Accueil Bientôt au cinéma La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game

La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game

0
9
La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game

Titre original : Le Roi du game
Réalisateur : Éric Judor
Scénario : Antonin Fourlon, Cédric Prévost, Éric Judor et Élodie Wallace
Casting principal : Éric Judor, Alexandra Lamy, Hafid F. Benamar et Marc Labrèche
Genre : Comédie
Durée : 1h29
Pays : France (2026)
Distributeur : Gaumont
Date de sortie : 21 octobre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3 / 5

On l’aime bien quand même, Éric Judor. En tant qu’acteur, il a beau rester coincé dans des rôles d’adultes à l’esprit d’enfant qui correspondent de moins en moins à son âge réel, lui qui approche doucement mais sûrement de la soixantaine. Mais en tant que réalisateur, à la filmographie sporadique quoique pas non plus inintéressante, il sait garder son doigt sur le pouls du temps. Comme preuve la plus récente de cette drôle de modernité, ni tout à fait comique, ni empreinte d’un sens de la satire aigu, nous citons Le Roi du game, son troisième long-métrage tourné en solo qui a été présenté dans la section Variété au Festival de La Roche-sur-Yon. Et de la variété ou plus précisément de la désinvolture, il y en a un paquet dans cette farce située dans le milieu des jeux de rôle grandeur nature.

Ceci orchestré sans trop de temps morts autour du personnage principal, un père constamment débordé qui cherche à arracher sa fille aînée de cet univers de tarés. L’esprit bon enfant y est évidemment de mise, ne serait-ce que pour perpétuer le charme désarmant de Judor qui sait encore plusieurs fois faire mouche ici. Le tout sur un rythme de plus en plus endiablé, tel un engrenage de suspension de la crédibilité, sacrifiée sans trop de scrupules au profit d’une fin heureuse où tout le monde – à l’exception du spectateur exigeant – trouvera son compte.

Certes, il y aurait eu de quoi tourner plus subtilement en dérision l’engouement populaire pour un genre étrange d’évasion. Mais dans l’état, l’absence de férocité manifeste y est compensée par une bonne humeur débordante qui nous fait malgré tout du bien, après tant de films au sujet grave, voire tragique, vus jusque là au cours de notre couverture de festival vendéen.

La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game
© 2026 Serge Blondeau / Polaris Film Production / Studio 14 Films / Arts Premiers / TF1 Films Production / Fontana / Disney + France /
Gaumont Tous droits réservés

Synopsis : En tant que père divorcé avec deux enfants adolescents à charge, Alexandre veut à tout prix que sa progéniture réussisse. Pour ce faire, il a organisé un entretien dans une école de commerce prestigieuse pour sa fille Isaure. Le hic, c’est que cette dernière a fait le mur le jour du rendez-vous, afin de participer à un jeu de rôle grandeur nature à la campagne. Décidé de la ramener en temps et en heure, Alexandre tente d’intégrer la communauté exclusive des joueurs. Sa seule possibilité d’y être admis : rejoindre au pied levé l’équipe incomplète de Violaine, nom de jeu Gadaëlle, et de ses deux comparses Valromir et Bildur. Désormais, il ne reste plus qu’à lui trouver un costume et un nom de scène.

La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game
© 2026 Serge Blondeau / Polaris Film Production / Studio 14 Films / Arts Premiers / TF1 Films Production / Fontana / Disney + France /
Gaumont Tous droits réservés

Le constat social pur et dur, qui analyse les méfaits de la France d’aujourd’hui sur le ton d’une noirceur cinglante, ce n’est pas trop le mode opératoire favori d’Éric Judor. Son regard se démarque davantage par une certaine bienveillance, qui ne manque pas pour autant d’acuité en termes des quatre vérités à transmettre en douceur à son public. Ainsi, Le Roi du game ne sort jamais les crocs à l’égard de cette fuite juvénile de la réalité que sont les jeux de rôle situés dans un univers fantastique. Bien au contraire, le pragmatisme y règne en maître, puisque le pauvre protagoniste se plie docilement et jusqu’à un certain point à toutes les humiliations que ce décalage flagrant entre son milieu d’origine et cet épisode en dehors de ses repères habituels lui inflige.

Néanmoins, dans le catalogue finalement pas si abondant de personnages que le réalisateur-acteur s’est façonné au cours des près de trente ans qu’il fait rire jaune la France, celui de la victime figure uniquement à condition de ne pas se laisser faire pendant trop longtemps. Par conséquent, le processus d’adaptation d’Alexandre à son nouveau milieu de vie se déroule rapidement, à tel point que la moquerie s’y voit progressivement supplantée par la révolte. Ce sera naturellement une révolte de velours, l’ambition d’Éric Judor s’arrêtant à l’emploi d’observateur malicieux, sans aller jusqu’à celui d’iconoclaste radical. De même, si ses stratagèmes pour changer les règles du jeu en cours de route en faveur de son petit projet personnel aboutissent à ce point, c’est aussi grâce à une compatibilité insoupçonnée au niveau de l’innocence, entre la sienne et la naïveté ridicule, quoique pas non plus complètement dupe, des autres joueurs.

La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game
© 2026 Serge Blondeau / Polaris Film Production / Studio 14 Films / Arts Premiers / TF1 Films Production / Fontana / Disney + France /
Gaumont Tous droits réservés

Tandis que l’alternance enjouée du propos entre le faire-semblant et la conscience en tous temps alerte que tout ceci n’est qu’une mise en scène absurde compte parmi les qualités indéniables du Roi du game, le récit se démarque un peu moins positivement lorsqu’il s’agit de regarder réellement au-delà des apparences et des vannes faciles. Les personnages secondaires ne semblent y être présents que pour mettre en valeur le mélange à la saveur variable entre la bêtise enfantine et le calcul lucide sur lequel s’est bâti la réputation d’Éric Judor. Dans le registre des comparses, Alexandra Lamy est la moins avantageusement lotie. Elle qui sait parfaitement s’amuser avec des partenaires comiques devant la caméra dont le nom n’est pas Jean Dujardin, est réduite ici à un ressort dramatique rudimentaire, agissant sans arrêt en réaction aux frasques loufoques de Judor, mais jamais engagée sur une courbe d’apprentissage qui lui permettrait de s’émanciper.

Et c’est sans doute de ce point de vue-là que le nouveau film d’Éric Judor peine à nous enthousiasmer. Alors qu’il constitue un divertissement des plus plaisants et inoffensifs, nous sommes sûrs et certains que le talent d’autodérision de son réalisateur aurait pu pousser le délire encore plus loin. De préférence sur un terrain d’irrévérence et de non-sens dont son collaborateur régulier Quentin Dupieux est passé maître au bout d’une quinzaine de longs-métrages. Il est fort à parier que la filmographie d’Éric Judor n’atteigne jamais un tel volume. Ce qui ne sera dommage que sous réserve que son œil espiègle s’affranchisse de l’influence diluée de son réalisateur dans Steak, Wrong et Wrong Cops.

Il dispose d’ores et déjà de la sensibilité sociale et de l’humour pince-sans-rire pour se créer son propre univers cinématographique. À présent, il ne lui reste plus qu’à trouver une voix assez substantielle pour nous gâter avec des pitreries moins futiles que celle-ci.

La Roche-sur-Yon 2026 : Le Roi du game
© 2026 Serge Blondeau / Polaris Film Production / Studio 14 Films / Arts Premiers / TF1 Films Production / Fontana / Disney + France /
Gaumont Tous droits réservés

Conclusion

Notre brève parenthèse comique au Festival de La Roche-sur-Yon s’est soldée par un nombre très faible de rires francs, quoiqu’un grand sourire presque permanent. En effet, comment en vouloir à Éric Judor de ne pas avoir épuisé jusqu’au fond le potentiel de son incursion dubitative dans le milieu des jeux de rôle grandeur nature ? Sa gaucherie de grand gamin maladroit, pris au piège dans le pendant existentiel d’un magasin de porcelaine, en guise de prétexte à un style d’humour lui aussi en panne de renouvellement montre certes de premiers signes de fatigue dans Le Roi du game. Mais en tant que divertissement dépourvu d’effets secondaires déplaisants, il permet de faire passer plutôt agréablement le temps.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici