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Critique Express : L’illusion de Yakushima

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L’illusion de Yakushima

Japon, France, Luxembourg, Belgique : 2026
Titre original : Yakushima’s Illusion
Réalisation : Naomi Kawase
Scénario : Naomi Kawase
Interprètes : Vicky Krieps, Kan’ichirô Satô, Yasufumi Hayashi
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h52
Genre : Drame
Date de sortie : 17 juin 2026

2.5/5

Synopsis : Corry est française et vit au Japon. Elle partage sa vie avec Jin et s’occupe d’enfants en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé. Alors que la culture Japonaise a du mal à accepter le don d’organe, Corry se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneurs. Quand Jin disparait un jour sans laisser de trace, elle tente de le retrouver, mais doit aussi mener une course contre la montre pour que la greffe de son jeune patient aboutisse…

Nombreuses sont les facettes du cinéma de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase. En effet, elle est aussi à l’aise dans le documentaire que dans la fiction, domaine dans lequel elle apporte toujours quelques éléments à vocation documentaire et où elle se partage le plus souvent entre une peinture de sa perception de la société japonaise et une évocation poétique, voire onirique, de la nature. L’illusion de Yakushima est un film dans lequel ces 2 volets sont tous les deux présents, l’accent étant toutefois surtout mis sur deux sujets de société particulièrement importants qui distinguent le Japon de la plupart des pays développés et, plus particulièrement, de notre pays et de ceux qui l’entourent : le sujet des greffes d’organe et celui des « Jōhatsu ». Parce que, au Japon, la mort cérébrale ne fait pas partie des critères permettant de déclarer la mort d’un patient, parce que, dès leur plus jeune âge, on apprend aux petits japonais à ne pas déranger les autres ce qui est forcément le cas lorsqu’on vient prélever un organe chez un individu, l’attente pour un don d’organe dans ce pays est de l’ordre de 5 ans alors qu’en Espagne, pays où il y a le plus de donneurs, elle est de 3 mois environ. Quant au phénomène des « Jōhatsu », phénomène des évaporés en français dans le texte, il s’agit de la centaine de milliers de personnes qui, soit du fait de problèmes familiaux, soit du fait de problèmes professionnels, choisissent de disparaitre sans laisser de trace, de s’évaporer d’une vie qu’ils n’assument plus. Concernant ce phénomène, ce qui distingue le Japon des autres pays n’est pas tant le nombre de cas observés chaque année que le fait que, dans ce pays, ce phénomène a un nom et fait même l’objet d’un véritable marché !

Pour permettre de mieux différencier la culture japonaise de la culture européenne, Naomi Kawase a choisi de confronter un personnage européen aux sujets de société évoqués plus haut. Il s’agit de Corry, née à Paris, élevée au Luxembourg et chargée de coordonner les transplantations cardiaques dans un hôpital parisien. Peu de temps après après le décès de son père, elle a été envoyée au Japon dans le cadre d’un échange FranceJapon. C’est dans un hôpital de Kobe, dans le service de pédiatrie, qu’elle va être confrontée aux difficultés pour trouver des donneurs au Japon. Il va falloir qu’elle se montre très persuasive pour arriver à convaincre un couple dont le fils est en état de mort cérébrale d’accepter de donner le cœur de leur fils à un enfant du même âge. Par ailleurs, peu de temps après son arrivée au Japon, lors d’une randonnée en pleine nature dans l’île de Yakushima, Corry a fait la connaissance Jin, un photographe japonais et elle et lui se sont mis en couple. Jusqu’au jour où Jin disparait, mettant cette fois ci Corry face au phénomène des « Jōhatsu », avec la recherche de la famille de Jin, avec l’emploi d’un ancien policier. Lorsqu’on connait bien le cinéma de Naomi Kawase, lorsque, en plus, on l’apprécie énormément, on peut se montrer déçu à la vision de L’illusion de Yakushima, un film qui présente 2 défauts majeurs : le fait, pour la réalisatrice, d’avoir voulu y traiter simultanément 2 thèmes importants, les greffes d’organe et le phénomène des « Jōhatsu », avec, en plus, l’abandon en rase campagne de l’histoire de Jin. Se rajoute à cela un artifice scénaristique destiné à ajouter une dose de suspense à l’histoire : l’arrivée d’un typhon sur l’île de Yakushima qui risque d’empêcher le décollage de l’avion transportant le cœur du donneur alors que tout est prêt à Kobe pour la transplantation. Parlons clair : si on aime le cinéma de Naomi Kawase, c’est pour beaucoup du fait de sa très grande capacité à dégager de l’émotion. Malheureusement, dans L’illusion de Yakushima, cette émotion se transforme trop souvent en pathos. Quant au choix de Vicky Krieps pour interpréter le rôle de Corry, il réjouira de nombreux spectateurs alors que d’autres trouveront que, comme d’habitude, elle manque de nuances dans son jeu.

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