Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : Les Linceuls

Test Blu-ray : Les Linceuls

0
104

Les Linceuls

Canada, France : 2024
Titre original : The Shrouds
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg
Acteurs : Vincent Cassel, Diane Kruger, Guy Pearce
Éditeur : Pyramide Vidéo
Durée : 1h59
Genre : Science Fiction, Thriller
Date de sortie cinéma : 30 avril 2025
Date de sortie DVD/BR : 16 septembre 2025

Karsh, 50 ans, est un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met en quête des coupables…

Le film

[3,5/5]

Les Linceuls fait figure de plaie encore fraîche dans la filmographie de David Cronenberg, une plaie qui ne cherche même plus à cicatriser. Le film porte en lui l’ombre de la perte intime du cinéaste, cette douleur qui traverse son œuvre depuis longtemps mais qui, ici, semble avoir trouvé un écrin clinique, presque chirurgical. L’histoire personnelle de Cronenberg flotte au-dessus des Linceuls comme un nuage de cendres, donnant à chaque plan une gravité étrange, une froideur qui n’est pas un défaut mais une manière de tenir le monde à distance. Le film explore ainsi la frontière entre le deuil et la technologie, entre la mémoire et la surveillance, comme si Cronenberg disséquait son propre chagrin avec la précision d’un entomologiste obsédé.

La froideur des Linceuls n’est jamais gratuite : elle devient un langage, une manière de dire l’indicible. Tout au long de sa carrière, David Cronenberg a toujours filmé les corps comme des territoires instables, mais son dernier film pousse cette logique vers une abstraction presque funéraire. Les machines qui observent les morts, les écrans qui scrutent les tombes, les visages figés dans une lumière blafarde… tout dans Les Linceuls semble conçu pour rappeler que la chair n’est qu’un emballage provisoire. Cette esthétique glacée, héritière de Crash ou de Faux-semblants, donne au film une beauté étrange, comme un poème écrit sur une plaque d’acier. Et juste au moment où l’on croit qu’il va sombrer dans le pur désespoir, le film fait preuve d’un humour noir tranchant, presque indécent.

Les thématiques des Linceuls prolongent celles qui hantent le cinéma de David Cronenberg depuis cinquante ans : la transformation, la contamination, la porosité entre l’intime et le technologique. Le film interroge la manière dont la société contemporaine transforme le deuil en spectacle, la douleur en donnée exploitable, la mort en produit dérivé. Une scène où les visiteurs observent les tombes via des écrans de surveillance résume parfaitement cette idée : la frontière entre voyeurisme et rituel devient floue, et Les Linceuls montre à quel point la technologie peut devenir un prolongement morbide du désir humain. Cette réflexion, loin d’être théorique, s’incarne dans la mise en scène, qui multiplie les cadres dans le cadre, les reflets, les surfaces vitrées, comme si Cronenberg refusait de montrer la réalité sans la filtrer.

Visuellement, Les Linceuls est un film d’une précision glaciale. Les couleurs désaturées, les décors minimalistes, les mouvements de caméra lents et implacables composent un univers où chaque geste semble peser une tonne. Le film utilise cette esthétique pour renforcer son propos : la froideur devient une forme de pudeur, un moyen de ne pas sombrer dans le pathos. David Cronenberg filme la douleur comme un objet, un artefact, un fossile émotionnel. Et pourtant, derrière cette distance, il laisse occasionnellement filtrer une tendresse inattendue, une fragilité presque enfantine, comme si le cinéaste cherchait à protéger ses personnages de leur propre souffrance.

L’humour noir des Linceuls mérite une mention particulière. David Cronenberg n’a jamais eu peur du grotesque, mais ici, il l’utilise comme un scalpel, pour inciser les conventions sociales autour du deuil. Une scène où un personnage tente d’expliquer la logique commerciale derrière la surveillance des tombes ressemble à une parodie involontaire de start-up funéraire, et l’ensemble en tire une ironie mordante. Cet humour, toujours rattrapé par une analyse implacable, rappelle que la mort est aussi un marché, un système, une mécanique froide. Ainsi, Les Linceuls ne se moque pas de la douleur : il se moque de ceux qui tentent de la rentabiliser.

Les acteurs sont également assez remarquables : Vincent Cassel, avec son mélange de fragilité et de dureté, incarne un homme brisé qui tente de survivre dans un monde où même les morts ne peuvent plus reposer en paix. Diane Kruger apporte une présence fantomatique, presque spectrale, qui donne aux Linceuls une dimension supplémentaire. Leur jeu, tout en retenue, s’accorde parfaitement à la mise en scène clinique déployée par David Cronenberg, et permet au film de s’imposer comme un miroir froid tendu à une époque obsédée par la surveillance, la technologie et la marchandisation du deuil.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray du petit dernier de David Cronenberg, Les Linceuls, édité par Pyramide Vidéo, nous propose une image d’une précision remarquable. Les teintes froides, les gris métalliques, les blancs presque chirurgicaux ressortent avec une netteté qui renforce la dimension clinique du film. L’encodage est propre, sans artefacts visibles, et les scènes nocturnes conservent une lisibilité exemplaire. Les visages, souvent filmés en gros plan, révèlent chaque micro-expression, chaque tension, chaque fissure émotionnelle. Cette qualité visuelle sert parfaitement l’esthétique glacée du film, au cœur duquel la moindre variation de lumière devient un indice narratif. Côté son, l’éditeur nous propose de découvrir le film en VF et VO, toutes deux étant mixées en DTS-HD Master Audio 5.1. Les deux mixages sont équilibrés, clairs, et respectent l’atmosphère feutrée du film. La version originale offre une spatialisation légèrement plus ample, notamment dans les scènes où les machines et les écrans envahissent l’espace sonore, mais la version française n’est jamais en retrait : les dialogues restent clairs et nets clarinette, les ambiances subtiles, et la musique d’Howard Shore, discrète mais essentielle, enveloppe Les Linceuls d’une aura presque funéraire. Mais Pyramide nous propose également deux mixages en DTS-HD Master Audio 2.0, qui conservent une parfaite clarté et conviendra à ceux qui privilégient une écoute plus intime.

Les suppléments du Blu-ray des Linceuls sont particulièrement intéressants. On commencera avec un entretien avec David Cronenberg (17 minutes), qui nous permettra d’entendre le cinéaste évoquer son rapport au cinéma, ses influences, et sa vision de l’autobiographie. Il parle peu directement du film en lui-même, mais ses réflexions sur la mort, le corps et la technologie éclairent indirectement sa dernière œuvre. On terminera enfin avec une analyse de Virginie Apiou (15 minutes), qui complète parfaitement cet entretien : elle y explore les motifs récurrents du cinéma de Cronenberg, la structure narrative des Linceuls, son humour noir, son rapport au deuil, et sa manière de filmer la froideur comme un langage. Un ensemble riche et cohérent, parfaitement adapté à un film aussi dense.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici