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Critique : Primetime

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Critique : Primetime

Titre original : Primetime
Réalisateur : Lance Oppenheim
Scénario : Ajon Singh, d’après un article de Luke Dittrich
Casting principal : Robert Pattinson, Merritt Wever, Skyler Gisondo et Matthew Maher
Genre : Drame / Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 1h50
Pays : États-Unis (2026)
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 23 septembre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3 / 5

Malgré son sujet à première vue typiquement américain, Primetime a quand même beaucoup de choses à dire sur notre époque en particulier et la pourriture de l’âme humaine en général. Sous d’épaisses couches de stylisation visuelle, la mise en scène de Lance Oppenheim y dresse le portrait d’un pays en roue libre, hanté autant par l’appât du gain que par l’insoutenable hypocrisie des apparences.

L’ascension fulgurante du présentateur Chris Hansen, le gourou éphémère d’un genre de télévision voyeuriste à la mode dans les années 2000 – ceci dit le goût de la digression galvanise toujours autant les foules de nos jours, bien qu’il traque désormais ses proies sur les réseaux sociaux et autres chaînes Youtube –, y est le prétexte pour quelques numéros mémorables d’acteur. Robert Pattinson en tête qui excelle ici dans la peau inconfortable d’un homme écartelé entre son image publique de père de famille et justicier de la nation d’un côté et ses pulsions moins avouables de l’autre.

Or, le premier long-métrage de fiction d’un réalisateur dont on entendra certainement de nouveau parler d’ici la fin de l’année, à l’occasion de la sortie française de son documentaire phénomène You Can See Everything, ne s’organise guère comme l’hagiographie fielleuse d’une figure icarienne des médias américains. Autour de ce présentateur aux multiples obsessions, un microcosme à peine plus sain d’esprit et de mœurs que lui se met en place. Cela permet à Merritt Wever et à Skyler Gisondo de décrocher respectivement les rôles au moins aussi savoureux de la productrice froidement pragmatique et de l’appât situé au croisement périlleux entre la bêtise innocente et l’ambition.

Enfin, la célèbre directrice de casting Francine Maisler s’y distingue une fois de plus en confiant l’emploi nullement valorisant de prédateur sexuel à des comédiens jusque là associés à l’innocence, voire à l’enfance tels que Tony Revolori, le gentil groom dans The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, et Jonathan Lipnicki, le gamin irrésistible dans Jerry Maguire de Cameron Crowe !

Critique : Primetime
© 2026 Michele K. Short / Range Studios / Icki Aneo Arlo / Square Peg / A24 / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Synopsis : En 2006, le concept d’émission conçu par le présentateur Chris Hansen pour la chaîne nationale NBC « To Catch a Predator » fait sensation. Hansen y attire dans un guet-apens des hommes adultes à la recherche de rencontres sexuelles avec des mineurs. Après les avoir démasqués sous tous les angles de caméra imaginables et confrontés au mal qu’ils ont fait, il les livre à la police. Grâce au nombre de spectateurs en continuelle progression, les dirigeants de la chaîne lui confient la case convoitée du milieu de soirée. L’occasion rêvée pour Hansen de faire ses preuves, épaulé par sa fidèle productrice Andie Bender. Et pour le jeune comédien Dan Plum, embauché comme appât aux traits juvéniles, de percer enfin, après quatre années de galère.

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© 2026 Michele K. Short / Range Studios / Icki Aneo Arlo / Square Peg / A24 / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Quelle est la finalité sociale d’une émission comme « To Catch a Predator » et de toutes ses copies encore plus salaces qui ont défilé sur les écrans de télévision du monde entier depuis le début du siècle ? De côtoyer à distance sûre des individus aux perversions éhontément exposées sur la place publique, à l’image de ce qui se faisait jadis par l’intermédiaire du pilori. Ainsi que de pouvoir se rassurer d’une manière particulièrement retorse que le monde sera un brin plus paisible grâce aux braves chasseurs de pervers à la télé et à la participation fort indirecte du public à ce spectacle hautement navrant. Car Primetime ne laisse aucun doute sur la nature doublement ignoble de ce que nous voyons à l’écran, les criminels à la libido frustrée y ayant presque exclusivement les traits de pauvres parias sociaux.

Pire encore, leur sort individuel importe finalement très peu dans le grand schéma de la surenchère médiatique. Ils ne sont rien de plus qu’un pseudo à glisser dans l’emploi du temps serré d’une location aux quatre coins des États-Unis, à anéantir socialement et légalement en deux ou trois minutes à peine, avant de passer à la prochaine victime de ce jeu abject de faire semblant. Attention, nous ne cherchons nullement à relativiser le fléau de la pédocriminalité. Mais à dénoncer, comme le fait avec un certain aplomb le film de Lance Oppenheim, la pratique au clinquant indigeste imaginée par Chris Hansen. Le but de ce dernier est de se mettre en avant, grâce à une démarche douteuse qui perd de sa légitimité militante au fur et à mesure que les rouages de la manipulation médiatique se mettent en branle. Un dilemme moral qui, au fond, ne devrait pas en être un, mais que ce drame vigoureux a tendance à alimenter plutôt malgré lui.

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© 2026 Michele K. Short / Range Studios / Icki Aneo Arlo / Square Peg / A24 / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

En effet, la triple place de choix du récit y est réservée aux troubles sensiblement plus convenus d’un trio de personnages principaux hauts en couleur. Ce qui turlupine Chris, Andie et Dan n’est pas tant de savoir si ce qu’ils font est réellement dans l’intérêt public, mais ce qu’ils peuvent en tirer d’un point de vue privé ou professionnel. Pour le protagoniste, cela signifie de se conformer à l’image de probité morale, qui lui a apporté une célébrité aux avantages incontestables. Cependant, cette illusion publique n’est déjà plus d’actualité dans le cercle familial, où son couple bat sérieusement de l’aile en raison de ses affaires extra-conjugales. De surcroît, celles-ci sont sur le point d’être exposées dans la presse. À ce sujet, les petites trouvailles ingénieuses en termes de casting se confirment à travers l’apparition éclair d’Anna Faris en épouse à l’énergie complètement éteinte, face à la performance brillamment survoltée de Pattinson.

Les enjeux annexes des deux autres piliers dramatiques de l’intrigue s’avèrent ne pas être plus substantiels. En tant que moteur dépourvu d’états d’âme de la grande opération de nettoyage moral, la productrice aura à choisir entre le chaos truffé d’obscénité du plateau de Hansen ou l’offre d’aseptiser son travail chez la concurrence en faisant appel aux bons sentiments. Au détail près que ce baume au cœur sera aussi faux que les pulsions malsaines qu’elle cultive actuellement. La trajectoire du comédien débutant finit, quant à elle, par être encore plus convenue. Ses rares scrupules passent rapidement et même définitivement à la trappe, une fois qu’il aura été brossé dans le sens du poil par son patron et qu’il aura atteint in extremis le degré minimal de légitimité parmi ses pairs.

Non, le seul à ne pas être dupe du travail avilissant que l’équipe de l’émission effectue avec un professionnalisme imperméable à tout questionnement moral, c’est Matthew Maher dans le rôle du chasseur de prédateurs-proies sur les messageries. Il est le seul à ne pas souscrire à l’hypocrisie ambiante. Et par ses agissements plus ou moins louches – qu’est-ce qu’il a bien pu faire seul dans sa chambre d’hôtel quand Chris, paniqué, le réveille au beau milieu de la nuit ? –, il devient un drôle de double, aussi obsédé et collé devant ses écrans qu’eux, des hommes qu’il prétend traquer.

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© 2026 Michele K. Short / Range Studios / Icki Aneo Arlo / Square Peg / A24 / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Conclusion

On se sent comme souillé en sortant de la séance de Primetime. Tel était sans doute l’un des objectifs du film de Lance Oppenheim. Car le mode opératoire de Chris Hansen, opportuniste et mal intentionné à souhait, ne produit que des perdants. Ce qui ne signifie pas forcément que sa transposition cinématographique est obligée de suivre le même chemin. Disons plutôt que d’un point de vue de positionnement moral, le récit demeure assez flou, peut-être une qualité en ces temps de clivage manichéen. Et que la surcharge formelle souvent pesante de la narration de Lance Oppenheim est largement compensée par l’excellence sans exception des interprétations.

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