
Titre original : Shana
Réalisateur et scénariste : Lina Pinell
Casting principal : Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib
Genre : Comédie dramatique Date de sortie cinéma : 17 juin 2026 Date de sortie DVD : 20 octobre 2026
Durée : 1h21
Pays : France (2026)
Éditeur : Blaq Out
Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent…
Le film
[3,5/5]
Avant de devenir le prénom préféré des tabloïds français l’été dernier, Shana s’est d’abord fait remarquer à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2026. À la petite trentaine, l’héroïne du film accumule les petits boulots, les galères et les mauvaises décisions sentimentales, tout en s’appuyant sur sa bande de copines. Le décès de sa grand-mère lui laisse une bague censée la protéger du mauvais œil, mais le bijou familial ne va pas tarder à avoir du pain sur la planche : Moïse, son compagnon toxique, sort de prison, et les ennuis reprennent de plus belle. Avec Shana, Lila Pinell s’empare d’un quotidien précaire et sentimentalement cabossé pour en tirer une comédie dramatique qui refuse de marcher au pas. Le film préfère les zigzags de l’existence aux trajectoires bien balisées. Et il possède un sacré ressort comique, cette faculté de faire surgir le rire au beau milieu d’une situation qui, sur le papier, n’a pourtant rien d’une partie de plaisir.
Car Shana ne se contente pas d’aligner les péripéties d’une jeune femme qui semble avoir contracté un abonnement premium aux catastrophes. Lila Pinell s’intéresse à la précarité, aux violences conjugales, aux héritages familiaux et à cette difficulté à trouver sa place lorsqu’on appartient à plusieurs mondes sans se sentir parfaitement chez soi dans aucun. La bague, avec ses pouvoirs supposés, introduit une dimension presque fantastique dans un univers résolument contemporain. Le mauvais œil a bon dos : parfois, les véritables malédictions sont sociales, affectives et beaucoup moins faciles à neutraliser qu’un grigri transmis par une grand-mère. La réalisatrice joue ainsi avec les frontières entre naturalisme, comédie et fable, sans enfermer son personnage dans le rôle de la victime exemplaire. Shana peut être excessive, agaçante, drôle, touchante, et c’est précisément ce joyeux désordre qui la rend vivante. La mise en scène privilégie la proximité, les échanges frontaux et les scènes où les personnages occupent pleinement l’espace par la parole. Le langage populaire ne sert pas de décoration pittoresque : il devient une manière de tenir debout, de prendre l’ascendant, de masquer ses blessures ou de réclamer une place dans le monde.
Le tour de force de Shana, c’est de faire de cette agitation permanente un véritable langage cinématographique. Lila Pinell ne cherche pas à rendre son héroïne plus fréquentable qu’elle ne l’est : elle lui laisse ses contradictions, ses emballements, ses sorties de route et cette façon bien à elle de transformer chaque conversation en sommet diplomatique organisé par des pays qui se détestent. Les scènes de dispute possèdent ainsi une drôlerie féroce, mais le rire ne gomme jamais les rapports de domination. Lorsque Moïse revient dans la vie de Shana, l’énergie comique se charge d’une inquiétude autrement plus sérieuse : l’emprise affective ne disparaît pas sous prétexte que celle qui la subit sait balancer des vannes. Le film trouve alors son équilibre entre la vitalité d’une comédie populaire et la gravité d’un portrait social. L’héritage de la grand-mère, les tensions autour des origines familiales et les amitiés féminines dessinent également un parcours de réconciliation avec soi-même. Shana cherche moins à devenir une autre personne qu’à cesser de se regarder à travers les yeux de ceux qui voudraient la définir.
Mais Shana ne serait pas cette réussite singulière sans Eva Huault. Son charme est absolument irrésistible, sa gouaille déborde de l’écran et son jeu possède cette liberté rare qui permet de passer de l’insolence à la fragilité sans donner l’impression de changer de registre. Elle ne cherche pas à rendre Shana aimable à tout prix : elle l’incarne à fond, jusque dans ses excès les moins glorieux, et trouve une vérité comique dans les gestes, les regards et les silences autant que dans les répliques. La complicité de longue date entre Eva Huault et Lila Pinell, née de leur rencontre autour du documentaire Nous arrivons puis prolongée par le court métrage Le Roi David, nourrit manifestement cette impression de personnage taillé sur mesure. Noémie Lvovsky apporte de son côté une présence précieuse, capable de faire monter la tension familiale tout en laissant affleurer l’absurde. Et la suite de l’année 2026 confirmerait ce que Shana annonçait avec éclat : entre Bagarre, Baise-en-ville et les séries Surveillant et Paul, Eva Huault s’impose comme LA grande révélation comique de l’année. Une comédienne qui n’a pas besoin de pousser les murs pour dynamiter une scène : il lui suffit d’entrer dedans. Avec son mélange de tendresse, de cruauté, de fantaisie et de lucidité, Shana signe donc un portrait féminin attachant, imparfait et franchement réjouissant, qui préfère les êtres en chantier aux héroïnes sous cloche.
Le DVD
[4/5]
Le DVD de Shana, édité par Blaq Out, nous est proposé dans une édition sobre : pas de débauche d’artifices, mais un objet qui a le mérite de prolonger la découverte du film de Lila Pinell avec plusieurs suppléments intéressants. Côté image, le DVD restitue le travail de la photographie de Victor Zébo dans un format 16/9 respectant le cadrage original au format 1,66:1. Le rendu doit avant tout préserver la proximité recherchée par la mise en scène, les visages expressifs d’Eva Huault et les décors urbains dans lesquels évolue Shana. Le DVD reste évidemment limité par la définition standard, avec une finesse des détails et une précision des textures en retrait par rapport à une édition haute définition. Il faudra donc se contenter de cette restitution moins ambitieuse, sans pour autant perdre de vue l’essentiel : la vivacité des interprétations et l’énergie des scènes. Côté son, les deux mixages français, Dolby Digital 5.1 et Dolby Digital 2.0, permettent de choisir entre une diffusion multicanale et une écoute stéréo plus classique. Le mixage multicanal accompagne les ambiances et les échanges avec une spatialisation adaptée aux scènes collectives, tandis que la version stéréo constitue une solution simple et efficace pour un visionnage classique sur une télé. Le film reposant largement sur les dialogues, la compréhension des répliques et la présence des voix restent évidemment essentielles.
Pour les bonus, on commencera avec des entretiens croisés avec Lila Pinell et Eva Huault (21 minutes), qui constitue l’occasion idéale de revenir sur la genèse de Shana, la construction du personnage principal et le délicat équilibre entre comédie, chronique sociale et échappées plus fantaisistes. Le parcours de la réalisatrice, depuis son travail documentaire jusqu’à ce premier long métrage, mérite particulièrement l’attention : il permet de mieux comprendre comment l’observation du réel peut devenir une fiction débordante de vie sans perdre son ancrage dans les difficultés contemporaines. L’actrice de son côté évoquera son rapport au personnage, la liberté de son interprétation et la collaboration au long cours avec Lila Pinell sont autant de pistes passionnantes à explorer. Enfin, on continuera avec Le Roi David, court-métrage de Lila Pinell (42 minutes), pièce maîtresse de cette section consacrée aux suppléments. Ce film permet de retrouver l’univers qui a précédé Shana et de mesurer la continuité du travail entre la réalisatrice et Eva Huault. Bien plus qu’un simple bonus de remplissage, ce court métrage éclaire la naissance d’une collaboration artistique et donne une profondeur supplémentaire au long métrage. On terminera enfin avec un entretien avec Caroline Ronzon, première assistante mise en scène (5 minutes) ainsi qu’avec un entretien avec Laure Satgé, cheffe décoratrice, et Lucien Vacher, assistant décors (6 minutes). Dans ces entretiens, réalisés dans le cadre d’un stage de découverte des métiers du cinéma organisé par la mission locale de Tremblay-en-France, les intervenants reviendront sur leur carrière, leur métier, leur rôle sur le plateau et leur expérience sur Shana.



















