In Limbo
France, Canada, Irlande, Espagne, États-Unis, Royaume-Uni : 2015
Titre original : –
Réalisateur : Antoine Viviani
Scénario : Antoine Viviani, Jérémy André, Alain Damasio
Interprètes : Nancy Huston, Gordon Bell, Brewster Kahle, Raymond Kurzweil
Éditeur : Potemkine Films
Durée : 1h28
Genre : Documentaire
Date de sortie DVD/BR : 6 octobre 2026
Synopsis : La voix d’un esprit mystérieux, interprétée par Nancy Huston, se réveille dans les méandres des centres de données de notre réseau mondial. C’est comme s’il ne restait plus sur terre que cette immense machine, sans cesse en train d’enregistrer nos souvenirs. En plongeant dans sa mémoire, elle nous emmène à la rencontre de personnages fantomatiques tels que les pères fondateurs d’Internet, les dirigeants de Google ou encore des archivistes numériques et observe le monde de nos souvenirs, fascinée. Que sommes-nous en train de construire avec ce monde de mémoire numérique ? S’agit-il d’une nouvelle cathédrale, fondement d’une nouvelle civilisation, ou bien du plus grand cimetière de notre histoire ? « Dans les limbes » est un conte philosophique qui parcourt Internet comme s’il s’agissait de notre au-delà…
Le film
[4/5]
In Limbo, dans les limbes. Dès le début du film, nous sont données les 3 significations que peut revêtir cette expression :
1. LIT : entre deux univers, ni le paradis, ni l’enfer
2. FIG : abandonné, oublié, en attente
3. Informatique : données effacées d’un système mais pas du stockage.
Au départ, In Limbo a été, en 2015, une expérience interactive en ligne écrite et réalisée par Antoine Viviani en collaboration avec l’écrivain de science fiction Alain Damasio et produite par Arte. Cette expérience permettait aux internautes de se connecter au film et de voir leurs données personnelles intégrées au montage du film. Aujourd’hui, disponible en BR et en DVD, In Limbo est un film documentaire, poétique et philosophique, sur la mémoire. Ou plutôt, un film sur LES mémoires : la mémoire des évènements du passé que possèdent les êtres vivants et, ici, plus particulièrement, les êtres humains et la mémoire numérique, une mémoire qui, depuis quelques années, double en quantité de données tous les 3 ou 4 ans, une très grande proportion de ces données étant d’ailleurs temporaires ou dupliquées. Dans ce film, on rencontre une voix, celle de l’écrivaine franco-canadienne Nancy Huston, qui nous fait cheminer dans le monde d’internet, un monde qu’on peut, à la fois, qualifier de paradis et d’enfer. Paradis ? Imaginez que, d’un seul coup, le robinet internet soit fermé. Vous en pensez quoi ? Quelle absence sera pour vous la plus difficile à supporter ? Les mails ? Les réseaux sociaux ? Wikipédia ? Les jeux en ligne ? L’utilisation des clouds ? La musique en streaming ? Les films en VOD ? les Replays télévisuels ? Les podcasts radiophoniques ? etc. ? Enfer ? Une part de plus en plus importante de l’énergie mondiale est consommée par internet et l’IA, un des rejetons d’internet, représente une figure diabolique pour un nombre croissant de personnes.
En fait, peu de films arrivent à pousser autant à la réflexion que In Limbo et ce, qu’on ait 20 ans, et donc qu’on n’ait jamais vécu sans la présence d’internet, ou 80 ans, et donc qu’on ait vécu la plus grande partie de sa vie sans internet. Une réflexion qui peut être triviale, comme le fait de commencer à s’interroger sur le nombre de photos qu’on prend de façon presque compulsive et que, très souvent, on ne regardera presque jamais par la suite, ou une réflexion très philosophique sur la finitude et sur ce qui restera de nous après notre décès. Des penseurs, on en rencontre un certain nombre dans In Limbo, des penseurs, ou, plutôt, des ingénieurs dont la pensée, très visionnaire, se révèle souvent soit infantile, soit terrifiante, et, parfois, les deux simultanément. On pense particulièrement à Gordon Bell, à Brewster Kahle et, surtout, à Ray Kurzweil, un spécialiste de l’IA, une figure emblématique du transhumanisme. On mettra à part Paul Miller, un journaliste américain, qui a été payé pour vivre un an sans internet. Dommage que le film ne consacre pas davantage de temps au récit de cette expérience ! La plupart du temps, ces protagonistes qui semblent dialoguer entre eux nous apparaissent sous forme d’images de synthèse construites à partir d’images provenant d’une caméra conventionnelle et d’images provenant d’une caméra volumétrique Kinect utilisant les infrarouges. A l’écoute de ces conversations, on a l’impression qu’on est en face d’une nouvelle religion, avec une morale en provenance d’internet, avec un Dieu qui serait une sorte de cerveau planétaire apte à diriger le monde et des disciples subjugués par le fait de pouvoir commander, depuis leur cerveau, à des milliers de kilomètres de distance, les gestes d’une main artificielle et recevoir en retour des informations sur le ressenti de cette main ; des disciples prêts à construire une nouvelle incarnation d’un être vivant à partir de toutes les informations numériques réunies à son sujet. Le futur qu’ils envisagent pourra sembler très exaltant à certains et particulièrement déprimant à d’autres, en particulier celles et ceux qui sont conscient(e)s que les ressources que peut fournir la terre ne sont pas infinies ; celles et ceux, aussi, qui ont la nostalgie du seul appel à la mémoire organique des êtres humains, avec ses faiblesses, bien sûr, mais aussi sa force qui consiste à trier, à ne garder que ce qui, bon ou mauvais, est vraiment essentiel. Lorsqu’on termine la vision de In Limbo, on se sent presque obligé de faire une suggestion à Antoine Viviani et à Alain Damasio : qu’ils se lancent dans ce qui peut apparaitre comme étant la suite logique à In Limbo : la réalisation d’un documentaire sur l’intelligence artificielle !
Le BR
[4/5]
On saura gré à Potemkine Films d’avoir édité ce film en Blu-ray, disponible dans un boîtier Blu-ray Scanavo Full-Frame avec fourreau, simultanément avec la sortie en DVD, ce qui consolera un peu les spectateurs de ne jamais avoir eu la possibilité de voir ce film en salle. Aucun reproche à faire concernant l’image et le son. Un son disponible en 5.1 et en stéréo.
Le film est accompagné de 4 suppléments. 3 sont plutôt anecdotiques car insuffisamment développés : un court entretien de 3 minutes avec Alain Damasio, intitulé « Data, déchets, mnémose » ; un autre, de 3 minutes également, avec le neuroscientifique américain David Eagleman, intitulé « David Eagleman et le death switch » ; un 3ème, enfin, de 4 minutes avec l’historien des sciences américain George Dyson, intitulé « le pacte entre le diable, l’ordinateur et la bombe H ». Beaucoup plus intéressante est la discussion de 48 minutes entre Alain Damassio et Antoine Viviani qui vient parfaitement compléter le film.















