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Critique Express : L’étrangère

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L’étrangère

France, Belgique : 2025
Titre original : –
Réalisation : Gaya Jiji
Scénario : Gaya Jiji, Sarah Angelini, Agnès Feuvre, Mehdi Ben Attia
Interprètes : Zar Amir Ebrahimi, Alexis Manenti, Amr Waked, Megan Northam
Distribution : Tandem
Durée : 1h41
Genre : Drame
Date de sortie : 24 juin 2026

3.5/5

Synopsis : Selma fuit la Syrie en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux après un périple dangereux, elle enchaîne les heures de travail au noir, alors qu’un nouveau combat commence pour obtenir le droit d’asile et faire venir son fils Rami. Selma fait bientôt la connaissance d’un avocat, Jérôme. Leur histoire d’amour va tout remettre en question…

Depuis de très nombreuses années, tous les évènements ayant un rapport avec les phénomènes de migration font partie, à l’échelle de la planète, des sujets les plus importants de l’actualité : drames humains, accueil des migrants, rejet des migrants, etc. Il n’est donc pas étonnant que, depuis de très nombreuses années, il y ait eu un grand nombre de films s’intéressant d’une façon ou d’une autre à ce thème des migrations de population. Même si, il y a 2 ans, vous avez ressenti beaucoup de compassion pour Souleymane dans L’histoire de Souleymane, le magnifique film de Boris Lojkine, il est possible que, concernant ces films, il y ait chez vous une forme de saturation, surtout si vous pensez que le rôle du cinéma, c’est avant tout d’être divertissant. Et voilà qu’arrive L’étrangère sur nos écrans, le deuxième long métrage de Gaya Jiji, 8 ans après Mon tissu préféré. Syrienne arrivée en France en 2012, Gaya Jiji avait placé l’action de ce film à Damas, en mars 2011, c’est à dire au moment même où commençait dans cette ville la révolte contre Bachar el-Assad. Toutefois, c’est d’une autre révolte, celle d’une jeune fille, Nahla, contre sa famille et la situation des femmes dans son pays, que la réalisatrice avait choisi de nous parler. Tout en étant très intéressant par son sujet, Mon tissu préféré souffrait d’une réalisation souvent trop décousue. Dans L’étrangère, le personnage principal, Selma, est à nouveau une syrienne, mais, cette fois ci, il s’agit d’une femme mariée, d’une mère de famille, d’une professeure de français qui, ne voulant pas se retrouver dans la même situation qu’Iyad, son mari, emprisonné dans une geôle du régime et dont elle n’a pas de nouvelle depuis des années, a été contrainte en 2016 de fuir son pays. Consciente des difficultés qui l’attendaient, c’est sans Rami, son fils de 6 ans, que Selma a quitté son pays, avec l’espoir, bien sûr, de faire venir son fils auprès d’elle lorsque la situation le permettrait.

Inspiré, parait-il, de la propre histoire de la réalisatrice, L’étrangère commence par raconter un ensemble de faits qu’on a déjà vus dans d’autres films : un trajet parcouru dans la clandestinité et passant par la Grèce, la Macédoine et la Serbie ; la « dublinisation » de Selma en Hongrie, obtenue de force par les autorités ; la solution extrême à la quelle Selma a recourt pour échapper, croit elle, aux conséquences de ce fichage ; le travail au noir dans un restaurant de Bordeaux ; la peur des contrôles ; le patron du restaurant dont on ne sait pas trop si il agit en philanthrope ou pour son propre intérêt en engageant une sans-papier, forcément sous-payée ; une collègue de travail, Alice, qui devient une amie, etc. Une impression de déjà vu, donc, mais l’intensité des situations et la qualité de la mise en scène sont telles qu’on s’y replonge avec intérêt. Et puis, petit à petit, le film va quitter le « déjà vu » grâce à un personnage qui va prendre de plus en plus d’importance : Jérôme  Delaunay, un avocat client du restaurant dans lequel Selma a travaillé et dont le cabinet est juste en face du restaurant, un homme marié et père de famille. Cet avocat, Selma va faire appel à lui pour l’aider dans ses démarches auprès de l’Ofpra pour régulariser sa situation, ce qu’il va accepter quand bien même il n’y connait rien dans ce domaine, lui qui est avocat d’affaire. De façon très subtile, le film nous fait sentir qu’il y a potentiellement, entre Selma et Jérôme, quelque chose qui pourrait évoluer et … qui, en effet, finit par évoluer. Dans la mesure où la bande-annonce du film prend en compte l’arrivée à Bordeaux de Iyad, enfin libéré des geôles syriennes et accompagné de Rami, on se sent autorisé à évoquer les conséquences de ce dernier coup de théâtre qui place Selma dans une situation très inconfortable. Des conséquences qu’on apprécie de pouvoir commenter dans la mesure où, malgré ou grâce à la délicatesse avec lesquelles Gaya Jiji nous en fait part, ces conséquences, dans lesquelles se pose la question de ce qu’est un véritable amour face à l’importance de la liberté,  représentent une des qualités principales du film : aimer, est-ce vouloir s’imposer coute que coute auprès de l’être aimé ou bien, au contraire, laisser à ce dernier la possibilité d’être libre de ses choix ? Pour interpréter le rôle de Selma, Gaya Jiji a choisi une comédienne iranienne, Zar Amir Ebrahimi, Prix d’interpétation féminine au Festival de Cannes 2022. Face à elle, Alexis Manenti incarne avec justesse un avocat qui succombe à la détresse et au charme de Selma.

https://www.youtube.com/watch?v=iOpPqyCJT5o

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