Critiques de films Drame — 21 décembre 2016
Critique : Amour (Karoly Makk)


Hongrie, 1971
Titre original :
Réalisateur : 
Scénario : , d’après l’oeuvre de Tibor Déry
Distribution : Clavis Films
Durée : 1h24
Genre : Drame
Date de sortie : 21 décembre 2016 (ressortie en salles)

3,5/5

Tout comme le film au titre éponyme de Amour de Karoly Makk a été primé au , recevant un prix du jury présidé par la regrettée , disparue à la veille de cette reprise. Les deux films mettent ont en commun de mettre en scène une femme au bord de la mort, mais le parallèle s’arrête là…

Synopsis : Budapest, 1953. Pendant les années staliniennes les plus dures en Hongrie. Le régime de Rákosi multiplie les arrestations arbitraires et de nombreux opposants sont enfermés en secret. Luca vit ainsi dans l’angoisse de ne pas savoir si son mari János est vivant ou non. Désirant protéger sa belle-mère malade, elle invente que son fils est en Amérique où il travaille sur un film. La vieille dame vit dans l’attente de la prochaine lettre contant les histoires invraisemblables de son fils devenu là-bas un cinéaste renommé.

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On est dès les premières images plongés dans l’intimité de cette maison qui se prépare au deuil, assistant aux visites quotidiennes de Luca () chez sa belle-mère (), en attendant le retour de son mari. Et si l’on peut être tenté d’imaginer la scène d’une mère alitée qui attend le retour de son fils comme austère et longue, il n’en n’est rien dans les faits. Makk fait preuve d »une mise en scène dynamique, enchaînant les plans avec des raccords audacieux – des jump-cut que l’on n’aurait pas renié du côté de la nouvelle vague française – et en jouant constamment sur le son pour nous immerger dans l’esprit des personnages. Le tout porté par des dialogues qui s’enchaînent, la belle-fille lutant pour ne pas que s’installe une ambiance morbide. La lecture de fausses lettres, mensonges grossiers auxquels la mère s’accroche pour ne pas mourir avant l’éventuel retour de son fils, va d’ailleurs provoquer de nombreux flashs du passés, images intrigantes qui reviendront à intervalles irréguliers.

Si la visite de Luca chez chez sa belle-mère occupe une grande partie du métrage, on change totalement d’ambiance avec le retour du fameux fils, Jonas (Ivan Darvas) chez lui. On quitte les deux femmes qui nous sont devenues familières pour un prisonnier politique qui peut enfin retourner chez lui. Le personnage de Jonas met d’ailleurs en avant l’absurdité des arrestations arbitraires par un gouvernement dont on ne dit jamais le nom, bien qu’il s’agisse clairement de l’administration stalinienne (l’action se déroule à Budapest dans les années 50). La réalisation change alors totalement, puisque paradoxalement le retour paraît plus long que l’attente qu’il a suscité. Mais ce chemin chez soi qui n’en finit pas ne rend que plus réconfortantes les éventuelles retrouvailles auxquelles on assistera …

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Conclusion

L’amour du titre, c’est à la fois celui d’une femme pour sa belle-mère, de cette dernière pour son fils, et de celui-ci pour les deux femmes. Des façons tout à fait différentes d’aimer, que Karoly Makk met en scène dans une Hongrie du temps de Staline. Un récit ni austère, ni morbide, porté par trois acteurs talentueux, une douce photographie et une mise en scène se permettant des audaces tout au long du film. En bref, un prix du jury cannois à redécouvrir en salles aujourd’hui, 45 ans après sa sortie.

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Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr