Cannes 2014 : The Search

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France : 2014
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Michel Hazanavicius, d’après le film Les Anges marqués de Fred Zinneman
Acteurs : , ,
Distribution : Warner Bros
Durée : 2h40
Genre : Drame, Guerre
Date de sortie : 26 novembre 2014

Note : 2/5

Un enfant qui a perdu sa famille, une jeune femme confrontée à sa détresse… En changeant de registre après le multi-primé The Artist, Michel Hazanavicius a-t-il réussi son pari ?

Abdul Khalim Mamatsuiev
Abdul Khalim Mamatsuiev

Synopsis : Seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. Après l’assassinat de ses parents dans son village, un petit garçon fuit, rejoignant le flot des réfugiés. Il rencontre Carole, chargée de mission pour l’Union Européenne. Avec elle, il va doucement revenir à la vie. Raïssa, sa grande sœur, le recherche activement parmi des civils en exode. Kolia, jeune Russe de 20 ans, est enrôlé dans l’armée et va petit à petit basculer dans le quotidien de la guerre.

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L’endroit où vous ne voulez pas être, l’endroit que vous ne voulez pas voir…

Tout a commencé pour le réalisateur par son envie de se confronter à la guerre en Tchetchenie et à la simplification qui consiste à faire passer les rebelles ou ceux qui sont accusés de l’être pour des terroristes. Cet abus autorise les exécutions sommaires, les dérapages en tout genre. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… À travers des témoignages d’habitants qui révèlent leurs angoisses et leurs drames, la vie qui s’arrête et la peur de tous les habitants imprègnent les moments forts de la tragédie.

Le trajet de Kolia permet d’assister à la création d’un monstre et c’est capté avec une réelle force, même si le risque est toujours grand dans ce cas de faire naître l’empathie avec un bourreau de la pire espèce. En redonnant une humanité à ce jeune homme qui va accumuler les pires prises de décision par instinct de survie, Michel Hazanavicius souligne que le pire est toujours possible, même chez la meilleure des personnes. Si la référence immédiate de cette fabrique du mal est Full Metal Jacket de Kubrick, le parallèle le plus juste dans la caractérisation de cette partie serait avec Warriors, une fiction de Peter Kosminsky pour la BBC tournée en 1999 sur le conflit bosniaque. On ne décide pas de sombrer dans l’abjection mais cela n’empêche pas de sombrer irrémédiablement.

Maxim Emelianov
Maxim Emelianov

Tout en ayant un regard humaniste sur ce Kolia qui se perd, le scénario ne minimise pas le sens des responsabilités de chacun. La vision portée sur l’armée russe de cette période proche et déjà lointaine ne semble pas très éloignée de l’idée que l’on peut se faire de celle qui sévit aujourd’hui en Ukraine après un passage remarqué en Georgie il y a peu encore. L’histoire se répète de pays en pays, et d’époque en époque, malgré les nombreux avertissements des œuvres de cinéma, pour ne citer qu’elles, Nuit et Brouillard de Resnais en tête.

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Trop et trop peu

Si Michel Hazanavicius parvient à capter quelque chose de la bassesse (et de la grandeur parfois) de l’être humain en temps de guerre (surtout si elle est loin d’être noble), c’est un sentiment d’ennui qui domine. Il découpe son récit en beaucoup trop d’intrigues et de sous-intrigues qui s’éternisent trop au détriment du rythme de son film. La tension est trop faible pour justifier les 2h30 de sa durée. Autre reproche principal, les tentatives d’émotion relèvent plus d’un sentimentalisme gênant que d’une belle envolée mélodramatique malgré les références affichées. Si les interprétations du gamin Abdul-Khalim Mamatsuiev et de Maxim Emelianov en jeune soldat endoctriné sont irréprochables, Bérénice Béjo n’a pas la possibilité d’exprimer la même sensibilité fébrile que Montgomery Clift, le GI qui donne un toit provisoire à l’enfant perdu des Anges Marqués. Le personnage est moins fort et sa caractérisation moins convaincante. Annette Bening n’est guère flattée dans un rôle anecdotique, celui de la directrice d’un orphelinat où le gamin est provisoirement accueilli.

Annette Bening
Annette Bening

Comparaison n’est pas raison, mais…

Loin des sympathiques pitreries muettes de The Artist qui l’a imposé sur la scène cinématographique internationale, Michel Hazanavicius trouve une nouvelle fois son sujet et la manière de l’aborder par le prisme de l’âge d’or cinéma américain, à savoir le mélodrame en général, celui du film Les Anges marqués de Fred Zinneman en particulier. Que vaut cette (libre) adaptation par rapport au matériau d’origine ?

Malgré les éléments qui ont vieilli dans ce mélodrame fort tourné en 1948 alors que les traumatismes étaient encore trop frais, le film de Fred Zinneman avait atteint une juste distance, évitant les pièges d’un tel sujet et ne souffrant pas dans son ensemble de ses quelques maladresses. Les Anges marqués reste un document historique important sur la perception des camps de concentration et d’extermination, la création d’Israël, ce que l’on appelle désormais le stress post traumatique, le dévouement des bénévoles d’alors et l’espoir possible lorsque l’on survit au pire.

Si elle était un travail sur le devoir de mémoire, cette œuvre était avant tout un objet de cinéma percutant, notamment avec la séquence terrible d’une noyade d’un enfant tentant d’échapper à des hommes en uniforme bienveillants qui évoquaient malgré eux d’autres soldats ayant failli à leur devoir ou dans la façon de faire ressentir la faim d’un autre livré à lui-même. La dimension Dickensienne, Oliver Twist évidemment, dans le rapport des enfants à eux-mêmes et aux adultes apportait en outre une qualité littéraire qui ne souffrait pas trop de la narration omniprésente, un procédé auquel se refuse Michel Hazanavicius, ce qui est certainement l’une de ses meilleures idées ici. Il conserve par ailleurs, en les modifiant ou en les décalant d’un personnage à un autre, d’une évolution de scénario à une autre, les grandes lignes de la rencontre dans les décombres via un sandwich salvateur entre le ‘protecteur malgré lui’, Montgomery Clift à l’origine / Bérénice Béjo (Carole, prénom proche de Karel, celui de l’enfant chez Zinneman) ici ainsi que le lent et généreux apprivoisement de l’enfant via un jeu de oui et de non qui permet de décadenasser la psyché ravagée du gamin.

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Résumé

The Search est en quête de l’émotion prégnante qui régissait le long-métrage de Fred Zinneman. L’indifférence ressentie face à la vision de ce (trop) long-métrage est ce qui gêne le plus dans ce qui restera comme l’un des maillons faibles de la compétition 2014. Comment justifier la présence de ce film dans la liste des concurrents à la Palme d’or, lorsque d’autres se retrouvent dans des sélections parallèles, comme Queen and country de John Boorman ou National Gallery de Frederick Wiseman, deux grandes oeuvres découvertes à la Quinzaine des Réalisateurs.

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