Signes extérieurs de richesse
France : 1983
Titre original : –
Réalisation : Jacques Monnet
Scénario : Alain Godard, Jacques Monnet
Acteurs : Claude Brasseur, Josiane Balasko, Jean-Pierre Marielle
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h35
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 9 novembre 1983
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2026
Jacques Lestrade est le patron d’une prospère clinique vétérinaire. Il habite un luxueux appartement, possède une grosse voiture et fréquente le Tout-Paris. Il a confié la gestion de ses finances à son ami Jérôme Bouvier, qui se prétend « expert en comptabilité ». Tout va bien jusqu’au jour où débarque Béatrice Flamand, une jeune mais redoutable inspectrice des impôts…
Le film
[3,5/5]
Dans Signes extérieurs de richesse, le début des années 80 s’invite à l’écran avec la délicatesse d’un costume en tergal trop serré : couleurs vives, chemises ouvertes, voitures qui brillent comme des promesses bancaires, et une France qui découvre les joies du libéralisme en même temps que les premiers magnétoscopes. Le film, réalisé par Jacques Monnet en 1983, s’inscrit dans une époque où la gauche venait de gagner les élections, mais au cœur de laquelle, paradoxalement, l’argent devenait un personnage à part entière, un fantôme clinquant qui hantait les conversations, les salons, les rêves et les angoisses. Signes extérieurs de richesse capte cette mutation sociale avec une légèreté assumée, comme si la comédie devenait un miroir légèrement déformant tendu à une société qui apprenait à courir après son propre reflet.
L’intrigue de Signes extérieurs de richesse repose sur un ressort simple : un médecin fiscalement créatif, incarné par Claude Brasseur, voit son petit empire de dissimulation menacé par une inspectrice des impôts déterminée, jouée par Josiane Balasko. Ce face-à-face, qui pourrait n’être qu’un duel administratif, devient sous la caméra de Jacques Monnet une danse nerveuse, presque sensuelle, où chaque regard, chaque geste, chaque vêtement raconte quelque chose de l’époque. Les tailleurs stricts de Balasko, les chemises ouvertes de Brasseur, les silhouettes féminines plus libres, plus affirmées, témoignent d’une France en pleine transformation, où une affirmation de soi typique des années 80 se mêle à l’obsession de la réussite matérielle.
Dans Signes extérieurs de richesse, la comédie sociale se glisse dans les interstices du quotidien : les appartements trop grands, les voitures trop propres, les conversations trop rapides. Jacques Monnet filme cette agitation avec une précision presque chorégraphique, comme si chaque déplacement de personnage était une note dans une partition économique. On est certes en présence d’une comédie, parfois assez bien vue et rondement menée, mais le film développe également une réflexion plus subtile sur la fragilité des façades sociales. Derrière les sourires, les costumes et les déclarations fiscales, Signes extérieurs de richesse montre des êtres qui cherchent simplement à exister dans un monde où tout semble se mesurer en chiffres.
De fait, les thématiques du film – l’apparence, le mensonge, la pression sociale – trouvent un écho dans la mise en scène, qui joue constamment avec les espaces clos. Les bureaux, les appartements, les restaurants deviennent des arènes où les personnages se débattent avec leurs propres contradictions. Monnet utilise les cadres comme des pièges élégants : portes entrouvertes, couloirs trop étroits, fenêtres qui reflètent plus qu’elles ne montrent. Cette approche donne à Signes extérieurs de richesse une dimension presque philosophique : la vérité n’est jamais frontale, elle se glisse dans les détails, dans les silences, dans les hésitations.
Naturellement, les acteurs de Signes extérieurs de richesse participent largement à son charme. Claude Brasseur, impeccable en médecin débordé par ses propres arrangements, apporte une énergie nerveuse, presque féline. Josiane Balasko, dans l’un de ses rôles les plus réjouissants, incarne une inspectrice déterminée, drôle, subtile, dont la rigidité apparente cache une humanité profonde. Leur duo fonctionne comme un moteur à double piston : l’un avance, l’autre résiste, et le film trouve son rythme dans cette tension permanente. Les seconds rôles, notamment ceux de Dominique Lavanant et de Jean-Pierre Marielle, ajoutent une touche de fantaisie bienvenue, comme des éclats de lumière dans une mécanique bien huilée. On notera également qu’on aperçoit Jean Reno dans un tout petit rôle.
Visuellement, Signes extérieurs de richesse est assez typique de l’esthétique des années 80 : couleurs saturées, intérieurs chargés, objets qui semblent crier leur appartenance à une époque où le design se cherchait encore. Cette esthétique, loin d’être un simple décor, renforce les thématiques du film : l’excès, l’apparence, la quête de reconnaissance. Jacques Monnet filme les objets comme des symboles, des totems modernes autour desquels gravitent les personnages. La caméra, souvent mobile, accompagne cette agitation avec une fluidité qui donne au film une énergie constante.
Une quarantaine d’années après sa sortie dans les salles (où il avait réuni plus d’un million de spectateurs), Signes extérieurs de richesse mérite d’être sorti de l’oubli relatif dans lequel il est tombé depuis longtemps : en effet, le film de Jacques Monnet reste aujourd’hui une comédie sociale fine, drôle, parfois acide, et surtout pleine de charme. Sous ses airs légers, le film observait avec précision les mécanismes d’une société en pleine mutation. Et dans un monde où les apparences n’ont jamais été aussi importantes, il rappelle que la richesse la plus fragile est souvent celle qu’on essaie le plus de montrer. À redécouvrir !
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de Signes extérieurs de richesse, édité par Rimini Éditions, se présente dans un packaging sobre et élégant, fidèle à la ligne graphique de l’éditeur sur la collection Josiane Balasko. Le boîtier, solide et bien illustré, met en avant l’esthétique très 80s du film sans tomber dans la nostalgie forcée. L’image, issue d’un master Haute-Définition propre, offre un rendu enthousiasmant : les couleurs retrouvent une belle vivacité, les contrastes sont stables, et le grain pellicule est respecté à la lettre. Signes extérieurs de richesse bénéficie ainsi d’une présentation visuelle fidèle à son identité, sans artifice inutile. Côté son, le film de Jacques Monnet bénéficie d’une piste DTS-HD Master Audio 2.0 claire et équilibrée. Les dialogues, essentiels dans une comédie sociale, sont nets et bien centrés. La musique, discrète mais efficace, profite d’une restitution propre, sans saturation. L’ensemble manque parfois d’ampleur, mais respecte parfaitement le mixage d’origine. Le rendu sonore, sans être spectaculaire, offre une écoute confortable et fidèle à l’esprit du film.
Les suppléments du Blu-ray de Signes extérieurs de richesse se limitent à un entretien avec Josiane Balasko (8 minutes), mais une rencontre avec l’actrice / réalisatrice est toujours un immense plaisir. Elle y reviendra sur son personnage, sur l’écriture très fine du scénario, ainsi que sur la personnalité de Jacques Monnet. Elle évoquera également ses souvenirs du tournage, et la dynamique du duo qu’elle formait avec Claude Brasseur. Très intéressant !























