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Critique Express : Notre histoire – Chroniques du Caire

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Notre histoire – Chroniques du Caire

Autriche, France, Egypte, Belgique, Suède : 2025
Titre original : The Stories
Réalisation : A. B. Shawky
Scénario : A. B. Shawky
Interprètes : Amir El-Masry, Valerie Pachner, Nelly Karim
Distribution : Maverick Distribution
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 1er juillet 2026

3.5/5

Synopsis : Le Caire, 1967. Ahmed, pianiste obstiné dans une famille qui ne jure que par le football, reçoit une lettre en provenance d’Autriche : Liz a répondu à son annonce pour devenir sa correspondante. De la guerre des Six Jours à l’ère Sadate, leur destin va s’écrire en même temps que celui de l’Égypte : entre rêves contrariés, conflits, chaos familial, et petites victoires arrachées au destin.

Il y a 8 ans, ce qu’on a coutume d’appeler « un petit film » avait, par son originalité et sa fraicheur, enthousiasmé un grand nombre de cinéphiles au Festival de Cannes : premier long métrage réalisé par A.B. Shawky, égyptien par son père et autrichien par sa mère, Yomeddine, film à petit budget, film attachant et généreux ayant comme personnages principaux un lépreux et un orphelin de 10 ans, était en lice dans la compétition officielle. Il était reparti bredouille et, reconnaissons le, il avait fait peu d’entrées dans notre pays. Hajjan, le film suivant de A.B. Shawky, n’a lui fait aucune apparition sur les écrans de l’hexagone. Pour son 3ème long métrage, A.B. Shawky a choisi de raconter en parallèle l’histoire d’une famille égyptienne, plus ou moins la sienne, et l’histoire de l’Egypte, de 1967 à 1984. Cette famille habite un petit appartement dans le quartier de Omraneya de la ville de Gizeh, située sur la rive gauche du Nil, face à la vieille ville du Caire. Découpé en 5 chapitres, à la manière d’un livre, le film présente un personnage récurrent en plus des membres de la famille, des ses voisins et de ses amis proches : LE présentateur de la télévision dont on va voir l’écran passer du noir et blanc à la couleur et qui fait le lien entre la famille, chez qui il s’introduit par écran interposé, et l’histoire du pays que ce présentateur immuable commente toujours dans le sens du pouvoir en place. C’est en 1967, dans le premier chapitre intitulé « La grande nation arabe », qu’on fait la connaissance d’Ahmed, le personnage principal de Notre histoire – chroniques du Caire : Ahmed a 18 ans et l’Egypte est dirigée par Gamal Abdel Nasser qui, depuis des années, milite pour une unité politique et culturelle du monde arabe, mais va se heurter à la défaite lors de la Guerre des 6 jours. Ahmed est un jeune pianiste qui rêve de devenir concertiste et qui, en attendant, se réjouit que Elizabeth, une autrichienne, ait répondu favorablement à la recherche de correspondant(e) qu’il avait fait paraitre dans un magasine. Autour d’Ahmed, on découvre son père, Ragheb, un fonctionnaire du ministère de l’agriculture qui plante des arbres dans le désert et qui va trainer comme un boulet le fait d’avoir prononcé le mot « corruption » à la télévision ; Fairuz, la mère, qui refuse de partager ses recettes de cuisine ; Hassan, le frère jumeau d’Ahmed, qui étudie le russe et que tout le monde appelle Hassanov ; Sharaf, un autre frère qui lui aimerait devenir footballeur ; l’ « oncle » Marei qui, parait-il, a le mauvais œil ;  l’ « oncle » Abeh Hamada, violoniste dans l’orchestre de Oum Kalthoum ; Sabry, le voisin du dessus, qui ne supporte pas les musiques que Ahmed interprète sur son piano et qui le fait savoir avec véhémence ! Beaucoup de monde dans un petit appartement, beaucoup de conversations, parfois houleuses, beaucoup de cris. Pour réunir tout ce monde, rien de tel qu’un match de football retransmis à la télévision. Tout ce monde, à l’exception d’oncle Marei, systématiquement mis à la porte du fait de son mauvais œil qui, à coup sûr, ferait perdre l’équipe que soutient la famille.

Les présentations de la famille d’Ahmed et de son entourage étant faites, Notre histoire va revenir la visiter à l’occasion de 4 autres moments importants de l’histoire égyptienne : en 1973, au moment de la guerre du Kippour, dans un chapitre intitulé « Saint-Pierre » ; en 1977, au moment des « émeutes du pain », un soulèvement contre la hausse des produits de base, dans un chapitre intitulé « La promotion » ; en 1981, l’année de l’assassinat de Anouar el-Sadate, le Président qui a succédé à Nasser, dans un chapitre intitulé « les jours sombres » ; dans le 5ème chapitre, qui se situe en 1984 et qui s’intitule « La combinaison », c’est cette fois ci Elizabeth qui prononce le mot « corruption » à la télévision. Dans ce chapitre, l’histoire de l’Egypte est mise de côté, l’accent étant mis sur une revanche collective liée au football concernant la famille d’Ahmed et une revanche personnelle de la part d’Ahmed. Au cours de ces chapitres, Ahmed va se féliciter de certains bons côtés de la bureaucratie qui ont abouti à ce qu’il ne reçoive jamais de convocation pour partir à la guerre contrairement à Hassan, son frère jumeau. Son activité de musicien va le conduire à faire un séjour en Autriche où il aura l’occasion de rencontrer par hasard Vladimir Horowitz et le personnage d’Elizabeth va prendre de plus en plus d’importance, passant de l’état de correspondante d’Ahmed à celui d’épouse. Les familles d’Ahmed et d’Elizabeth vont apprendre à se connaître. Un personnage, Shams, musicien comme Ahmed, va apporter la preuve que, pour accéder aux plus hautes fonctions, le culot et l’entregent sont bien souvent, trop souvent, plus importants que le talent. Quant à l’appartement de la famille d’Ahmed, il va continuer à vivre dans l’état d’agitation permanent qui semble être sa marque de fabrique. Dans le rôle d’Ahmed, on retrouve Amir El-Masry qu’on avait beaucoup apprécié dans le rôle d’Omar dans l’excellent Limbo de Ben Sharrock et qui a été également l’interprète de Mohamed Fayed jeune dans la saison 5 de The Crown. Le rôle d’Elizabeth est interprété par Valerie Pachner qui fut Franziska Jägerstätter dans Une vie cachée de Terrence Malick et qu’on va retrouver dès le 8 juillet dans Seule la vie de Adrian Goiginger. Avec ce film qui rappelle à la fois les grandes heures du cinéma égyptien et, plus encore, les grandes heures de la comédie italienne, A.B. Shawky confirme, dans un genre très différent, les qualités de réalisateur qu’on avait perçues dans Yomeddine. 

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