Cannes 2018 : le jury

La nouvelle du jour par rapport au 71ème a été celle du jury, qui décidera du lauréat de la Palme d’or succédant à The Square de Ruben Östlund, le choix l’année passée du jury sous la présidence de Pedro Almodovar. Quatre femmes et quatre hommes se joindront donc du 8 au 19 mai à leur présidente du jury l’actrice australienne , connue depuis début janvier, pour regarder les dix-huit longs-métrages jusqu’à présent sélectionnés en compétition. Leur palmarès sera dévoilé lors de la cérémonie de clôture le samedi 19 mai, animé par le maître de cérémonie Edouard Baer.


La réalisatrice américaine (*1972) sait ce que la reconnaissance festivalière peut signifier pour le parcours d’un cinéaste, puisque c’est à partir du prix du Meilleur réalisateur qu’elle a reçu pour son deuxième long-métrage Middle of Nowhere au Festival de Sundance en 2012 que sa carrière a réellement décollé. Depuis, elle est devenue une figure importante à la fois du cinéma afro-américain et du combat des réalisatrices pour plus d’égalité derrière la caméra. Son troisième film Selma a été nommé à l’Oscar du Meilleur Film en 2015 et a valu à DuVernay une nomination au Golden Globe du Meilleur réalisateur. Il a également gagné l’Oscar de la Meilleure chanson pour « Glory ». Pour son documentaire Le 13e, elle a été nommée à l’Oscar du Meilleur documentaire en 2017 et a gagné le BAFTA du Meilleur documentaire, ainsi que deux Emmies pour le Meilleur documentaire et le Meilleur scénario d’un documentaire. Son dernier film, le conte fantastique Un raccourci dans le temps avec Oprah Winfrey, est sorti le mois dernier en France.


La chanteuse burundaise (*1959) est le seul membre du jury à ne pas avoir un lien direct avec le cinéma. Elle se fait surtout un nom dans les années 1990, grâce à ses quatre albums et au tube international « Sambolera Mayi Son ». L’ancienne double présidente du jury à Cannes Jeanne Moreau réalise le clip pour sa chanson « Mama ». Depuis 2006, elle est mariée au légendaire pilote automobile Jacky Ickx, sextuple vainqueur des 24 Heures du Mans.


L’actrice française Léa Seydoux (*1985) a en quelque sorte le cinéma dans le sang, puisque elle est la petite-fille de Jérôme Seydoux, coprésident du studio Pathé. Depuis une dizaine d’années, elle a néanmoins su se faire son propre nom, grâce à ses collaborations avec des réalisateurs aussi prestigieux que Catherine Breillat (Une vieille maîtresse – en compétition en 2007), Jean-Pierre Mocky (13 French Street), Christophe Honoré (La Belle personne), Bertrand Bonello (De la guerre – Quinzaine des réalisateurs en 2008 – et Saint Laurent – en compétition en 2014), Sébastien Lifshitz (Plein sud), Quentin Tarantino (Inglourious Basterds – en compétition en 2009), Ridley Scott (Robin des bois – film d’ouverture en 2010), Raoul Ruiz (Mystères de Lisbonne), Rebecca Zlotowski (Belle Epine – Semaine de la critique en 2010 – et Grand central – Un certain regard en 2013), Woody Allen (Minuit à Paris – film d’ouverte en 2011), Jessica Hausner (Lourdes), Amos Gitaï (Roses à crédit), Brad Bird (Mission impossible : Protocole fantôme), Benoît Jacquot (Les Adieux à la reine et Journal d’une femme de chambre), Ursula Meier (L’Enfant d’en haut), Abdellatif Kechiche (La Vie d’Adèle Chapitres 1 & 2 – Palme d’or en 2013), Christophe Gans (La Belle et la bête), Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel), Yorgos Lanthimos (The Lobster – en compétition en 2015), Sam Mendes (007 Spectre) et Xavier Dolan (Juste la fin du monde – en compétition en 2016). Nommée quatre fois aux César, elle a reçu la Palme d’or de la part du jury sous la présidence de Steven Spielberg en 2013, au même titre que sa partenaire à l’écran Adèle Exarchopoulos et le réalisateur Abdellatif Kechiche.


A l’image de sa consœur, l’actrice américaine (*1990) s’est elle aussi imposée sur la scène internationale du cinéma d’auteur. Après ses débuts à l’âge d’enfant dans des films comme Panic Room de David Fincher, L’Autre rive de David Gordon Green, Zathura Une aventure spatiale de Jon Favreau et Into the Wild de Sean Penn, elle devient une vedette du public adolescent grâce à sa participation aux cinq films de l’univers Twilight, réalisés par Catherine Hardwicke, Chris Weitz, David Slade et Bill Condon. A la suite de cette expérience, elle se tourne résolument vers un cinéma exigeant, faisant alors appel à des réalisateurs de renom comme Walter Salles (Sur la route – en compétition en 2012), Olivier Assayas (Sils Maria – en compétition en 2014 – et Personal shopper – en compétition en 2016), Richard Glatzer & Wash Westmoreland (Still Alice), Woody Allen (Café Society), Ang Lee (Un jour dans la vie de Billy Lynn) et Kelly Reichardt (Certaines femmes) pour changer son image. En 2015, elle a gagné le César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Sils Maria. Le même film lui a également valu les prix de la National Society of Film Critics et des critiques de New York.


L’acteur taiwanais (*1976) alterne lui aussi entre le cinéma d’auteur et des productions à vocation commerciale. Après ses débuts en 1991 dans Une belle journée d’été de Edward Yang, il continue de jouer dans des films aussi prestigieux et reconnus à l’étranger que Happy together (Prix du réalisateur en 1997), 2046 (en compétition en 2004) et The Grandmaster de Wong Kar-Wai, Tigre et dragon de Ang Lee (Oscar du Meilleur Film étranger en 2001), Betelnut Beauty de Lin Cheng-sheng, Three times (en compétition en 2005) et The Assassin (en compétition en 2015) de Hou Hsiao-Hsien, Souffle de Kim Ki-duk (en compétition en 2007), Les 3 royaumes de John Woo et Parking de Chung Mong-Hong (Un certain regard en 2008).


Le réalisateur français (*1953) a de même déjà fait plusieurs fois escale sur la Croisette, surtout du côté de Un certain regard, où il a présenté Marius & Jeannette en 1997 et Les Neiges du Kilimandjaro en 2011, mais aussi une fois en compétition avec Marie-Jo et ses deux amours en 2002, ainsi que hors compétition avec L’Armée du crime en 2009 et Une histoire de fou en 2015. Il a aussi été invité aux Festivals de Berlin (Le Promeneur du Champs de Mars et Lady Jane) et de Venise (La Villa). Les deux principales influences de l’imposante filmographie du réalisateur, qui compte vingt longs-métrages, sont bien entendu son attachement au territoire local de Marseille et le traitement d’un point de vue historique de ses origines arméniennes. Enfin, Robert Guédiguian porte aussi la casquette de producteur avisé, entre autres pour les films de Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Crustacés & coquillages), Amos Gitaï (Free Zone), Hiner Saleem (Les Toits de Paris et My Sweet Pepper Land), Miguel Gomes (Les Mille et une nuits) et Raoul Peck (Le Jeune Karl Marx). Il a été nommé trois fois aux César en 1998 pour Marius et Jeannette, dans les catégories du Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario.


Il aura fallu environ quinze ans au réalisateur canadien (*1967) pour traverser la frontière et faire carrière à Hollywood. Pourtant, ses films canadiens avaient d’ores et déjà confirmé son talent, à travers Un 32 août sur terre (Un certain regard en 1998), Maelström (Panorama du Festival de Berlin en 2001), Polytechnique (Quinzaine des réalisateurs en 2009) et Incendies, nommé à l’Oscar du Meilleur Film étranger en 2011 et au César dans la même catégorie l’année suivante. L’appel des producteurs américains ne s’est alors pas fait attendre et c’est donc depuis 2013 que Villeneuve excelle dans des films de genre comme les thrillers Prisoners avec Hugh Jackman et Sicario avec Emily Blunt (en compétition en 2015), ainsi que les films fantastiques Enemy avec Jake Gyllenhaal, Premier contact avec Amy Adams et Blade Runner 2049 avec Ryan Gosling. Il a été nommé à l’Oscar du Meilleur réalisateur en 2017 pour Premier contact.


Nullement un néophyte sur le circuit des plus prestigieux festivals du monde, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev (*1964) appartient malgré tout au groupe de jurés, qui sont invités à faire partie de cette expérience privilégiée peu de temps après avoir été eux-mêmes récompensés à Cannes. Son dernier film Faute d’amour y a en effet remporté l’année dernière le Prix du jury, suivi par un César du Meilleur Film étranger et une nomination à l’Oscar dans la même catégorie. Après un Lion d’or à Venise en 2003 pour son premier film Le Retour, Zviaguintsev devient un poulain exclusif du Festival de Cannes, puisqu’il y présente tous ses films suivants : Le Bannissement (Prix d’interprétation masculine en 2007), Elena (Un certain regard en 2011) et Leviathan (Prix du scénario en 2014).

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles