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Test Blu-ray : Dreams

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Dreams

Mexique, États-Unis, 2025
Titre original : Dreams
Réalisation : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Acteurs : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Marshall Bell
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Genre : Drame, Érotique
Durée : 1h39
Date de sortie cinéma : 28 janvier 2026
Date de sortie DVD/BR : 5 juin 2026

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite…

Le film

[3,5/5]

« Dans le flux ininterrompu de mauvaises nouvelles qui nous proviennent des États-Unis depuis un an, celles qui touchent à la question épineuse de l’immigration sont peut-être les plus désolantes. Puisque le nouveau film du réalisateur mexicain Michel Franco avait fait partie de la sélection officielle du Festival de Berlin en 2025, il a en toute logique été tourné avant ce nouveau tour de vis vers le pire. Malgré son ton faussement sophistiqué et ses belles images, Dreams montre néanmoins la face crue du rapport de force entre les riches Américains et les pauvres Mexicains, prisonniers d’une injustice sociale quasiment impossible à atténuer. Contrairement au misérabilisme qui serait davantage de rigueur chez le confrère et compatriote de Franco Alejandro Gonzalez Inárritu, ce décalage insurmontable passe ici par un jeu subtilement malsain de désir et d’assouvissement sexuels. Sauf qu’il ne suffit pas de se combler mutuellement entre les draps pour bâtir une relation stable et durable. Une histoire vieille comme le monde… (…)

Connaître sa place

Le sens du voyage est presque toujours le même, tout comme les déboires qui vont avec : les hommes et les femmes qui tentent une traversée clandestine de la frontière entre le Mexique et les États-Unis au péril de leur vie sont sans nombre. Or, après une assez brève séquence d’introduction, le cœur du sujet de Dreams se situe ailleurs. A première vue, il pourrait être la précarité en tant qu’immigré illégal pour Fernando d’un côté, confrontée de l’autre à l’aisance et au maintien des apparences chez les riches bienfaiteurs de la côté ouest pour Jennifer. Et il y a effectivement un peu de cela dans cette histoire d’un amour qui se consume par lui-même, une différence culturelle à la fois. Toutefois, l’intérêt majeur de l’intrigue est qu’elle ne commence pas avec le coup de foudre initial et tout ce qui l’accompagne en termes d’euphorie érotique et d’envie de refaire le monde. Non, les premières étincelles entre ces deux amoureux ont déjà volé il y a un moment. L’enjeu principal consiste dès lors à entretenir la flamme, en dépit de la distance et de la multitude d’obstacles que la société des deux côtés de la frontière s’obstine à mettre sur son chemin. (…)

Un statu quo figé

Ce n’est pas la différence d’âge, ni même celle du milieu social qui coince profondément entre Jennifer et Fernando. C’est l’incompatibilité de plus en plus extrême entre la conception qu’ils se font de leur relation, chacun dans son coin. Tandis que le jeune danseur souscrit encore à l’idéal romantique sous sa forme la plus pure et innocente, en face, le calcul s’avère plus machiavélique. À la force et au courage de déplacer des montagnes pour être ensemble dans une douce communion des corps répond une sensibilité presque pathologique aux convenances sociales à respecter. Pour le dire autrement, l’amour de Fernando est naïf et inconditionnel, là où Jennifer pèse en chaque action, en chaque mot à dire, voire en chaque geste le pour et le contre à la fois pour son petit pouvoir individuel et plus globalement pour le microcosme feutré sur lequel elle règne avec une arrogance incontestable. Seul le jeu plutôt nuancé de Jessica Chastain permet à son personnage d’éviter le piège de la caricature d’une croqueuse de (jeunes) hommes, en route vers l’hystérie sous sa forme la plus sèche. En même temps, sans que la narration n’ait besoin de s’appesantir dessus, il devient vite évident d’où lui vient cette manie du contrôle et de la manipulation. Son entourage à l’image se résume en fait à son père et à son frère, les domestiques et autres assistantes étant réduites à se soumettre docilement aux moindres souhaits toujours un peu névrosés de leur patronne. (…)

Pour réduire l’incompréhension entre les peuples, est-ce qu’il suffit d’une application de traduction instantanée sur votre téléphone portable ? La réponse forcément amère de Dreams est non, bien sûr. Avant d’arriver à sa conclusion froidement cynique, le film de Michel Franco s’emploie à créer un monde, où le rêve romantique et la réalité matérielle s’entrechoquent à intervalles réguliers. Ce qui ne constitue évidemment pas une réinvention prodigieuse des codes dramatiques établis depuis fort longtemps. Il n’empêche qu’il s’agit là d’une manière pas sans mérite d’aborder un peu de biais l’éternel casse-tête de l’immigration : pour une fois pas exclusivement depuis le point de vue mi-larmoyant, mi-édifiant de ces laissés-pour-compte d’une société hélas de plus en plus égoïste, mais en y incluant également celui de l’hypocrisie suprême, pratiquée avec une aisance qui fait froid dans le dos par celles et ceux qui croient à tort que le monde est à leurs pieds. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Tobias Dunschen. Découvrez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien !

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Dreams édité par Metropolitan Film & Video s’impose d’entrée comme une galette solide et efficace. L’image repose sur un master HD d’une stabilité exemplaire, qui épouse les choix du directeur photo Yves Cape avec une précision quasi clinique : couleurs froides mais jamais délavées, contrastes nets, noirs propres, et un piqué qui ne mollit pas, même dans les plans où la lumière semble vouloir s’évaporer. La compression tient bon, sans bruit disgracieux ni aplats qui s’effondrent, et l’ensemble conserve ce relief discret qui donne au film son atmosphère suspendue. Côté son, les deux mixages VF et VO en DTS-HD Master Audio 5.1 jouent la carte de la sobriété élégante : une spatialisation mesurée, des ambiances fines et des dialogues parfaitement intégrés. La version originale profite d’une présence légèrement plus organique, mais la version française ne s’incline jamais : elle reste claire, équilibrée, ample, et bénéficie d’un mixage qui ne cherche pas à imiter la VO mais à proposer une alternative cohérente. Les surrounds interviennent avec parcimonie, juste assez pour élargir l’espace sans jamais voler la vedette. On navigue dans un confort acoustique constant, sans hiérarchie écrasante entre les deux pistes, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Les suppléments de cette galette Blu-ray de Dreams se résument à un unique élément, mais pas des moindres : un livret de 20 pages contenant une interview exclusive de Michel Franco, menée par le toujours excellent Nicolas Rioult, et c’est peu dire que ce complément imprime une vraie valeur ajoutée à l’édition. L’entretien est dense et structuré, et Michel Franco s’y livre avec une franchise étonnante sur la fabrication de son film et sur ses choix de mise en scène. Il y reviendra également sur la manière de diriger Jessica Chastain, sur son rapport au contrôle, à l’improvisation, aux ruptures émotionnelles. Parfaitement rôdé aux interviews, Nicolas Rioult mène la danse avec précision, relançant le cinéaste sur ses hésitations, ses intuitions, ses obsessions : au final, on en apprendra autant sur les conditions de tournage que sur les intentions profondes derrière les ellipses et les silences du film. Ce livret, loin d’être un simple gadget imprimé, tient lieu de véritable supplément éditorial, riche et éclairant, qui compense largement l’absence de bonus vidéo. On applaudit des deux mains.

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