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Test Blu-ray : L’Étrange Vice de Mme Wardh

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L’Étrange Vice de Mme Wardh

Italie, Espagne : 1971
Titre original : Lo Strano vizio della Signora Wardh
Réalisation : Sergio Martino
Scénario : Ernesto Gastaldi, Eduardo Manzanos Brochero
Acteurs : Edwige Fenech, George Hilton, Ivan Rassimov
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h40
Genre : Giallo, Thriller
Date de sortie cinéma : 14 mars 1972
Date de sortie DVD/BR : 2 décembre 2025

Julie Wardh cache un secret derrière sa vie bourgeoise et son extraordinaire beauté. Pendant un séjour à Vienne avec son mari, elle doit faire face à un vice qu’elle croyait définitivement enterré dans son passé. C’est alors qu’un mystérieux tueur au rasoir cherche à la tuer, semant la terreur dans toute la ville…

Le film

[4/5]

Sergio Martino, c’est un peu le prestidigitateur du giallo, celui qui sort des lames de rasoir d’un chapeau et des fantasmes d’un simple battement de cils. Avec L’Étrange Vice de Mme Wardh, premier volet de sa fameuse « Trilogie du Vice » tournée avec l’incomparable Edwige Fenech – suivront Toutes les couleurs du vice et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé – le cinéaste pose les bases d’un univers où l’érotisme, la paranoïa et les gants de cuir se tiennent par la main comme trois garnements trop excités à la sortie de l’école. L’Étrange Vice de Mme Wardh s’inscrit dans cette période bénie du cinéma italien où la mode post-68, les jupes microscopiques et les culottes visibles au moindre courant d’air formaient un décor aussi important que les intrigues criminelles. Et dans L’Étrange Vice de Mme Wardh, ce décor devient un personnage à part entière, un souffle de liberté qui flotte au-dessus des corps et des pulsions.

Dans L’Étrange Vice de Mme Wardh, Edwige Fenech apparaît comme une apparition sensuelle, une sculpture vivante dont les courbes semblent dessinées pour défier la gravité et les bonnes mœurs. La caméra la suit avec une fascination presque religieuse, mais jamais vulgaire : elle glisse sur sa peau comme un rayon de soleil un peu pervers, mais toujours respectueux. Les scènes où elle traverse la rue, jupe courte battant au vent, rappellent à quel point le film capture l’esprit d’une époque où la libération sexuelle se vivait dans chaque pas, chaque regard, chaque frisson. L’Étrange Vice de Mme Wardh transforme ainsi l’érotisme en langage narratif, en révélateur psychologique : les désirs deviennent des indices, les fantasmes des pièges, les corps des labyrinthes où se perdent les certitudes.

L’Étrange Vice de Mme Wardh joue avec les codes du giallo comme un chat joue avec un rouleau de papier toilette : avec une élégance féline et une pointe de sadisme ludique. Les meurtres, stylisés à l’extrême, évoquent autant Six femmes pour l’assassin que les premiers films de Dario Argento, mais Sergio Martino injecte dans son film une nervosité particulière, une énergie presque pop. Les couleurs éclatent, les cadrages se tordent, les reflets deviennent des armes. Une scène en particulier – celle du parc, inspirée d’Antonioni – montre comment le cinéaste utilise l’espace pour matérialiser la menace : les arbres deviennent des barreaux, les ombres des griffes, et la caméra se faufile comme un voyeur trop enthousiaste, la précision chirurgicale du découpage transformant chaque mouvement en élément de tension.

Dans L’Étrange Vice de Mme Wardh, le mélange entre érotisme et violence n’a rien d’un simple argument commercial : il devient une réflexion sur la manipulation, le désir et la peur. Les hommes qui gravitent autour de Mme Wardh ressemblent à des prédateurs élégants, des silhouettes parfumées qui cachent des intentions troubles derrière des sourires trop polis. A cause de certaines idées un peu maladroites ou incongrues, le film flirte parfois involontairement avec l’humour, mais L’Étrange Vice de Mme Wardh parvient in extremis à transformer ces moments en révélateurs de la fragilité humaine. La mise en scène, toujours précise, utilise les miroirs, les portes et les couloirs comme autant de pièges visuels, rappelant que la vérité, dans ce film, se cache toujours derrière un voile de soie ou un rideau de douche.

Enfin, L’Étrange Vice de Mme Wardh laisse derrière lui une sensation étrange, presque hypnotique, comme un parfum trop capiteux qui s’accroche aux vêtements. Le film capture l’essence du giallo : un mélange de beauté, de danger, de sensualité et de folie douce. Edwige Fenech, sublime, incarne à elle seule l’esprit d’une époque où le cinéma osait tout, même les excès les plus délicieux. L’Étrange Vice de Mme Wardh demeure un sommet du genre, un film qui respire la liberté, la mode, les pulsions, et cette manière très italienne de transformer un simple meurtre en tableau expressionniste.

Le Blu-ray

[4/5]

Après une sortie en coffret Blu-ray déjà « sold out » au moment des précommandes, les films de la « Trilogie du Vice » de Sergio Martino viennent de débarquer au format Blu-ray « unitaire », toujours sous les couleurs de l’éditeur Artus Films. L’Étrange Vice de Mme Wardh arrive dans un boîtier Amaray noir, avec une jolie jaquette fidèle à l’élégance rétro du film. L’image Haute-Définition bénéficie d’un master propre, stable, respectueux du grain d’origine. Les couleurs éclatent avec une intensité qui sied parfaitement au giallo : les rouges sont profonds, les bleus électriques, les peaux lumineuses – notamment celles d’Edwige Fenech, dont la beauté trouve ici un écrin digne de ses courbes. Les contrastes sont solides, les noirs bien tenus, et les détails abondent, qu’il s’agisse des tissus, des décors viennois ou des lames de rasoir qui scintillent comme des bijoux interdits. L’Étrange Vice de Mme Wardh profite ainsi d’une restauration qui sublime son esthétique pop et sensuelle. Côté son, Artus Films nous propose deux pistes LPCM 2.0, en VF comme en VO. La version française, un peu datée mais sympathique, conserve ce charme légèrement granuleux des doublages italiens de l’époque. Les dialogues sont parfaitement clairs, la musique de Bruno Nicolai s’impose avec une ampleur agréable, et les ambiances viennoises trouvent leur place sans saturer l’espace. La version originale, plus naturelle, offre une dynamique supérieure : les respirations, les murmures, les bruits de pas dans les couloirs gagnent en présence, renforçant l’atmosphère paranoïaque du film. L’ensemble sonore se révèle cohérent, propre, et parfaitement adapté à l’expérience giallesque.

Les suppléments de cette édition « single » de L’Étrange Vice de Mme Wardh sont particulièrement généreux. On trouvera d’abord une présentation du film par Emmanuel Le Gagne (20 minutes), synthétique mais riche, qui replace le film dans le contexte du giallo et de la carrière de Martino, tous deux naissants à l’époque. On continuera ensuite avec un long entretien avec Sergio Martino (43 minutes), passionnant, dans lequel le réalisateur revient sur la genèse du film, ses influences, les conditions de tournage à Vienne, la censure, et bien sûr la présence magnétique d’Edwige Fenech. Le module suivant, un entretien avec Ernesto Gastaldi (22 minutes), explore quant à lui l’écriture du scénario, les thèmes du hasard, les idées centrales du récit, et quelques anecdotes savoureuses sur les scènes de douche. Enfin, l’entretien croisé avec George Hilton et Antonio Bruschini (19 minutes) offre un regard complémentaire, mêlant souvenirs de tournage, analyse du genre et contextualisation historique. L’interactivité se clôt sur un diaporama (3 minutes) et la bande annonce (3 minutes), parfaits pour compléter l’ensemble.

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