil, l’équipe de l’œuvre plurielle de réitère ses exploits et livre un contenu très inégal. On ne retiendra au final qu’une scène de secourisme particulièrement gore. Le reste est au pire anecdotique mais a le mérite de faire court.

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Et on termine avec un premier film, une œuvre cinématographique toute aussi rare que son auteur: L’Enfant miroir de . Presque invisible depuis près de 25 ans, le film a eu le droit à une restauration du plus bel effet en vue d’une future exploitation sur support numérique (il sort en France chez Black Out). Présenté dans quelques festivals, le film refait donc parler de lui et s’avère à plus d’un titre un film fascinant… et pourtant bien surestimé. Brodie, 8 ans, vit dans une ville du Missouri dans une ferme qui fait office de station-essence. L’enfant trompe son ennui entre blagues cruelles avec ses amis et le fantasme de l’existence de créatures fantastiques dans son entourage. La disparition de l’un de ses camarades va le conforter dans son imaginaire.

ci-dessus L'Enfant-miroir, ci-dessous Christina's World, un tableau de Andrew Wyeth
ci-dessus L’Enfant-miroir, ci-dessous Christina’s World, un tableau de Andrew Wyeth

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Le film de Philip Ridley marque de prime abord pour sa puissance picturale héritée des œuvres de et son American gothique et des peintures de Andrew Wyeth et son réalisme rural. Comme l’expliquait le cinéaste lors de la présentation de son film, le récit est raconté par un vieux narrateur qui raconte son enfance et travestit à son goût la réalité. Le cinéaste dépeint une campagne américaine avec des champs de blé à perte de vue, peuplé de bigots d’ivrognes et de petites gens. Il décrit au travers de son jeune héros de la perte de l’innocence, qui frappe le garçon tel un coup de massue sur la tête et le précipite d’un coup dans le monde des adultes. Seulement c’est dans le cheminement psychologique que le bât blesse. Au vu des expériences traumatisantes dont le héros est témoin, le refoulement de ces images paraît peu crédible pour le spectateur et souligne d’autant plus nettement les lourds artifices de ce scénario.

l'ours noir

Le palmarès complet

  • Oeil d’or compétition longs métrages internationaux (prix du public) : Don’t grow up de Thierry Poiraud (France)
  • Oeil d’or compétition courts métrages internationaux : L’Ours noir de Xavier Séron et Méryl Fortunat-Rossiz (France/Belgique)
  • Oeil d’or compétition court-métrage français : de Gonzague Legout
  • Prix du jury du meilleur court-métrage français : de Jean-Sébastien Bernard
  • Mention spéciale du jury du meilleur court-métrage français : L’Appel d’Alban Ravassard
  • Prix Ciné+ Frisson du meilleur film : Evolution de (France / Belgique)
  • Prix Ciné+ Frisson du meilleur court-métrage français : de Marc-Henri Boulier
  • l'équipe du PIFFF
    l’équipe du PIFFF

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