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Test Blu-ray : Le Baiser mortel du Dragon

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Le Baiser mortel du Dragon

États-Unis, France : 2001
Titre original : Kiss of the Dragon
Réalisation : Chris Nahon
Scénario : Luc Besson, Robert Mark Kamen
Acteurs : Jet Li, Bridget Fonda, Tchéky Karyo
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h38
Genre : Action, Thriller
Date de sortie cinéma : 1 août 2001
Date de sortie DVD/BR : 6 juin 2026

Un agent venu de Hong Kong est envoyé à Paris pour confondre un haut dignitaire chinois corrompu. Mais l’opération dérape et la cible est assassinée. Désormais accusé, traqué dans une ville qu’il ne connaît pas, il doit fuir et comprendre qui l’a piégé. Sur sa route, une jeune femme aussi énigmatique que déterminée l’aide à faire éclater la vérité. Ensemble, ils n’ont qu’un objectif : déjouer le complot et laver son nom…

Le film

[3,5/5]

Au début des années 2000, le cinéma d’action européen s’est trouvé un drôle de moteur : Luc Besson. À travers EuropaCorp, le réalisateur / producteur a mis en place une véritable usine à films de genre, capable d’alimenter les salles à un rythme presque industriel. D’une certaine façon, la démarche rappelait celle des producteurs italiens des années 60 et 70 : s’inspirer des succès du moment, les adapter aux attentes du grand public, y injecter un savoir-faire technique indéniable et livrer des œuvres conçues avant tout pour divertir. Là où les Italiens recyclaient le western, le péplum ou le polar américain, Besson puisait quant à lui dans le cinéma hongkongais, les buddy movies et les blockbusters américains. Le résultat n’avait pas toujours l’ambition de révolutionner le septième art, mais possédait souvent cette efficacité un peu insolente qui fait passer bien des maladresses au second plan. Le Baiser mortel du dragon constitue l’un des exemples les plus représentatifs de cette mécanique parfaitement huilée.

Le scénario du Baiser mortel du dragon ressemble à ces notices Ikea qui vous proposent de monter une cuisine avec des indications tenant sur une seule feuille A4 : quelques flèches, deux ou trois vis, un résultat parfaitement prévisible, mais impossible de prétendre qu’on s’est perdu en route. Un policier chinois débarque à Paris pour une mission diplomatique, se retrouve piégé par un commissaire français plus ripou qu’une benne à ordures, protège une témoin encombrante et distribue des corrections avec la précision d’un horloger suisse. À peu près tout est attendu… mais tout est exécuté avec un sens du tempo qui ferait presque passer la simplicité pour une qualité morale. Rien de très neuf sous le soleil donc : vengeance, complot, innocents à protéger, affrontement final… Le film ne cherche pas à surprendre, mais il faut lui reconnaître une qualité devenue presque rare : il ne perd pas une seconde. En moins de cent minutes, Chris Nahon enchaîne les séquences avec une efficacité de métronome, sans digressions inutiles ni graisse narrative. Ce sens du rythme constitue probablement la plus grande force du long-métrage.

Il faut dire que Le Baiser mortel du dragon bénéficie d’un atout de taille en la personne de Jet Li. Déjà immense vedette en Asie, l’acteur trouvait ici l’un de ses meilleurs rôles occidentaux. Contrairement à bien des productions américaines de l’époque, qui cherchaient à masquer ou à découper les combats jusqu’à les rendre illisibles, le film de Chris Nahon laisse respirer sa star. Les affrontements privilégient la lisibilité, les plans relativement longs et une brutalité sèche qui rappelle davantage les polars de Hong Kong que les démonstrations acrobatiques popularisées par Jackie Chan. Jet Li ne cabotine jamais ; son personnage avance avec une sobriété presque monacale, laissant parler ses gestes plutôt que ses dialogues. Là où beaucoup de stars martiales cherchent à attirer le regard, il fait exactement l’inverse : économie de gestes, visage impassible, déplacements presque silencieux… jusqu’au moment où il plie le bras d’un adversaire dans le mauvais sens, ou lui fait découvrir les propriétés thérapeutiques d’une aiguille d’acupuncture plantée dans le larynx. Cette retenue donne paradoxalement davantage de poids à chacune de ses explosions de violence, et son jeu possède quelque chose d’ascétique qui contraste délicieusement avec le cabotinage permanent de son adversaire.

Car face à lui, Tchéky Karyo s’amuse vraiment comme un petit fou. Son commissaire Richard déborde de vulgarité, de cruauté et de mauvaise foi, au point de devenir une véritable attraction à lui tout seul. L’acteur compose un méchant délicieusement excessif, constamment au bord de l’implosion, qui semble sortir d’un polar italien des années 70 autant que d’une bande dessinée de Frank Miller. Son énergie contribue largement à maintenir le film sous tension, même lorsque le scénario emprunte les raccourcis les plus grossiers. Son commissaire Richard éructe, menace, ricane, cogne et insulte avec un enthousiasme presque enfantin. Il est tellement dans l’abus permanent qu’il finit par devenir crédible à sa manière, à la façon de ces personnages de polars italiens des années 70 qui semblaient toujours au bord de l’explosion. Cela dit, c’est peut-être également dans ce traitement des personnages très orienté BD que le fameux « système Besson » montre aussi ses limites. Comme souvent dans les productions EuropaCorp de cette période, les personnages du Baiser mortel du dragon existent essentiellement pour remplir une fonction. Les dialogues vont droit au but, les situations sont réduites à leur plus simple expression et la psychologie demeure un luxe dont le film se passe volontiers. Ce minimalisme peut séduire lorsqu’il sert le rythme, mais il finit aussi par donner au récit une dimension presque jetable : une fois le générique terminé, peu de scènes continuent réellement à hanter la mémoire.

Pour autant, la mise en scène de Chris Nahon mérite davantage de considération qu’elle n’en a reçu à l’époque de la sortie du film. Sans chercher les effets de manche, le réalisateur nous donne à voir un Paris étonnamment froid, presque hostile, où les hôtels miteux, les couloirs de commissariat et les rues nocturnes composent un décor urbain poisseux qui tranche avec la carte postale touristique habituellement vendue aux productions internationales. Cette sécheresse visuelle accompagne plutôt bien le récit et participe à l’impression d’urgence permanente dans laquelle baigne Le Baiser mortel du dragon. Là où le film a clairement pris quelques rides en revanche, c’est dans son regard sur les femmes. À force de vouloir aller vite, le scénario les traite comme des accessoires narratifs : des victimes, des putes, des faire-valoir ou des récompenses émotionnelles. Bridget Fonda fait ce qu’elle peut pour insuffler un peu d’épaisseur à Jessica, mais le personnage reste prisonnier d’une écriture qui ne lui laisse jamais vraiment l’occasion d’exister autrement. Quant à la fameuse scène où elle pisse devant Jet Li, elle résume presque à elle seule les limites de l’entreprise. Le cinéma n’a évidemment jamais eu peur des gestes triviaux — le cinéma, de Paul Verhoeven à d’autres cinéastes fascinés par un certain naturalisme, a depuis longtemps démontré qu’un geste trivial pouvait devenir un véritable outil de mise en scène — mais encore faut-il qu’ils racontent quelque chose. Ici, la séquence donne surtout l’impression d’avoir été écrite pour arracher un sourire gêné ou provoquer une petite provocation potache. Vingt-cinq ans plus tard, ce n’est pas tant la scène qui choque que son absence totale de point de vue.

Pour autant, réduire Le Baiser mortel du dragon à cette faiblesse serait passer à côté de ce qui fait encore son charme. Le film assume pleinement sa nature de série B musclée. Il ne prétend jamais être plus intelligent qu’il ne l’est, ni révolutionner le cinéma d’action. En revanche, il applique sa recette avec un professionnalisme presque désarmant : un héros charismatique, un méchant mémorable, des combats lisibles, un rythme infernal et une durée idéale. Cette modestie constitue peut-être sa plus grande qualité. Avec le recul, le film de Chris Nahon apparaît comme un précieux témoin d’une époque où EuropaCorp occupait, en Europe, une place comparable à celle qu’avaient tenue les grands artisans italiens du cinéma populaire trente ans plus tôt. Des films fabriqués rapidement, parfois avec une certaine désinvolture, nourris d’influences venues des quatre coins du monde, rarement profonds mais souvent terriblement efficaces, même si tous n’ont pas traversé les décennies avec la même élégance. Aujourd’hui, les grosses cylindrées d’EuropaCorp se sont tues, remplacées par les franchises à super-héros puis par les plateformes de streaming. Pourtant, Le Baiser mortel du dragon conserve un parfum que beaucoup de productions actuelles ont perdu : celui d’un film qui ne cherche jamais à devenir une franchise, un univers étendu ou une marque déposée. Il veut simplement raconter une histoire, casser quelques nez au passage et quitter la scène avant que le spectateur ne regarde sa montre. C’est peu. Et c’est beaucoup à la fois.

Le Blu-ray

[4/5]

En attendant d’hypothétiques sorties 4K de Taken et de Banlieue 13 (les meilleurs films produits par EuropaCorp !), ESC Films poursuit son travail d’exhumation du patrimoine du cinéma populaire des années 2000 avec cette Édition Collector Limitée célébrant les vingt-cinq ans du Baiser mortel du dragon. Présenté dans un Digipack élégant, sobre sans être austère, l’objet s’intègre parfaitement à la collection de l’éditeur et donne immédiatement le sentiment que le film de Chris Nahon bénéficie enfin du traitement patrimonial qu’il méritait. Même si quelques collectionneurs auraient sans doute rêvé d’un packaging plus luxueux ou d’une édition Katka, l’ensemble reste particulièrement séduisant et met joliment en valeur ce classique de l’action du début des années 2000.

Pour son arrivée en Haute-Définition, Le Baiser mortel du dragon bénéficie d’une présentation globalement très satisfaisante. Le piqué se montre convaincant sur la majeure partie du métrage, les textures gagnent nettement en lisibilité par rapport aux anciennes éditions DVD et la photographie volontairement froide imaginée par Thierry Arbogast retrouve une belle profondeur, notamment dans les nombreuses scènes nocturnes. Bien sûr, le matériau d’origine accuse parfois son âge : certains plans apparaissent légèrement plus doux, quelques variations de définition subsistent et le grain argentique rappelle régulièrement que le film appartient encore à une époque où le numérique n’avait pas totalement uniformisé les images. Rien de vraiment gênant cependant ; bien au contraire, cette présentation conserve une texture très cinématographique et respecte l’identité visuelle du long-métrage sans chercher à la lisser artificiellement. Côté audio, ESC Films propose la VF et la VO dans d’excellents mixages DTS-HD Master Audio 5.1. Les deux pistes offrent une spatialisation généreuse, particulièrement efficace durant les fusillades, les poursuites et les impressionnantes scènes de combat orchestrées par Cory Yuen. Les effets surround restent précis sans jamais sombrer dans la démonstration gratuite, tandis que les basses accompagnent efficacement les impacts les plus violents. La partition de Craig Armstrong profite également d’une belle ampleur, mettant parfaitement en valeur ses envolées orchestrales mélancoliques. La version originale permet naturellement de retrouver les voix des interprètes, tandis que la version française, particulièrement réussie et familière pour toute une génération de spectateurs, demeure tout aussi agréable à écouter. Deux propositions solides, qui permettent de profiter pleinement du film selon les préférences de chacun.

L’abondance des suppléments constitue sans conteste l’un des principaux arguments de cette édition. La plupart d’entre eux proviennent de la célèbre Édition Collector DVD sortie en 2002, mais leur présence conserve aujourd’hui un intérêt presque inattendu. À l’époque, ces modules relevaient essentiellement de la communication promotionnelle : tout le monde se félicite, les difficultés du tournage sont soigneusement gommées et EuropaCorp affiche sa confiance avec un enthousiasme presque contagieux. Vingt-cinq ans plus tard, le regard change complètement. Ces documents sont devenus de véritables archives, témoins d’un moment très particulier où le studio de Luc Besson ambitionnait de construire un véritable Hollywood européen, en multipliant les productions d’action à destination du marché international. La véritable nouveauté provient des deux suppléments inédits : un entretien rétrospectif avec Chris Nahon (17 minutes) et une poignée de scènes commentées par le réalisateur (7 minutes). À eux seuls, ils justifient largement cette nouvelle édition. Libéré des impératifs promotionnels de l’époque, le réalisateur revient avec beaucoup de recul sur la genèse du projet, son travail avec Jet Li, les contraintes de production ainsi que ses choix de mise en scène. Son discours se révèle posé, précis et suffisamment honnête pour compléter idéalement les documents d’archives. Les scènes commentées prolongent d’ailleurs cette approche, en permettant de mieux comprendre certains partis pris visuels ou narratifs qui passaient autrefois presque inaperçus.

Les autres bonus sont connus depuis plus de vingt ans : on commencera avec le making of consacré aux scènes d’action (14 minutes), qui demeure sans doute le document le plus spectaculaire. Certes, il souffre toujours d’un commentaire assez convenu, où chacun souligne le professionnalisme de ses partenaires sans réellement entrer dans les coulisses de la fabrication. Mais les nombreuses images de tournage compensent largement cette réserve et permettent d’apprécier l’engagement physique de Jet Li, ainsi que le soin apporté à des combats reposant très peu sur les câbles ou les artifices numériques. Dans la même veine, le module consacré aux chorégraphies de combats (7 minutes) développe davantage la philosophie de Cory Yuen et rappelle la volonté de conserver une approche réaliste et lisible de l’action, loin des chorégraphies volontairement extravagantes qui dominaient alors une partie du cinéma hongkongais. Le making of de la bande originale (12 minutes) fait figure de belle surprise. Craig Armstrong y évoque son travail avec beaucoup de simplicité, tandis que les séances d’enregistrement offrent surtout l’occasion d’écouter une partition souvent sous-estimée. Mélancolique, élégante et parfois presque tragique, cette musique apporte une profondeur émotionnelle inattendue à un film que l’on réduit trop souvent à ses seuls affrontements martiaux.

Une grosse poignée de modules plus courts complètent intelligemment l’ensemble. Les entretiens réalisés au Festival de Cannes 2001 constituent un intéressant instantané promotionnel, révélateur de l’ambiance qui entourait alors la sortie du film. Les images de l’avant-première parisienne (3 minutes) possèdent aujourd’hui une véritable valeur documentaire. La comparaison film/storyboard (2 minutes) illustre efficacement le passage du dessin à l’écran, tandis que le combat sur la Seine en multi-angle (1 minute) permet d’observer le travail de Cory Yuen sous plusieurs points de vue, même si l’exercice reste malheureusement un peu trop bref. Enfin, le module consacré aux effets spéciaux de la scène de la boule de billard (4 minutes) demeure probablement l’un des suppléments les plus passionnants de cette sélection : concret, pédagogique et technique, il explique avec précision la fabrication d’une séquence devenue emblématique du film. La bande-annonce vient naturellement refermer cette généreuse section. Au final, cette édition ESC Films réussit un équilibre particulièrement appréciable entre mémoire et redécouverte. Les archives de 2001 témoignent d’une époque où les making of tenaient davantage du dossier de presse filmé que de l’analyse critique, tandis que les nouveaux entretiens apportent enfin le recul qui faisait défaut aux anciens suppléments. Une manière élégante de célébrer les vingt-cinq ans du film, tout en rappelant que le patrimoine du cinéma populaire mérite, lui aussi, d’être documenté avec le plus grand sérieux.

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