
Titre original : Une femme aujourd’hui
Réalisateur : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Serge Valletti, Laurette Polmanss
Casting principal : Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin
Genre : drame
Durée : 2h03
Pays : France, Italie (2026)
Distributeur : Diaphana Distribution
Date de sortie : 21 octobre 2026
Il y a 45 ans, un jeune réalisateur de 28 ans faisait son entrée sur la pointe des pieds dans le cinéma français avec Dernier été, son premier long métrage, réalisé en collaboration avec Frank Le Wita. Ce jeune réalisateur d’alors, c’est Robert Guédiguian. Il est marseillais, originaire du quartier de l’Estaque, un véritable village situé au nord de Marseille, célèbre dans le monde entier grâce aux nombreux peintres qui, un peu avant 1900, un peu après, y ont séjourné et ont exposé la beauté du site sur des toiles que s’arrachent les plus grands musées du monde. Dans Dernier été, il y a déjà l’Estaque qu’on retrouvera très souvent dans l’œuvre de Guédiguian, il y a déjà Ariane Ascaride, sa compagne, il y a déjà Gérard Meylan, un ami de jeunesse, une comédienne et un infirmier devenu comédien, qu’on retrouve dans Une femme aujourd’hui le 25ème film de Robert Guédiguian, devenu au fil des années un des plus grands réalisateurs du cinéma mondial.
Synopsis : Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Une jeune femme d’aujourd’hui
Ne donne-telle pas l’impression d’être conquérante cette jeune femme juchée sur sa trottinette électrique, casque audio sur les oreilles, et se dirigeant sur la Corniche vers son lieu de travail ? 5 minutes se sont à peine écoulées depuis le début du film et on sait déjà au moins trois choses sur cette Juliette : elle semble avoir un don pour soigner des petits bobos par simple imposition des mains, elle est gravement touchée par une importante dépendance au travail ce qui nuit considérablement à ses rapports avec ses parents qui se plaignent de ne pas la voir suffisamment. Des parents de condition modeste qui se sont saignés aux 4 veines pour qu’elle fasse des études, ce qu’ils n’avaient pas fait pour ses 2 frères, et, aujourd’hui, comme dit Juliette, « ils sont fiers de moi, mais ils me regardent comme un animal de foire » ou, comme dit Mr. Derval, son voisin, « Ils vous ont voulu forte et indépendante et ils vous reprochent un peu d’y être arrivée ». Forte, c’est l’impression qu’elle peut donner dans le cadre de son travail mais l’est elle vraiment en dehors ? Indépendante, c’est certain, elle qui habite seule une belle villa avec piscine dans le quartier d’Endoume et qui se refuse à engager une relation suivie avec un homme, au grand dam de Cathy, sa mère, impatiente de la voir passer la bague au doigt. Eh bien non, Juliette préfère des relations d’un soir avec des hommes trouvés sur les réseaux sociaux et qu’elle met fermement à la porte si ils tentent de s’incruster chez elle ! On en arrive à se demander si la seule issue possible à cette situation ne va pas être une coupure définitive des liens entre la transfuge de classe qu’est devenue Juliette et sa famille.
Sauf que la vie dans la réalité et les scénaristes au cinéma ont des ressources qui permettent de modifier ce qui paraissait immuable : d’un côté, Juliette va subir un viol de la part de Hervé, son chef et, en s’enfuyant, elle va venir encastrer sa voiture dans l’entrée d’un foyer pour très jeunes mères célibataires, de l’autre, Cathy, sa mère, va finir par lui faire part de ce que, elle-même, vient d’apprendre : sa mère biologique, née et élevée à Alger, n’était pas la femme qui l’a élevée mais la jeune bonne algérienne de la famille, mise enceinte par son père. Et, manifestement, Juliette ressemble beaucoup à cette jeune bonne, sa véritable grand-mère. Ces deux évènements qui l’ont secouée vont profondément modifier le comportement de Juliette qui, ne souhaitant plus jamais rencontrer Hervé, va quitter son travail lucratif pour aller poursuivre sa dépendance au travail dans le foyer pour jeunes mères célibataires, pour comme lui dit son amie Rebecca, « passer des affres du CAC 40 au bénévolat militant ». Quant aux hommes, Juliette, dorénavant, va s’en méfier, même si la gentillesse de Christian, le Directeur du foyer pour jeunes mères célibataires, ne la laisse pas indifférente.
Passionnant, sincère et de grande qualité
Dans Une femme aujourd’hui, Robert Guédiguian n’a pas craint d’affronter le défi consistant à aborder un grand nombre de thèmes dans un film dont la durée ne dépasse qu’à peine les 2 heures. Les premiers films de Guédiguian étaient passionnants et d’une grande sincérité mais on ne pouvait s’empêcher d’y voir des maladresses de débutant, que ce soit dans la façon de traiter les thèmes abordés, la mise en scène et la direction d’acteurs. Ce n’est pas lui faire injure, bien au contraire, que de dire que, depuis, il a appris le cinéma sur le tas, et qu’un film comme Une femme aujourd’hui est tout aussi passionnant que ceux de ses débuts, tout aussi sincère mais est en plus un exemple de cinéma de grande qualité, parfaitement mis en scène et parfaitement interprété. Et le défi qu’il a affronté, l’a-t-il surmonté, me direz vous ? Fort heureusement, la réponse est oui : sans que, jamais, cela soit fait de façon superficielle ou manichéenne, Guédiguian, toujours fidèle aux thèmes qui lui sont chers, raconte ce qu’est la dépendance au travail ; les problèmes que rencontrent les transfuges de classe avec leur famille ; les difficultés que, trop souvent, encore aujourd’hui, rencontrent les femmes victimes d’un viol quand elles viennent porter plainte, avec la mise en exergue des erreurs à ne surtout pas commettre si on veut avoir une chancre d’être crue, et si, comme c’est le cas pour Juliette, on veut éviter d’être accusée d’agression et de non assistance à personne en danger ; le poids négatif se traduisant par une forme de honte qui continue de peser sur les victimes de viol et qui aboutit à ce que ces victimes arrivent beaucoup moins à parler de ce qu’elles ont subi à leur entourage que leurs agresseurs ; l’impact délétère que continue d’avoir la guerre d’Algérie dans la société française d’aujourd’hui, avec, en particulier, le rôle que ce conflit a eu et a toujours sur le racisme anti arabe que connait beaucoup trop notre pays. La réponse est oui et le résultat n’est jamais plombant, Guédiguian se permettant même de nous émouvoir avec quelques scènes qu’on dirait tirées d’une telenova brésilienne ou de nous transporter, le temps d’une courte scène, dans un film de zombies lorsque de jeunes mères célibataires du foyer viennent à la rencontre de Juliette après son accident.
Une très grande actrice arrive dans le cinéma français
Toutes celles et tous ceux qui fréquentent régulièrement le cinéma de Robert Guédiguian savent très bien qu’il a pris l’habitude de travailler, un peu comme au théâtre, avec ce qu’on peut appeler une troupe, des comédiennes et des comédiens qu’il connait par cœur et dont il sait qu’il peut leur laisser beaucoup de liberté. C’est ainsi que dans Une femme aujourd’hui, on retrouve Ariane Ascaride qui interprète le rôle de Cathy, la mère de Juliette, Gérard Meylan, dans le rôle d’Alex, le père de Juliette, Jean-Pierre Darroussin, qui incarne Mr. Derval, le voisin un peu voyeur, à la fois si sympathique et si raciste, Grégoire Leprince-Ringuet, qui joue Christian, Robinson Stévenin, un des frères de Juliette, Lola Naymark, l’interprète de Rebecca, la collègue et meilleure amie de Juliette. On retrouve aussi, pour la deuxième fois dans un film de Guédiguian, Marilou Aussilloux, celle qui interprète le rôle principal du film, celui de Juliette. Elle était apparue pour la première fois dans La pie voleuse, le film précédent de Guédiguian, et, déjà, elle avait fait forte impression. Pour qualifier la sensation qu’elle laisse dans Une femme aujourd’hui, l’expression « forte impression » est insuffisante ! Il est plus juste de de dire qu’elle est prodigieuse dans toutes les facettes de jeu qu’elle a à développer. De toute évidence, une très grande actrice arrive dans le cinéma français. Autre actrice importante de Une femme aujourd’hui : comme c’est souvent le cas chez Guédiguian, la ville de Marseille. Il suffit d’imaginer l’énorme jalousie que vont ressentir toutes celles et tous ceux qui travaillent dans des bureaux parisiens lorsqu’ils découvriront ce que Juliette peut voir depuis son bureau situé au 23ème étage d’un grand bâtiment de Marseille, dans le quartier d’affaires Euroméditerranée : d’un côté le port et la mer, de l’autre, la ville de Marseille dominée par Notre-Dame de la Garde. Quant à la musique qui accompagne le film, on la doit à Michel Petrossian : elle est présente mais jamais envahissante, elle a une beauté méditerranéenne tout en présentant, vers la fin du film, un parfum arménien avec utilisation d’un duduk, l’instrument emblématique de ce pays.
Conclusion
On ne prête qu’aux riches et, des derniers films de Robert Guédiguian, on avait tendance à dire que, comparés à Marius et Jeannette ou à Les neiges du Kilimandjaro, ils n’étaient que moyens. En rajoutant toutefois qu’un film seulement moyen de Robert Guédiguian a toujours plus d’intérêt que la plupart des autres films qui sortent au même moment ! Et puis voilà qu’arrive Une femme aujourd’hui et là, à la vision de ce film qui est peut-être le meilleur qu’il ait jamais réalisé, on s’impatiente déjà de découvrir ce que ce réalisateur de 73 ans va nous proposer dans le futur !


















