À voir sur Netflix : Eurovision Song Contest – The Story of Fire Saga

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Eurovision Song Contest – The Story of Fire Saga
États-Unis : 2020
Titre original : –
Réalisation : David Dobkin
Scénario : ,
Acteurs : Will Ferrell, ,
Distributeur : France
Durée : 2h03
Genre : Comédie
Date de sortie : 26 juin 2020

Note : 4/5

Lars Erickssong et Sigrit Ericksdottir, deux musiciens islandais, rêvent d’exploser à l’Eurovision, concours populaire international. Gros enjeux, rivalités et désastres publics mettent leur relation à dure épreuve…

Un acteur qui aime le kitsch

Depuis plus de vingt ans qu’il évolue dans le petit monde des acteurs comiques américains, Will Ferrell s’est indéniablement forgé une place à part dans le cœur du public. En partie sans doute grâce à son physique de grand benêt un peu gauche et extrêmement naïf, qu’il s’est amusé à cultiver dans un certain nombre de films. Un autre aspect assez marquant de sa personnalité, qui constitue d’ailleurs en quelque sorte sa marque de fabrique, est son attirance pour le « kitsch ».

Une tendance à aller naturellement vers ce qui brille un peu trop, vers le clinquant le plus excessif, la paillette la plus outrancière. Et puisque Will Ferrell ne recule devant aucune excentricité pour provoquer le rire, il le fera de la façon la plus « premier degré » qui soit, en y allant à fond, en incarnant des personnages vivant dans un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, soit à cause d’un décalage temporel, soit parce qu’ils se plaisent à vivre dans leur propre monde.

Au fil de sa carrière, il a donc incarné les personnages les plus kitsch qui soient, du clubber accro à la night (Une nuit au Roxbury) au présentateur vedette / macho des années 70 (Ron Burgundy) en passant par la star du patinage artistique (Les rois du patin), le basketteur lover (Semi-Pro) ou encore un héritier mexicain en mode « telenovela » (Casa de mi padre). Le voir aujourd’hui s’attaquer au phénomène de l’Eurovision n’a donc finalement rien de très étonnant. Dans l’absolu, on le verrait également parfaitement au cœur d’un film sur un magicien illusionniste type David Copperfield, ou dans un biopic de Céline Dion, par exemple dans la peau du mari de Céline, René la taupe.

Une vraie tendresse pour l’Eurovision

Eurovision song contest – The story of Fire Saga s’inscrit parfaitement dans la filmographie de Will Ferrell, avec une comédie qui n’est pas dans la moquerie acerbe et l’humour cynique, mais propose au contraire une réelle tendresse pour son sujet et ses personnages de losers / rêveurs.

Bien sûr, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre Eurovision song contest – The story of Fire Saga et Les rois du patin, dans le sens où les deux films suivent un duo de personnages évoluant dans un univers kitsch et assez méconnu du spectateur (l’Eurovision d’un côté, le patinage artistique de l’autre). Et si bien sûr les deux films pointent du doigt les débordements propres à ces deux univers – en termes de garde-robe ou d’emphase technique et visuelle – ils proposent au final une vision beaucoup tendre et sympathique des personnalités qui y évoluent.

Ainsi, la séquence centrale de Eurovision song contest – The story of Fire Saga donnera à voir une large poignée de chanteurs bien réels ayant participé à l’Eurovision. Les fans reconnaîtront donc Bilal Hassani bien sûr, mais également John Lundvik, Anna Odobescu, Loreen, Jessy Matador, Alexander Rybak, Jamala, Elina Nechayeva ou les très excentriques Conchita Wurst et Netta Barzilai. Salvador Sobral fera également une apparition remarquée en musicien de rue. Dans le même ordre d’idées, à l’origine, le film devait accompagner la diffusion de la finale de l’Eurovision 2020, soit une sortie le 16 mai 2020 sur Netflix.

Une approche très premier degré

Alors bien entendu, Will Ferrell et son coscénariste Andrew Steele font probablement quelques entorses au naturalisme, mais c’est bien sûr afin de pouvoir laisser libre cours à l’immense créativité comique de l’acteur. Collaborant ensemble depuis quelques années maintenant, Ferrell et Steele se connaissent bien, et prennent un malin plaisir à brouiller les pistes en se bornant à rester le plus souvent pince sans rire et premier degré, le récit bifurquant de fait régulièrement entre l’hommage et le pastiche, entre le sérieux et le rire. Déjà en 2012 avec Casa de mi padre, ils avaient abordé ensemble le genre du « telenovela », mais en faisant le choix du respect, de la déférence presque, vis-à-vis des codes et des impératifs dudit genre. Ils pousseraient le vice jusqu’à tourner intégralement le film en espagnol…

Plus fort encore, en 2015, Andrew Steele écrirait pour Will Ferrell un téléfilm destiné à une diffusion sur la chaine Lifetime, dans la plus pure tradition des thrillers pour ménagères diffusés sur TF1 ou M6 toutes les après-midis. Les codes et passages obligés de ce type de productions se voyaient donc détournés sans l’ombre d’un seul gag, l’humour venant du jeu borderline et constamment sur la corde raide de Ferrell et de sa camarade Kristen Wiig. L’imposture a tellement bien fonctionné que le téléfilm, intitulé Grossesse sous surveillance (A deadly adoption en VO), a été vu par plus de deux millions de téléspectateurs lors de sa première diffusion sur Lifetime, sans que les afficionados du genre ne se rendent compte de la supercherie…

C’est dire à quel point Ferrell et Steele sont capables de s’adapter au monde qu’ils abordent, et pas seulement sous le couvert de la comédie : ils épousent littéralement leur sujet, ne font plus qu’un avec lui. Ainsi, les titres qu’ils ont composés avec l’aide d’Arnthor Birgisson, Rami Yacoub, Savan Kotecha, Gustaf Holter et Christian Persson pourraient clairement être réellement tirés de ce grand show bigarré qu’est l’Eurovision. Au-delà du concours de l’Eurovision, même dans leur représentation de l’Islande et de ses coutumes (l’occasion pour Ferrell de renouer avec les elfes !), les deux compères font le choix de l’authenticité, et de choisir par exemple une poignée d’acteurs islandais pour les accompagner. A leurs côtés, on reconnaitra donc Ólafur Darri Ólafsson, Björn Hlynur Haraldsson et Nína Dögg Filippusdóttir, tous trois découverts chez nous dans la série TV Trapped.

Entre le rire et l’émotion

Riche en séquences musicales qui apparaîtront, pour certaines, comme immédiatement anthologiques, Eurovision song contest – The story of Fire Saga peinera néanmoins certainement à marquer aussi durablement les mémoires que d’autres films du père Ferrell, mais il faudrait être fou pour bouder le plaisir et jamais condescendant procuré par les aventures de Lars et Sigrit, incarnés par Ferrell et Rachel McAdams, parfaite de candeur enfantine.

Car en plus de rendre un hommage déférent et très musical à tout un pan de la musique populaire tout en évoquant de façon nostalgique les changements spectaculaires et radicaux survenus dans le monde du spectacle depuis l’avènement d’Abba, Eurovision song contest – The story of Fire Saga contient indéniablement certaines séquences vraiment fendardes et surréalistes. Ajoutons également qu’au sens du gag s’ajoute un certain sens du rythme : si le petit coup de mou habituel aux comédies intervient bien au bout d’une heure, il aura le bon goût de ne pas s’éterniser.

De plus, grâce à l’attachement de Will Ferrell et Andrew Steele à présenter leurs personnages sans une once de cynisme et sans les prendre de haut, le film aura l’avantage de mieux gérer qu’à l’accoutumée les passages – souvent casse-gueule – des scènes comiques aux scènes plus intimistes et/ou d’émotion. Bref, vous l’aurez compris, Eurovision song contest – The story of Fire Saga s’avère un Ferrell de plutôt bonne cuvée. Pour nous autres français, le fait de le voir débarquer sur Netflix est d’ailleurs plutôt une bonne nouvelle. En effet, plus aucun film mettant en vedette Will Ferrell n’était sorti dans les salles en France depuis Moi, député en 2012…

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