
Titre original : Heimsuchung
Réalisateur : Volker Schlöndorff
Scénario : Volker Schlöndorff, d’après le roman de Jenny Erpenbeck
Casting principal : Martina Gedeck, Lars Eidinger, Susanne Wolff et Michael Maertens
Genre : Drame
Durée : 2h01
Pays : Allemagne (2026)
Distributeur : Studiocanal
Date de sortie : 24 mars 2027
Âgé actuellement de 87 ans dont soixante en tant que réalisateur de premier plan du cinéma allemand et parfois international, Volker Schlöndorff est le genre de cinéaste qui arrive encore à nous surprendre soit en bien, soit en mal. Ainsi, sa dernière réussite majeure ne remonte pas à si longtemps. C’était le huis clos intense que se livraient André Dussollier et Niels Arestrup dans Diplomatie en 2014. Son dernier film, présenté d’abord au Festival de Cannes puis au Festival de La Roche-sur-Yon, est hélas à classer parmi les déceptions dans sa longue filmographie en dents de scie. Conçu comme une chronique de l’Histoire allemande du siècle dernier sous le prisme d’un terrain idyllique au bord d’un lac, Le Bois de Klara peine sérieusement à susciter chez nous la moindre émotion sincère.
Il pâtit certes du problème inhérent à tous ces films qui considèrent qu’un objet ou un endroit constitue un base narrative susceptible de donner du sens. À ce titre, le vingt-neuvième long-métrage de Schlöndorff crée à peu près autant d’excitation que La Rolls-Royce jaune de Anthony Asquith il y a une éternité, au milieu des années 1960. Mais ses limitations vont hélas plus loin, puisque ce lieu de passage ne réussit à aucun moment d’être davantage qu’un support purement illustratif. Certains de ses habitants ont beau y tenir à travers un lien émotionnel fort, la structure épisodique du récit ne fait guère plus de leur attachement personnel qu’une saga à la tonalité superficielle.
Le tout relié très vaguement à travers la présence aussi stoïque que passive du jardinier – un personnage investi par ailleurs d’une longévité carrément fantastique –, une voix off chargée de tous les reproches que l’on fait d’habitude à ce dispositif dramatique et une musique tout aussi invasive et pathétique.

Synopsis : Au début, c’est Klara, la fille d’un fermier allemand, qui aurait dû hériter du terrain boisé au bord d’un lac près de Berlin. Le destin et plus spécifiquement la répression paternelle des amours de jeunesse en ont décidé autrement. Le terrain est donc coupé en deux et vendu à un architecte et à un marchand de textile juif. Tandis que le premier construit sur sa partie une belle demeure dans le style Bauhaus pour y vivre en permanence, le deuxième se contente d’une cabane pour y passer avec sa famille l’été. Les grands bouleversements de l’Histoire allemande opéreront une succession d’habitants dans ce lieu comme hors du temps, quoique pas non plus préservé de la guerre et des changements radicaux de régime politique.

Les gens arrivent et ils s’en vont, mais rien ne se passe
Permettez-nous d’avoir emprunté ce titre en guise de citation à Grand Hôtel de Edmund Goulding et le personnage de Lewis Stone qui avait bien compris dès 1932 le principe d’immuabilité d’un hôtel et ses clients innombrables qui y passent sans laisser de trace. C’est un peu le même concept dans Le Bois de Klara. Sauf que Volker Schlöndorff cherche à tout prix à créer des résonances entre les trois périodes principales de son intrigue, là où un regard plus approfondi sur ce qui les sépare aurait pu être plus pertinent. On y écrit donc des lettres lourdes de sens qui ratent parfois leur destinataire, mais qui – l’obligation de la boucle à boucler l’emporte toujours – finissent par trouver une lectrice sensible à ce qu’elles expriment. Et on s’y fait brosser ses longs cheveux de fillette avec plus ou moins de délicatesse et selon un rituel social plus ou moins établi.
Le souci plutôt majeur, c’est que ces répétitions de motifs ne s’inscrivent ni dans un souffle épique en mesure de faire coïncider les sursauts de la grande Histoire avec ceux du vécu intime, ni dans une forme dramatique plus resserrée qui permettrait justement de mettre en avant ce dernier. Par conséquent, les deux heures ressenties comme assez longues que dure le film se déroulent dans le même calme plat qui caractérise la surface du lac. Une monotonie préjudiciable qui ne fait pas plus état de la dimension mortuaire de l’eau – interrompue uniquement par l’une des rares séquences à peu près poétiques du film, lorsque la femme de l’architecte interprétée par Susanne Wolff s’élance dans une traversée à la nage … elle aussi dépourvue d’une conclusion satisfaisante – que de la complexité des liens entre les personnages.

Fenêtre sur lac
En effet, rien dans Le Blois de Klara ne nous permet de nous rapprocher réellement des habitants de ces deux parcelles de terrain à l’histoire mouvementée. Cela va bien sûr de soi dans le cadre d’un récit où le héros pour ainsi dire est une baraque luxueuse, réservée aux représentants les plus fortunés de leurs époques respectives. Mais notre frustration a également d’autres sources. À commencer par la structure fort morcelée du scénario, qui préfère ne pas s’attarder sur des événements singuliers, au profit d’une gestion du temps filmique tristement approximative. Tellement approximative en fait que nous recevons les indications sur les années qui passent, les jeunes qui grandissent et les vieux qui s’effacent dans la plus grande indifférence.
Pourtant, il y aurait eu de quoi faire en matière de personnages globalement antipathiques, mais en même temps porteurs d’une vision existentielle propre à la décennie pendant laquelle ils occupaient le petit paradis au bord du lac. Cela vaut pour l’architecte à qui Lars Eidinger ne parvient pas à conférer le même calcul froid qui avait rendu son personnage dans La Partition de Matthias Glasner si diaboliquement glacial. Ainsi que pour Ulrich Matthes en vieux patriarche d’une famille juive dont le caractère crépusculaire, voire altruiste aurait mérité que la narration s’y attarde un peu plus. Quant aux rôles féminins, ils manquent soit de saveur dans le cas de l’écrivaine que Martina Gedeck joue avec trop de retenue, soit d’un visage clairement identifiable dans celui de sa petite fille, jouée par quatre comédiennes différentes, qui porte en plus la charge d’une voix off aussi convenue et faussement détachée que le film dans son ensemble.

Conclusion
Alors que le concept d’un lieu en tant que gardien de mémoire nous intrigue a priori, ce que Volker Schlöndorff en a fait manque clairement de nous enthousiasmer ! Et même si nous avons pu réévaluer à la hausse notre niveau d’appréciation de son film le plus connu, Le Tambour dont l’acteur principal David Bennent fait ici une apparition anecdotique en soldat allemand en pleine déroute à l’approche de l’armée soviétique, il nous paraît très peu probable que Le Bois de Klara jouisse un jour lointain de la même bienveillance de notre part. Pour cela, il s’agit d’un film bien trop tortueux et mou, qui laisse passer l’occasion d’allier sans prétention les étapes importantes de l’Histoire de nos voisins d’outre-Rhin à des biographies personnelles passées plus ou moins entre les gouttes de ce passé collectif pesant.















