Critique : Bodybuilder

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bodybuilder AFFBodybuilder

France, 2014
Titre original : –
Réalisateur : Roschdy Zem
Scénario : Julie Peyr, Roschdy Zem
Acteurs : Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs

Distribution : Mars Distribution

Durée : 1h44
Genre : Drame
Date de sortie : 1er octobre 2014

3,5/5

Le culturisme n’est pas un sujet à la mode dans le cinéma. Peu de longs-métrages en ont fait un sujet ou un cadre pour raconter une histoire. L’acteur Roschdy Zem s’y risque. Le projet était casse-gueule et improbable mais le pari est franchement réussi.

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Synopsis : Antoine, vingt ans, doit quitter Lyon d’urgence pour éviter des représailles à cause d’une forte dette. Poussé par sa mère et son frère le poussent à aller rejoindre son père qu’il n’a pas vu depuis des années et qui vit dans la banlieue de Saint-Etienne. Vincent est culturiste professionnel et n’est pas ravi de le voir débarquer sans prévenir alors qu’il se prépare dans la salle de musculation dont il est le propriétaire à un concours exigeant. Son fils découvre un univers alors dont il ne connaissait rien et un père qu’il a ignoré pendant des années.

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Premier c’est bien, deuxième c’est rien

Le résultat se révèle étonnant avec beaucoup d’humour mais jamais de moquerie pour dépeindre ces adeptes du corps parfait dont l’idole commune est Arnold Schwarzenegger, l’ouverture étant un extrait de Pumping Iron, documentaire de 1977 où on le découvre à ses débuts d’athlète. Ces hommes extraordinaires prennent huit repas par jour, ingurgitent des centaines d’oeufs chaque semaine, avalent des pilules de vitamines de toutes les couleurs à intervalles réguliers et s’entraînent encore et encore pour développer un corps parfait. On les voit s’investir, souffrir et c’est assez impressionnant. Cette activité est autant un sacerdoce qu’un gouffre financier, une aventure physique éprouvante et une source de tension constante avec les proches qui peinent à comprendre un tel investissement qui peut les ruiner, dans tous les sens du terme. Seule prime pour eux la fierté de gagner car ‘premier c’est bien, deuxième c’est rien’. Ou en anglais, ‘no pain no gain’ comme dirait Michael Bay.

Yolin François Gauvin bichonné par Roschdy Zem
Yolin François Gauvin bichonné par Roschdy Zem

Un père et un fils en quête d’affection réciproque

L’ancrage dans ce monde permet d’apporter une touche d’originalité à cette classique mais touchante quête d’affection filiale et paternelle entre un petit escroc (Vincent Rottiers, une nouvelle fois juste en petite frappe bornée qui oublie à intervalles réguliers d’utiliser son cerveau à bon escient) contraint à changer de vie et un homme qui a tout quitté pour assumer sa passion en toute liberté. Yolin François Gauvin, triple champion de France et champion du monde de bodybuilding, fait ses débuts d’acteur dans le rôle de ce père taiseux et pas comme les autres heurté par la vie. Il apporte force et fragilité à ce fan déclaré de Rocky III (Eye of the tiger) et de Bruce Springsteen (la partie la plus autobiographique pour le réalisateur fan déclaré du chanteur) déterminé à vivre en toute liberté. Étonnamment, Antoine de Caunes s’était préparé physiquement pour tenir ce rôle mais il n’a pas eu le temps d’acquérir la masse musculaire nécessaire et a été remplacé par cette force de la nature ! Avec ses faux airs de Daniel Guichard, il étonne par la justesse de son jeu qui ne démérite pas parmi une distribution de haute qualité. Il maîtrise son ‘art’ mais sait aussi se révéler touchant lorsqu’il évoque à voix haute avoir été blessé du mépris de ce fils qui n’est pas venu le voir lorsqu’il était à l’hôpital après un accident cardiaque et qui ne revient dans sa vie que contraint et forcé.

Vincent Rottiers, Nicolas Duvauchelle et Yolin François Gauvin
Vincent Rottiers, Nicolas Duvauchelle et Yolin François Gauvin

Roschdy Zem s’offre le rôle du sparring-partner et gérant en second de la salle de musculation, écrasé par son épouse, Nicolas Duvauchelle est le frère d’Antoine, lui-même un ex petit délinquant rangé des voitures, Marina Foïs la nouvelle compagne tatouée et dévouée du bodybuilder et Dominique Reymond son ex et mère des deux frères. Parmi les costauds du casting, Caroline Gaume qui capte le regard d’Antoine se détache avec un rôle attachant. La partie thriller reste secondaire et heureusement atténuée par une amusante expédition punitive finale dont est victime Adel Bencherif (Un Prophète, Des dieux et des hommes…) qui s’amuse avec cette caricature de petit caïd minable des Minguettes. La violence reste à la marge et fait planer un suspense tout le long du film qui sera détourné avec humour.

Marina Foïs et Yolin François Gauvin
Marina Foïs et Yolin François Gauvin

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Résumé

Après Mauvaise foi autour des mariages mixtes et Omar m’a tuer, enquête sur l’affaire Omar Raddad, le comédien Roschdy Zem réalise son troisième long-métrage dans le milieu secret de la gonflette. Cette combinaison étrange entre film noir, comédie sociale et retrouvailles familiales est fort plaisante, autant dans sa partie strictement fictionnelle que sa dimension documentaire. Une oeuvre étonnante, drôle et tendre.
http://youtu.be/yBTrp1WgNy8

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