Cannes 2019 : palmarès de la Semaine de la Critique
Les lauréats et le jury (photo : Pierre Caudevelle)

Grande première à Cannes, toutes sections confondues : un film d’animation reçoit un premier prix sur la Croisette. Comme l’indique le titre, dans J’ai perdu mon corps, une main se voit séparée de son propriétaire et cherche à le retrouver en traversant la ville. Le périple ne ressemble en rien à tous ceux que l’on voit dans les films d’animation, américains en particulier. Pas d’odyssée rigolote mais une plongée dans les bas-fonds sordides pour la main, qui «repense» à sa vie avec Naoufel, jeune homme triste et insatisfait dont la rencontre fortuite avec la belle Gabrielle va changer le cours de sa vie. Sur une idée du producteur Marc Du Pontavice, le français Jérémy Clapin a adapté le roman Happy Hand de Guillaume Laurant (le coscénariste du Fabuleux destin d’Amélie Poulain) et a fait sienne cette commande en l’enrichissant de ses propres obsessions d’auteur. Sortie en salles le 6 novembre 2019. En compétition lors du Festival d’animation à Annecy, qui a lieu du 10 au 15 juin prochain.

Jérémy Clapin était déjà passé à la Semaine de la Critique en 2008 avec son court-métrage Skhizein (voir en intégralité en fin de texte) dont le protagoniste avait déjà des problèmes avec son corps. Son héros se retrouvait à vivre avec un décalage de 91 cm, ce qui dans la vie de tous les jours n’est guère pratique. Un sujet potentiellement comique, traité avec un grand sérieux et une mélancolie profonde, une approche clairement adulte, également adoptée dans son premier long-métrage justement récompensé du Grand Prix d’un jury présidé par le réalisateur Ciro Guerra.

Créée en 1962, la Semaine de la Critique n’a accueilli que très peu de longs-métrages d’animation et il s’agit du premier à recevoir ce grand prix. Parmi les autres films découverts dans cette section, peu de choses à citer d’autre que Fritz the Cat de Ralph Bakshi en 1972, Téhéran Tabou d’Ali Soozandeh en 2017 ou Chris the Swiss d’Anja Kofmel l’an dernier. Oui, trois années de suite, en espérant que cela continue, les projets potentiellement intéressants pour Cannes étant suffisamment nombreux pour l’espérer.

Il serait judicieux de rebaptiser le Prix Révélation, décerné à un acteur ou une actrice présent(e) dans un des films de la compétition. L’an dernier, le débutant Félix Maritaud était primé pour Sauvages, mais cette année c’est le vétéran Ingvar E. Sigurðsson, 56 ans, qui reçoit ce prix. Il s’est surtout illustré dans le polar Jar City de Baltasar Kormákur et la fable décalée Des chevaux et des hommes de Benedikt Erlingsson, mais aussi dans Stormy Weather et L’effet aquatique de Sólveig Anspach, K 9 de Kathryn Bigelow ou plus récemment Les animaux fantastiques: Les crimes de Grindelwald de David Yates. Pas vraiment une révélation, donc…

Marianne Slot, Jonas Carpignano, Ciro Guerra, Djia Mambu et Amira Casar, le jury 2019
Aurélie Lamachère)

Les prix décernés par le Jury présidé par le réalisateur Ciro Guerra :

  • Grand Prix Nespresso : J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (France)
  • Prix Découverte Leitz Cine du court métrage : She runs de Qiu Yang (Chine)
  • Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation : Ingvar E. Sigurðsson pour A White, White Day de Hlynur Pálmason (Islande)
Ingvar E. Sigurðsson dans A White, White Day (

Les prix décernés par les partenaires de la Semaine de la Critique :

  • Prix Fondation Gan à la Diffusion : The Jokers Films, distributeur français de Vivarium de Lorcan Finnegan (Irlande)
  • Prix SACD : César Díaz, auteur de Nuestras madres (Guatemala)
  • Prix Canal + du court métrage : Ikki Illa Meint d’Andrias Høgenni (Danemark / Îles Féroé)
Vivarium

Reprise des films primés ce jeudi 23 mai :

  • 08h30 Nuestras Madres
  • 11h00 A White, White Day
  • 16h30 J’ai perdu mon corps
  • 19h30 Vivarium
  • 22h00 She Runs + Ikki Illa Meint

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles