A la Merveille

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UntitledA la

Etats-Unis : 2012
Titre original : To the
Réalisateur :
Scénario : Terrence Malick
Acteurs : Ben , Olga Kurylenko, Javier , Rachel
Distribution : Metropolitan
Durée : 1h52
Genre : , Romance
Date de sortie : 6 mars 2013

Globale : [rating:2.5 ][five-star-rating]

Deux ans seulement après la palme d’or décernée à Cannes pour son magnifique The Tree of Life, Terrence Malick revient avec To the Wonder, ode à l’amour aux accents mystiques et mélancoliques. Etrange proximité des dates entre les deux films lorsqu’on connaît le perfectionnisme kubrickien du cinéaste (six longs métrages en quarante ans de carrière !), ce qui peut expliquer les trop nombreuses défaillances du film… Spectateurs habitués aux formidables envolées lyriques qui caractérisent son cinéma, apprêtez-vous à endurer une pénible chute.

SynopsisLa France, Paris, le Mont-Saint-Michel… Neil (Ben Affleck) et Marina (Olga Kurylenko) partagent un amour passionné dans les lieux idylliques qu’ils parcourent, hors du temps, mais le retour à la réalité est bien morne et froid. Après que tous deux et la fille de Marina s’installent chez Neil, en Oklahoma, l’isolement grandit à mesure que la flamme s’éteint. Le soutien qu’elle cherche auprès du père Quintana (Javier Bardem), prêtre de la petite communauté, lui-même en proie au doute et à la solitude, ne l’aide pas à surmonter le quotidien. Elle décide finalement de retourner en France, mais elle n’est plus que l’ombre d’elle-même ; pendant ce temps-là, Neil vit une romance avec une amie d’enfance, Jane, mais quand Marina revient, il retourne dans ses bras, l’un voyant en l’autre l’amour absolu.

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Un ersatz de The Tree of Life ?

En sortant de la séance, on ne peut refouler le sentiment de déception qui nous saisit et la gêne de n’avoir cessé pendant presque deux heures de comparer le film au précédent. Loin de proposer une œuvre à la hauteur de la précédente, le cinéaste demeure à la lisière des interrogations au sein desquelles le film aurait pourtant matière à explorer. Portrait de l’amour sans concession pour Dieu quand il s’agit du prêtre, à la fois désintéressé et absolu, et que les hommes tentent vainement de reproduire, dans sa forme parfaite ; et pourtant, même la foi religieuse est hantée par le doute de l’absence, la peur du silence et de l’incompréhension. Mais l’idée ne germe pas ; l’audace manque, et plutôt que de prendre le sujet à bras le corps, Malick préfère l’effleurer du bout de l’objectif. Les audaces formelles et narratives de The Tree of Life, dans son ambition d’entrelacer le récit d’une famille à celui de la cosmogonie, prenaient certes le risque de perdre le spectateur, mais toujours en exaltant son imagination ; ce n’est que très rarement que A la Merveille nous surprend à rêver.

 Si la poésie n’est pas du côté de l’image, peut-on espérer la trouver chez les personnages ? Malheureusement, ceux-ci peinent à transmettre toute la passion qui est supposée les animer, et les gros plans ne suffisent pas à leur donner de la profondeur. Et quel dommage pour Ben Affleck qui ne laisse que le souvenir d’une ombre errante et passive…

couple

Sur le seuil de la beauté plastique, encore loin de la poésie

Le film ne manque pourtant pas de potentiel, et certaines scènes portent la marque de cette poésie visuelle unique si propre au cinéaste. La caméra, toujours en mouvement, à hauteur des personnages, ne se heurte jamais à aucun obstacle. Comme en suspension dans l’air, elle nous extrait de notre posture de spectateur passif et nous invite à un voyage au cœur de l’intimité du couple formé par Neil et Marina. Pourtant, à la fois proche des corps mais loin de la chair, du souffle qui les anime et de leur ardeur d’êtres aimants et aimés, l’œil du cinéaste ne parvient pas à briser la distance qui nous sépare de leur chaleur. Ils sont toujours évanescents, tels des fantômes qui refuseraient de nous laisser pénétrer leur monde. Il en découle que l’image semble muette, et même l’utilisation des voix off, peu convaincante, est limitée à quelques paroles sporadiques, de brèves banalités sans écho visuel.

 

Et là encore, Malick a les clés en main sans prendre la peine de s’en servir. Un autre exemple concerne les langues ; l’anglais, le français, l’italien et l’espagnol sont successivement présents et aurait pu participer à matérialiser cette barrière invisible qui s’interpose sans cesse entre les personnages. Le cinéaste en fait plutôt un usage musical, jouant de la mélodie des mots mais malheureusement sans les faire se répondre entre eux, comme des notes isolées par des silences, sans grande force évocatrice.

 

La bande-son est cependant particulièrement soignée, tapissant le film d’une douce atmosphère empreinte d’une mélancolie crépusculaire. Autre réussite, le montage elliptique propre à Malick, ignorant les contraintes de la narration linéaire, et qui repose davantage sur les différentes temporalités que conçoit notre esprit – l’instant présent, le souvenir, la simultanéité des vies, etc – que sur un déroulement chronologique. Il faut aussi lui reconnaître son talent incontestable lorsqu’il s’agit de filmer les grands espaces, dans lesquels il plante avec aisance ses décors, et plus que cela, où il emmène danser notre regard. Une solitude au goût doux-amer habite les lieux qui abritent ces amours déçues et déchues. De cela, Malick espère susciter une émotion visuelle, qui n’aboutit souvent qu’à une image dissonante, tant le propos bancal et superficiel est loin d’égaler la beauté des plans. Attention au formalisme, serait-on tenté de lui dire.

Résumé

Perte de souffle, manque d’inspiration, creux de la vague après la magnificence de son film primé… mais où est passé le grand cinéaste des films précédents ? On ne peut s’empêcher d’être frustrés face au potentiel indéniable du film qui ne décolle jamais vers le lyrisme subtil dont est capable le cinéaste. Malick semble en effet céder au chant des sirènes de la facilité : maintenant qu’il a établi un langage, il l’exploite sans le renouveler ni l’interroger, sans âme ni saveur. Appelons cette déception une erreur de parcours et attendons patiemment le prochain chef d’oeuvre.

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