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La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA

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La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA

Titre original : Harlan County USA
Réalisatrice : Barbara Kopple
Genre : Documentaire
Durée : 1h44
Pays : États-Unis (1976)
Date de sortie : 28 septembre 1977

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3,5 / 5

Il y a cinquante ans, Barbara Kopple avait fait sien par voie de son premier long-métrage le combat des mineurs américains pour le droit à la représentation syndicale. Au cours d’un demi-siècle, on aurait pu croire que les méfaits sociaux relayés dans ce documentaire hautement percutant, car sublimement sobre, aient pu être corrigés aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Or, même si l’exploitation éhontée de ce peuple souterrain n’est plus à l’ordre du jour dans la plupart des pays pour raison de transition énergétique, les schémas d’oppression démasqués sans le moindre pathos dans Harlan County USA sont bel et bien toujours d’actualité. Pire encore, le type de lutte à longue haleine entreprise vaillamment par les mineurs du Kentucky entre 1973 et ‘75 a laissé sa place de nos jours à de brefs spasmes de révolte contre l’ordre établi, aussitôt oublié dès que le rythme inlassable de l’attention médiatique sera passé à autre chose.

Nul besoin de disposer d’un don de voyance particulier pour prédire qu’en France, par exemple, il est fort probable que plus personne ne parlera des blocages lycéens d’ici le début de l’année prochaine … Et même si la réalisatrice est parfaitement consciente de l’effet néfaste de l’usure du temps, puisqu’elle y fait assez explicitement référence en laissant déborder son récit au-delà d’un élan de victoire nullement triomphaliste, le véritable propos de son film ne se situe guère à ce niveau-là. La dimension réellement révolutionnaire de ce documentaire d’exception, présenté au début du Festival de La Roche-sur-Yon dans le cadre d’un focus sur l’œuvre de Kopple, nous paraît être davantage sa capacité de dresser le plus réaliste des portraits des laissés-pour-compte du rêve américain.

Non seulement, les caméras des cinéastes – de documentaires ou de films de fiction, peu importe – ne s’aventurent-elles que très rarement du côté du mauvais côté des rails, comme on dit en anglais. De surcroît, cette descente aux enfers chez les exploités sans vergogne par un système social d’une injustice criante ne se prive jamais de l’une des deux faces de la même médaille moralement douteuse, soit l’apitoiement hypocrite sur leur sort, soit le dédain de classe.

Ici, Barbara Kopple emprunte avec une maîtrise d’ores et déjà bluffante une troisième voie : celle du constat social entièrement dépourvu de poncifs et de mise en perspective solennelle. Elle reste au plus près de ses héros – et surtout de ses héroïnes – au langage brut et absolument pas rompu à l’art oratoire. Qu’à cela ne tienne, la communauté de ces ouvriers de l’ombre et des femmes qui les soutiennent coûte que coûte n’en sort qu’amplement grandie.

La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA
© 1976 Cabin Creek Films / Janus Films Tous droits réservés

Synopsis : Au cours de l’été 1973, les ouvriers de la mine de charbon Brookside dans le comté Harlan se mettent en grève. Ils réclament de leur employeur, l’Eastover Coal Company, le droit d’adhérer au syndicat United Mine Workers of America, afin de pouvoir négocier de meilleures conditions de travail dans cette région extrêmement pauvre des États-Unis. C’est le début d’un long bras de fer entre la compagnie et les grévistes, qui sont vigoureusement soutenus par leurs épouses. La tension se cristallise notamment autour des points de piquet de grève à l’entrée de la mine, où les grévistes tentent d’empêcher leurs collègues non-grévistes de continuer à travailler.

La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA
© 1976 Cabin Creek Films / Janus Films Tous droits réservés

Curieusement, parmi les dizaines de films qui ressortent chaque mois au cinéma en France, on dénombre très peu de documentaires. Sans doute les distributeurs considèrent-ils que le public contemporain manque de repères et d’intérêt pour les problématiques d’antan, voire que les formes d’expression du genre évoluent à une telle vitesse que la manière d’aborder un sujet il y a vingt, trente ou quarante ans échouera avec certitude à l’épreuve du temps. Tout ceci en ayant bien sûr en tête qu’il n’y a pas de champs cinématographique avec un potentiel commercial moins dérisoire que le documentaire.

Pouvoir découvrir Harlan County USA en festival relève donc du miracle … et du privilège puisqu’aucune ressortie en bonne et due forme n’est pour l’instant prévue en France. Ce qui est fort dommage, puisque ce documentaire déborde de richesses en termes d’enseignements sur le passé à observer encore aujourd’hui avec peu de modifications, ainsi qu’un positionnement par rapport à son sujet d’une finesse remarquable dont bon nombre de réalisateurs et de réalisatrices de documentaires feraient bien de s’inspirer !

Pourtant, Barbara Kopple ne s’y focalise guère sur le microcosme des mineurs, en grève pendant des mois afin d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail qui doivent nous faire froid dans le dos. Nous qui sommes jusqu’à présent – mais pour combien de temps encore ? – protégés en France par un droit du travail certes perfectible, mais quand même truffé d’avantages sociaux gagnés au prix de féroces batailles syndicales. La réalisatrice ne recherche pas non plus ici la facilité de l’identification émotionnelle avec tel ou tel téméraire gréviste, susceptible de donner un visage symbolique à cette lutte collective. Malgré quelques personnes récurrentes, elle ne s’attarde ni sur le courage et la persévérance exemplaires des uns, ni sur les basses manœuvres violentes des autres.

De même, le cas de la mine Brookside a beau être encadré de rappels à la triste Histoire des mouvements sociaux outre-Atlantique, l’écrasement dans le sang de la contestation pendant les années 1930 en particulier, il n’est pas pour autant censé servir d’exemple glorieux à suivre.

La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA
© 1976 Cabin Creek Films / Janus Films Tous droits réservés

Non, la force incontestable de Harlan County USA consiste à ne jamais tenter d’influer sur les événements dans le but de les faire correspondre à un quelconque concept idéologique préconçu. Tout au moins, le ton très posé avec lequel Barbara Kopple nous conte ce chapitre de l’Histoire sociale américaine récente nous donne cette impression des plus appréciables. En effet, à peine quelques mois après la fin de cette grève visiblement médiatisée à intervalles irréguliers à l’époque, le choix d’une approche polémique aurait pu s’imposer d’office à la réalisatrice.

Heureusement et en premier lieu pour maintenir la dignité dépouillée de la communauté des grévistes, il n’en est strictement rien. Seul en ressort le constat, oh si véridique, que rien n’est jamais acquis. Et que c’est en quelque sorte le manichéisme outrancier entre les bons et valeureux représentants des syndicats et les capitalistes pourris, engrangeant des bénéfices record pendant que leurs employés croupissent dans la misère, qui a permis à ce système cynique de perdurer aussi longtemps.

Enfin, comme l’a si bien indiqué Marco Cipollini, le fidèle présentateur des séances au Festival de La Roche-sur-Yon, la musique joue un rôle extraordinaire dans ce documentaire qui ne l’est pas moins. Pas pour procéder à un chantage sentimental en règle, comme la majorité des documentaires ont la fâcheuse tendance à le faire. Mais pour chanter, une ballade folk à la fois, l’immense mélancolie d’un peuple qui n’a quasiment jamais voix au chapitre, ni de son autodétermination, ni de sa représentation sur grand écran. À tel point que ce sont peut-être ces moments volés de détresse, mise dans des paroles chantées avec autant de cœur que de timbre de voix chancelant, qui confèrent en fin de compte ses lettres de noblesse à ce documentaire qui mériterait d’être redécouvert dans un cadre plus large qu’une simple séance quasiment complète en début de festival.

La Roche-sur-Yon 2026 : Harlan County USA
© 1976 Cabin Creek Films / Janus Films Tous droits réservés

Conclusion

Ne jamais baisser les bras, quoiqu’il arrive. Ne jamais faire cavalier seul non plus, puisque l’union fait la force. Tels auraient pu être les enseignements à tirer de ce documentaire, le premier long-métrage de Barbara Kopple tout à fait remarquable. Pour notre plus grand bonheur, Harlan County USA ose aller sensiblement plus loin que ces seuls messages édifiants. En adoptant une distance incroyablement juste envers les différentes facettes de son sujet et en n’occultant par conséquent aucune de ses ramifications, la réalisatrice s’était imposée à travers lui d’emblée, au milieu des années 1970, comme l’une des voix essentielles du cinéma documentaire américain.

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