Cannes 70 : l’émergence d’un nouveau cinéma australien

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70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Écran Noir, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd’hui, J-18. Retrouvez nos précédents textes du dossier Cannes 70 en cliquant sur ce lien.

1971. Cette année-là, au 25eme Festival international du Film, à Cannes, on trouve dans le jury Sergio Leone, Luchino Visconti reçoit un prix spécial, à la fois pour son adaptation de Thomas Mann Mort à Venise et pour l’ensemble de son oeuvre, tandis que Riccardo Cucciolla remporte le prix d’interprétation pour son rôle dans Sacco e Vanzetti.  On trouve en compétition tout un tas de nationalités différentes : des italiens comme on vient de le voir, mais aussi des français – tels Jean-Paul Rappeneau pour Les mariés de l’an II, Louis Malle pour Le souffle au cœur -, un Hongrois (Amour de Károly Makk, dont on vous parlait il y a quelques mois), ou encore des Américains (dont Jerry Schatzberg venu présenter Panique à Needle Park). Mais cette année là, c’est le cinéma australien dont la présence va être signifiante, même s’il ne remporte aucun prix.

Cannes 1971 : l’émergence d’un nouveau cinéma

En effet, cette année-là sont présents Réveil dans la terreur (qu’on trouve aussi sous son titre original, Wake in fright, ou encore sous le nom de Outback), et La Randonnée (Walkabout). Deux films qui vont, inconsciemment, définir un tout nouvel élan dans l’industrie cinématographique du pays, deux témoins d’une contre-culture naissante, paradoxalement réalisés par un canadien (Ted Kotcheff) et par un anglais (Nicolas Roeg). Ils s’attachent à mettre en scène l’outback, zone désertique qui forme la plus grande partie du territoire australien. Un environnement dans lequel on retrouve des animaux plus ou moins dangereux pour l’homme : des serpents, des kangourous, ou même des dromadaires (autrefois importés par des colons afghans). Cet environnement qui semble définir les hommes qui y sont soumis, même un cinéaste plus classique comme Peter Weir dans Pique-nique à Hanging rock le mettra en scène ; excepté qu’aux jeunes australiennes à la culture anglo-saxones, Roeg et Kotcheff préfèrent explorer des personnalités plus typiquement australiennes, qu’il s’agisse des aborigènes, qui ont dû subir le joug des colons anglais, ou des citadins alcooliques et violents qui peuplent les villes perdues en plein désert. Pourtant Wake in fright, malgré son importance dans le cinéma australien et dans son renouveau, est longtemps resté invisible. S’il a bien été accueilli lors de sa projections à Cannes, et est resté cinq mois à l’affiche dans l’unique cinéma parisien qui le projetait, il est ensuite tombé dans l’oubli. Pas distribué, ou alors dans des copies abîmées et censurées, il a été entièrement restauré en 2009, puis est revenu, triomphalement, à Cannes en 2014, avant d’être édité en DVD et Blu-ray.

La nouvelle vague (encore une)

En effet, une décennie après la Nouvelle Vague originelle – la française -, bien avant la roumaine ou encore la coréenne , et plus ou moins en même temps que l’allemande, s’est formée la Nouvelle Vague australienne. Alors que la production cinématographique nationale dans les années 60 était peu abondante, de nombreux réalisateurs se sont formés à la télévision, de plus en plus populaire, mais aussi grâce à des initiatives du gouvernement. En résulte un nouveau souffle pour le cinéma australien au début des années soixante-dix. Si l’on en croit l’encyclopédie Tout sur le cinéma, aux éditions Flammarion, deux styles de films se distinguent alors : d’un côté, des séries d’exploitation, violentes, de l’autre des plus grosses productions, plus prestigieuses. Pourtant, en regardant de plus près des représentants de ces deux styles, la différence est assez ténue. Prenons Wake in fright (1971, Ted Kotcheff) et Pique-nique à Hanging Rock (1975, Peter Weir) : tous deux sont à première vue assez éloignés. D’un côté, une descente en enfer imbibée de violence et d’alcool, de l’autre un film en costume avec des jeunes filles. Cependant, les deux cinéastes ont beau adopter deux formes drastiquement opposées, ils évoquent les mêmes thèmes, qui semblent définir ce nouveau cinéma australien : la violence des rapports humains et la relation conflictuelle avec une nature à la fois libératrice et prédatrice.

Le cinéma australien, au-delà de cette vague des années 70, est dans son ensemble un cinéma qu’on voit peu. On trouve d’ailleurs très peu d’ouvrages, et aucun français, sur le sujet de ce cinéma australien des années 1970 – ni même sur les décennies suivantes. Il faut dire que les réalisateurs australiens les plus connus ont mené une carrière internationale, et ont peu livré de films purement australiens après leurs premiers grands succès. Difficile en effet de considérer le Australia de Baz Luhrmann comme un film à l’identité australienne marquée ; idem pour les plus grands succès de Peter Weir, même si la nature dans Les chemins de la liberté est à la fois une ennemie et une alliée. Crocodile Dundee, plus gros succès du cinéma national, met lui en scène l’outback et les aborigènes … mais pas sûr qu’il le fasse avec finesse !

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