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Critique : Rose

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Affiche Rose

Titre original : Rose
Réalisateur et scénariste : Markus Schleinzer (également coscénariste, avec Alexander Brom)
Producteur : Johannes Schubert, Karsten Stöter, Philipp Worm, Tobias Walker
Casting principal : Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt, Robert Gwisdek
Genre : Drame, Historique
Durée : 1h34
Pays : Autriche, Allemagne
Distributeur : KMBO
Date de sortie : 9 septembre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★4 / 5

Synopsis

Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Mais lorsque les villageois commencent à douter de sa véritable identité, tout bascule.

Notre avis

Il aura fallu quinze ans à Markus Schleinzer pour donner une suite à Michael, son premier long métrage remarqué à Cannes en 2011. Avec Rose, le cinéaste autrichien change d’époque et de registre, mais garde son goût pour les récits qui creusent, sous une apparente sobriété, les mécanismes de la domination et du secret.

Rose : photo du film
Sandra Hüller incarne Rose, dans un village allemand du XVIIe siècle. Copyright KMBO / The Match Factory.

Le point de départ du film est une anecdote vraie, racontée à Schleinzer par une historienne : celle d’une femme exécutée à Halberstadt au XVIIe siècle pour s’être fait passer pour un homme, condamnée pour un crime qui recouvrait alors aussi bien la sodomie que la bestialité. De ce fait divers oublié, le film tire le portrait d’un soldat balafré et taiseux, revenu de la guerre de Trente Ans, qui s’installe dans un village isolé et s’y rend indispensable à force de travail et de discrétion — jusqu’à ce que le doute s’installe.

Rose : photo du film
Un village allemand replié sur lui-même, décor principal de Rose. Copyright KMBO / The Match Factory.

Sandra Hüller, révélée internationalement par Anatomie d’une chute puis La Zone d’intérêt, trouve ici un rôle à sa mesure : tout en contention, en regards et en silences, loin de tout effet démonstratif. Sa prestation, remarquée lors de la première mondiale du film à la Berlinale 2026 où elle lui a valu l’Ours d’argent de la meilleure interprétation, porte l’essentiel de la tension du film — celle d’un personnage qui doit sans cesse composer avec ce qu’il tait.

Rose : photo du film
Caro Braun et Sandra Hüller dans Rose. Copyright KMBO / The Match Factory.

Formellement, Schleinzer opte pour un noir et blanc âpre, qui accentue la dureté du quotidien villageois et la précarité de la place que Rose s’y est taillée. Le mélange assumé d’acteurs confirmés et de villageois non professionnels renforce cette impression de communauté refermée sur elle-même, où la moindre rumeur peut faire basculer un destin. Le film prend son temps — parfois trop, la faute à quelques longueurs dans son dernier tiers — mais ne perd jamais de vue la question qui le traverse : celle du prix à payer pour échapper, même provisoirement, à ce qu’une société impose comme identité.

Rose : photo du film
Robert Gwisdek dans le rôle du juge, dans Rose. Copyright KMBO / The Match Factory.

Verdict et recommandation

Sans jamais forcer le trait ni céder à la reconstitution en costumes convenue, Rose impose son atmosphère et la performance habitée de Sandra Hüller, couronnée d’un Ours d’argent mérité à Berlin. Un drame historique exigeant, porté par une mise en scène précise, qui parle sans détour d’intolérance et de liberté confisquée — et qui confirme, après Michael, la singularité du regard de Markus Schleinzer.

Rose : photo du film
Rose, de Markus Schleinzer, actuellement au cinéma. Copyright KMBO / The Match Factory.

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